Edito

Sous les vents de toutes choses, les brins de blé frémissent, les roselières se gonflent d’air, les fleurs d’ail tournent bleu. La lune peut bien brunir sous les petites mousses, l’eau de la menthe s’égarera bientôt sur le chemin des galets. Les accords moutonneront en épis de guitare et d’harmonica. L’écorce des jours sera loin, nous serons hier, ou peut-être demain.

Aude Revier

La carte postale de Frankie et Nikki

Depuis 2012, ce duo fait de la photographie en autodidacte – une rétrospective de ses travaux est prévue à la fin de l’année. Aimant les lieux perdus, désuets, déserts, il ne prévoit rien et laisse advenir les rencontres. Ce mois-ci, clin d’œil de Manhattan depuis la High Line, voie ferrée devenue parc suspendu.

Country

Texte Marie Modiano

Pays, campagne, musique, détente, simplicité, art de vivre… Tant d’images, tant d’horizons cachés dans un seul mot : country. Le hasard fait que j’ai en ce moment le regard perdu au loin dans un océan de verts, au milieu d’une terre riche d’histoire, parsemée de châteaux et de rivières, de clairières et de secrets. Chênes, sapins, vallées et prairies me font tourner la tête, à moi, fille de la ville nourrie depuis son plus jeune âge au biberon de bitume et de réverbères. La campagne renferme à mes yeux bien des mystères et le temps n’y a pas la même valeur qu’ailleurs : il suffit de calquer son chemin sur celui du soleil ou bien sur celui qu’emprunte un cortège de nuages. Allongée sous les branches, je m’évade en me disant que tout est possible. Une chanson de Patsy Cline (ma chanteuse country préférée) en tête, je me laisse alors bercer par un doux refrain : «I’m back in baby’s arms / How I missed those lovin’ arms / I’m back where I belong / Back in baby’s arms.» J’enlace ma liberté comme un ami de longue date que je n’aurais pas revu depuis longtemps. Si je cherche à cet instant précis le pays d’où je viens, n’est-ce pas celui-là même ? Celui de la nature s’offrant à moi, un pays sans frontière où l’on parlerait toutes les langues, celles des hommes comme celles des animaux. Un pays où l’on rêverait tous les rêves, où l’on se pencherait sur une fleur de lilas par un début de printemps pour en humer le doux parfum. Celui où l’on graverait ses initiales sur un arbre perdu dans un petit bois silencieux, que l’on ne retrouvera peut-être plus jamais… Je délaisse enfin la citadine que je suis pour redevenir un moment celle que j’étais enfant et me répète à moi-même et en boucle, ces quelques vers écrits il y a peu : «Tout est intact / Fossiles de mémoire / Perles passées / Je reviens aujourd’hui encore / Grimper sur la même branche / D’où j’observe des heures durant le champ voisin / Une cabane faite de rien / Un monde ouvert sur le monde / Mes paysages.»*

* extrait de «Paysages», Pauvre chanson, Gallimard, coll. L’Arbalète.