Monts et merveille, amerique du sud

Bolivie
Monts &
merveilles

Cholita, à Copacabana.
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Détail d’une façade imaginée par l’architecte Freddy Mamani.
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Les rues de la cité d’El Alto, un musée d’art ultragraphique à ciel ouvert sur les hauteurs de La Paz.
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Les rues de la cité d’El Alto, un musée d’art ultragraphique à ciel ouvert sur les hauteurs de La Paz.
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Freddy Mamani, architecte du renouveau de sa ville natale, dont les cholets, ou villas-immeubles, sont inspirés de la cosmogonie aymara.
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L’une des flamboyantes salles de cérémonie, ou salon de eventos, pièce maîtresse du cholet.
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La styliste Glenda Yañez revisite l’habit traditionnel des cholas, les femmes aymara.
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Feria 16 de Julio, l’un des plus vastes marchés d’Amérique latine.
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Villas typiques d’El Alto, aux façades chamarrées et murs de briques.
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La collection de robes et de châles brodés de Glenda Yañez, aux lignes et teintes audacieuses.
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Complexe résidentiel Wiphala orné des fresques du peintre Roberto Mamani Mamani
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Roberto Mamani Mamani, l’un des grands noms de la culture aymara.
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Étals du marché survolés par le téléphérique de La Paz.
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Atix Hotel
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Atix Hotel

Sur les hauteurs de La Paz, posé sur l’Altiplano bolivien, tout un univers renaît aux couleurs des Indiens aymara. Un monde en Technicolor, où les villas andines s’habillent d’une ébouriffante esthétique pop.

Grimpant à perte de vue à l’assaut des sommets enneigés de la Cordillera Real, des maisons et des maisons de briques. Un océan d’ocre rouge et de poussière et, jaillissant de ce magma terreux, des immeubles éclatants de couleurs. Fleurs écloses sur l’Altiplano, ces édifices baptisés cholets, jeu de mots mariant le chalet avec la chola, la belle femme en costume traditionnel, bouleversent le paysage et les mentalités. Leur bâtisseur, un architecte, est un militant. Chaque ouvrage qu’il signe est une victoire, une manière de hisser au plus haut les couleurs de sa communauté d’origine, celle des Indiens aymara. Son rêve, leur édifier dans une agglomération devenue en dix ans le foyer d’un million d’habitants, un monument urbain à coup de façades extravagantes. Ramassé sur son volant, le nez dans le pare-brise, s’égosillant dans son téléphone portable pour couvrir le chaos de la grêle qui fouette la carrosserie de son vieux 4x4, il sillonne El Alto d’un chantier à l’autre, comme un capitaine inspectant une ligne de front. Sous son impulsion, sa ville, hier triste cité-dortoir de La Paz, reprend des couleurs. Autrefois, les habitants d’El Alto, des paysans venus des campagnes, courbaient l’échine et leur humilité se reflétait dans la palette sobre de leurs maisons. Mais en 2006, soubresaut de l’histoire, Evo Morales est devenu le premier président d’origine amérindienne d’Amérique latine. Dans la foulée de son élection, les valeurs ancestrales des cultures locales sont redevenues positives. Le culte de la Pachamama, la mère terre, du dieu condor et des ajayu, les esprits, a relevé la tête et c’est tout un peuple qui s’est redressé.

Aujourd’hui, tout voyageur de passage doit grimper à El Alto. Là, à 4 071 m de hauteur, dans un air raréfié en oxygène, la féerie surgit. Musée d’art contemporain à ciel ouvert, les rues de cette cité des cimes sont une resserre d’excentricité. Car pour bâtir ses cholets (plus de 70 aujourd’hui), Freddy Mamani ne se refuse rien, ni les télescopages de teintes, ni les décors que l’ignorance prendrait pour de simples élucubrations dans un style Goldorak.

Cosmochromie

Plus que tout autre, c’est l’artiste peintre Roberto Mamani Mamani qui exprime le mieux l’essence de la symbolique aymara, dont Freddy Mamani – son homonyme sans lien de parenté – use à tour de bras. Dans son atelier installé au-dessus de sa galerie du quartier nord de La Paz, ses œuvres parlent toutes de sa culture d’origine. Voilà trente ans qu’il creuse le même sillon et, à l’entendre, c’est chez lui que Freddy Mamani aurait trouvé ses sources d’inspiration. Grâce aux explications de Roberto Mamani Mamani, les façades des cholets, loin de simples exercices de style, se révèlent leçons d’anthropologie. Leurs dessins, les retraits, les hublots, les acrotères en dents de scie, les zigzags, les cercles des fenêtres évoquent les dieux de la tradition aymara. Ainsi les niveaux visibles dans les façades reprennent-ils la division du monde en trois strates : Alaxpacha, le ciel et le condor ; Akapacha notre monde réel et le puma ; Manqhapacha, le monde souterrain et le serpent. Pour la première fois de leur histoire, les paysans de la ville, déracinés par les vicissitudes de l’existence, voient s’élever en dur leur représentation de l’univers. Plus que tout autre symbole, la chakana, la croix andine crénelée, est mise à contribution. Sa forme en escalier surgit dans le dessin des baies vitrées, dans le décor des portes ou bien encore dans le dossier des chaises d’un restaurant. Les spirales qui animent les façades des bâtiments de Mamani, et de ceux plus médiocres édifiés par ses émules, évoquent l’orage et le vent, quand les lignes ondulantes louent la sacralité de l’eau. Les couleurs parlent toutes. Le violet célèbre la sagesse, le jaune l’énergie, le rouge le dieu Soleil et la force de vie, le bleu le monde de l’infini. Leur caractère complémentaire, bleu et jaune, orange et vert, rend hommage au concept amayra de symbiose des contraires. Pour qui sait les décrypter, les façades des cholets d’El Alto parlent et prient.

Extravagance à tous les étages

Pour le comprendre il faut gagner Tiwanaku. Là, sur ce site archéologique découvert à moins de deux heures d’El Alto, pyramide et temples accueillent le visiteur. La croix andine s’y dresse en majesté. Et si l’on pousse plus encore jusqu’au lac Titicaca, alors on découvrira à quelques encablures de la ville de Copacabana, nichés dans l’Isla del Sol toute proche, les restes d’un temple inca où les portes trapézoïdales des bâtiments de Freddy Mamani trouvent leur origine.

Si El Alto se couvre désormais de demeures insolentes, c’est qu’une classe moyenne s’y est développée. Depuis toujours les habitants des lieux ont la passion du commerce. Pour s’en convaincre il suffit de se perdre dans le gigantesque Feria 16 de Julio, l’un des plus importants marchés d’Amérique latine. Deux fois par semaine, il bouleverse la cité haute. Tentaculaires, les étals envahissent les rues, grimpent sur les trottoirs, grignotent le territoire urbain. Le dynamisme y est roi et l’on comprend que dans cette ville-chaudron, une nouvelle bourgeoisie aymara prospère. Les clients de Freddy Mamani en sont tous issus. C’est pour eux que l’architecte s’est fait entrepreneur au double sens du terme. Ses constructions sont des modèles d’investissements. Chaque cholet est un hôtel particulier édifié sur une typologie unique. Sur plan, les futurs propriétaires se réservent une partie du rez-de-chaussée pour y installer une boutique, un garage, une petite galerie commerciale, nerf de la guerre. Située juste au-dessus, s’épanouit la pièce maîtresse du dispositif, el salon de eventos, la salle des fêtes, au décorum ahurissant. Ensuite, répartis dans les étages, se dispersent des appartements destinés aux membres de la famille. Libre à chacun d’y résider ou de les louer. Enfin, nec plus ultra local, une villa pousse sur la terrasse. Doté d’un toit à deux pentes, en référence aux sommets andins, ce pavillon est parfois flanqué d’un solarium ou même d’un miniterrain de football.

Dans ce dispositif, l’apothéose esthétique est réservée à la salle de réception, dans un mélange de baroque sud-américain et d’extravagance pop. Les couleurs reflétées par les miroirs composent des kaléidoscopes. Elles lèchent les colonnes et dégoulinent des mezzanines. Freddy Mamani impose à ses clients ses choix de teintes et, s’ils renâclent parfois, ils finissent toujours par l’applaudir, car leurs hôtes plébiscitent toujours la profusion des verts criards, des dégradés de jaunes et d’orangés. L’effusion de couleurs stimule l’esprit et les corps, car El Alto a la danse dans la peau. La fête y est si bien ancrée qu’en sus des mariages, des anniversaires et des soirées de promotion célébrés en privé, la cité se vanterait d’organiser chaque année 246 fêtes. La location de leur salle permet alors aux propriétaires de rembourser l’emprunt nécessaire à l’édification de leur cholet et ainsi la boucle est-elle bouclée. Dans une sorte de surenchère démonstrative, les commerçants expriment ainsi leur puissance, leurs voisins en redemandent, en rajoutent dans la profusion de signes, de placages or et de faux marbre, El Alto éclate de vie.

Ici, à 4 071 m de hauteur, dans un air raréfié en oxygène, la féerie surgit.

Remontées magnétiques

Est-ce alors par jalousie que La Paz, déployée au pied d’El Alto, s’est offert à son tour une guirlande de couleurs ? Sa plus récente réalisation, le téléphérique, emprunte à l’arc-en-ciel le schéma de son réseau. Les lignes des télécabines s’affichent en rouge, vert, bleu, jaune, blanc ou bleu ciel… Elles sillonnent les airs au-dessus du paysage grandiose de la capitale bolivienne. Sur le flanc de ce cratère, du centre-ville jusqu’aux contreforts d’El Alto, sur une dénivellation de près de 800 m, des milliers de maisons de briques, une nappe ininterrompue s’étire telles des ailes de condor. Chaque jour des foules d’habitants d’El Alto, employés le plus souvent dans la ville basse de La Paz, prennent d’assaut ces œufs qui virevoltent dans l’azur. Leur ballet dessine dans le ciel comme une nuée de boules de Noël. La couleur est un cadeau du ciel.

La styliste Glenda Yañez s’en réjouit. Depuis dix ans, elle concocte une mode destinée aux cholitas, les coquettes femmes andines, en modernisant leur parure traditionnelle. Sans bousculer la tradition qui veut que soient superposés 6 à 7 jupons sous une robe, elle la secoue en y ajoutant broderies faites main, décolletés inimaginables autrefois, laine et surplis. Quand on lui parle des immeubles de Mamani, qui bariolent l’immuable teinte rouille des briques d’El Alto, elle redresse la tête. «Si les cholets existent, dit-elle, c’est grâce à nous, les cholitas, car ce sont les coloris de nos vêtements qui désormais habillent les murs.» Un proverbe local dit que «La Paz est comme une femme, belle et toujours changeante». Il en va de même pour El Alto, dont la transformation spectaculaire subjugue. Plus la cité prend de l’âge et plus elle semble rajeunir. Freddy Mamani peut être satisfait, il a donné corps aux teintes que célèbre le drapeau arc-en-ciel des 36 nations indiennes et dont le patchwork désormais flanque partout la bannière bolivienne. À El Alto, c’est tout un peuple qui reprend des couleurs.

Atix Hotel

Du bois dans le hall et dans les ascenseurs, du cuir sur les murs comme au musée du quai Branly, des œuvres d’art un peu partout, cet hôtel design est parfaitement situé dans la Zona Sur, la partie chic de La Paz. À 3 200 m d’altitude, on respire ici mieux que partout ailleurs dans la capitale bolivienne. Les chambres spacieuses s’ouvrent sur les montagnes rouges qui ceinturent la ville et les gratte-ciel qui y poussent. Le restaurant Ona (cadeau, en langue pukina) est excellent, préférant la qualité et la saveur des plats à la quantité. Nec plus ultra, l’hôtel possède un bassin de nage au dernier étage, inséré dans le bar à cocktails baptisé 591, soit le code téléphonique de la Bolivie. On peut y esquisser quelques brasses tout en lorgnant sur son pisco sour posé sur la margelle. Mieux encore : la baie vitrée bordant cette piscine, et c’est toute la majesté de la partie sud de la ville qui vous éclabousse.

Atix Hotel

Calle 16, 8052, Calacoto. Tél. +591 7 896 1200.

www.atixhotel.com

Agenda

Géométries américaines. Du Mexique à la Terre de Feu.

Du 11.07 au 6.01.2019.

Exposition où sera reconstituée une salle des fêtes par Freddy Mamani.
Fondation Cartier pour l’art contemporain.
261, bd Raspail, Paris.
Tél. +33 (0)1 42 18 56 50.

www.fondationcartier.com

Lieux, hotel

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Maisons de maîtres

Carnet d’adresses

Atix Hotel

Calle 16, 8052, Calacoto. Tél. +591 7 896 1200.

www.atixhotel.com

Restaurants

Rocha’s Restaurante Mirador

Rocha’s Restaurante Mirador Face au terminus de la ligne jaune du téléphérique, en arrivant à El Alto, excellente omelette et vue époustouflante. Idéal pour reprendre son souffle. Cuidad Satelite. Tél. +591 2 281 3007.

Aptapi

Dans la Zona Sur, la partie chic de La Paz, ce restaurant est un mix tapas et recettes boliviennes traditionnelles. Le choix est large et tout est exquis, des fruits de mer (originalité dans ce pays qui, suite à sa guerre avec le Chili au XIXe siècle, a perdu sa façade maritime) aux viandes, aux poissons comme aux pizzas. Cuisine recherchée et décontractée. Calle René Moreno 1335, 1er étage. Tél. +591 2 277 6294.

Organiser son séjour

Les Maisons du Voyage

Spécialiste depuis plus de vingt-cinq ans du voyage sur mesure en Amérique latine et en Bolivie, l’agence conçoit votre itinéraire idéal à la découverte de ses cultures et sur les pas de Freddy Mamani, ou propose des circuits accompagnés dans cet incroyable pays. Tél. +33 (0)1 53 63 13 40.

www.maisonsduvoyage.com

À faire

Téléphériques

Les enchaîner.

Feria 16 de Julio

Visiter le plus grand marché d’Amérique du Sud à El Alto, le jeudi ou le dimanche. Y accéder en téléphérique depuis La Paz et le survoler ensuite par la ligne azur. Extraordinaire. La ville devient un patchwork de tentes orange et bleues. Au passage, vous remarquerez les nombreuses réalisations de Freddy Mamani et quelques copies.

Galería Mamani Mamani

Calle Indaburo 710, esquina Jaén, La Paz. Tél. +591 2 290 6294.

www.mamani.com

Tiwanaku

Site archéologique à visiter.

Isla del Sol et son temple Pilko Kaina

Accessible en bateau à partir de Copacabana sur le lac Titicaca.

Pour un avant-goût de ce voyage

Géométries américaines. Du Mexique à la Terre de Feu.
Exposition où sera reconstituée une salle des fêtes par Freddy Mamani.
Du 11.07 au 6.01.2019. Fondation Cartier pour l’art contemporain. 261, bd Raspail, Paris. Tél. +33 (0)1 42 18 56 50.

www.fondationcartier.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

AIR FRANCE dessert Lima par 6 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Lima par 7 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

Plusieurs compagnies aériennes assurent le vol de correspondance jusqu’à La Paz.

Aéroport d'arrivée

Aéroport international Jorge-Chávez.
À 11 km de Lima.
Tél. +51 1 517 3100.

Bureaux AIR FRANCE KLM

À l’aéroport de Lima.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, aux aéroports.
— Aéroport Jorge- Chávez, Lima.
Tél. +51 1 517 2402.
— Aéroport El Alto, La Paz.
Tél. +591 2 277 0088.
www.airfrance.com/cars

A lire

Bolivie
Lonely Planet.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.