Paul Smith, velo, Mode

L’esprit de collections,
par Paul Smith

Créateur d’un univers à l’optimisme bigarré, le couturier Paul Smith pose un regard curieux sur le monde. Chaque mois, il partage ici sa vision des choses. Aujourd’hui, l’esprit de collections.

Si d’aventure on me posait la question, je dirais que je ne collectionne rien. Alors, comment expliquer les boîtes d’allumettes japonaises, les morceaux de sucre emballés, les maillots de cyclisme et les petits lapins que vous verriez si vous visitiez mon bureau de Londres – en plus des photos, des livres et des peintures qu’on s’attend à voir foisonner chez un collectionneur ?
En général, les vrais collectionneurs sont incollables sur les objets qu’ils se donnent tant de mal à acquérir – les montres anciennes, par exemple. Mais moi, je n’ai aucune connaissance particulière sur le sucre en morceaux ou les petits lapins, même si j’en possède une quantité industrielle.
Tout simplement, il se trouve que ces choses m’inspirent. Prenez les boîtes d’allumettes. Elles sont toutes différentes et chacune a été conçue par quelqu’un qui y a mis beaucoup de soin et d’imagination. Photographiées sur un fond neutre, elles prennent des airs d’œuvre d’art. Certaines feraient de sensationnelles pochettes de vinyles et une ou deux ont fourni un motif à des tee-shirts Paul Smith.
Si je me souviens bien, cette habitude remonte à l’ouverture de mon premier magasin de mode, en 1970. C’était un endroit minuscule. Pour attirer le chaland, j’ai commencé à vendre des boucles de ceinture et de vieilles boîtes Art déco chinées au marché aux puces du coin. Des articles choisis pour leur singularité, pour créer une atmosphère différente. Quand je me suis mis à voyager autour du monde, j’ai rapporté des affiches de France, des couteaux de Grèce, des gadgets du Japon et d’autres objets encore. Une création valant le détour peut surgir là où on l’attend le moins, faisant de l’œil au collectionneur, même sur le papier d’emballage d’un carré de sucre.

 

Sir Paul Smith rêvait d’autres podiums que ceux de la mode : adepte de la petite reine, il se voyait coureur cycliste, mais un accident en décida autrement. Présent aujourd’hui dans 70 pays, le styliste (né à Beeston en 1946) donne un ton – mais pas de leçons –, attentif à la devise «penser global, agir local».

© Paul Smith - Jean-Michel Tixier / Talkie Walkie - DR

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