Simone Pheulpin

Simone Pheulpin

Simone Pheulpin
Radiographie d’Accumulation, 2017, et ses centaines d’épingles
Simone Pheulpin
Détail d’Éclosion, 2017

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec une artiste textile, qui plisse et sculpte de la toile écrue avec des épingles.

Refusée aux Beaux-Arts, Simone Pheulpin devient secrétaire médicale tout en suivant le soir des cours d’art. Mariée, elle enseigne le tennis et réalise des panneaux décoratifs en tissu pour enfants et amies. Un jour de 1986 (elle a alors 45 ans), elle roulotte machinalement une bande de toile à patron en coton non décati qui raidit ses panneaux et fixe ces petits tortillons par des épingles. Révélation. Elle «voit en tissu» nature et campagne, observant sans jamais toucher, prenant parfois des photos. En 1987, elle participe à la Biennale internationale de la tapisserie à Lausanne avec Décade, 10 cocons accrochés sur 10 planches. Son œuvre est remarquée, mais les textiles étant artistiquement peu considérés, coincés-rangés comme «ouvrages de dames», elle a dû attendre 2008 pour être reconnue en France – aux États-Unis, grâce à Sheila Hicks qui lui a présenté son galeriste, elle est entrée chez de grands collectionneurs dès 1998. Un conseil ? «Il faut oser piquer ; et c’est tout», dit-elle amusée. Sans dessin préalable, ses doigts façonnent, enroulent puis fixent des rubans de toile en denses formes organiques ou panneaux. Circonvolutions, lignes sages et effets de matière (dé)voilent des espaces poétiques où rêve le regard. Elle admire Goldsworthy, pour ses petits cailloux juxtaposés, accumulés et les briquettes empilées des Dwellings de Simonds. Ses sensibles Éclosion, Anfractuosité, Éclipse font œuvre d’anodins détails – sa première sculpture fut un nid. Labyrinthique jeu de lumières.

 

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… La Bresse, dans les Vosges. C’est mon village : j’y suis allée à l’école, j’ai joué dans la filature du père de ma copine d’enfance et, après la guerre, j’accompagnais ma mère à l’ouvroir et à l’Entraide. Tout avait été détruit, nous vivions dans des baraquements et nous, les enfants, allions constamment chez les uns et les autres. Plus tard, mon père a acheté une maison sur la hauteur, un peu en dehors du village (la première avant la montagne) et j’en ai hérité. Je me ressource dans ce climat rude et continental, non loin de Gérardmer et Épinal. Comme en région parisienne, je travaille dans le salon, étalant dés à coudre, épingles Bohin et bandes de tissus sur une table d’un grand mètre carré. J’aime avoir la vie et les bruits de la maison autour de moi. Un atelier isolé et silencieux ne me fait pas du tout rêver. Parfois, mes petits-enfants jouent ou s’essaient à leur façon à cet art qui m’occupe tant.»

expositions

saison d’art 2018

Jusqu’au 4.11. Domaine de Chaumont.

www.domaine-chaumont.fr

tissage, tressage… quand la sculpture défile

Jusqu’au 1.11. Fondation Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue.

www.villadatris.com

LOEwe Craft Prize

Jusqu’au 17.06. Design Museum, Londres.

www.designmuseum.org

© Sophie Bassouls - Maison Parisienne - Simone Pheulpin

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