Alexia Nokovitch

Alexia Nokovitch

Alexia Nokovitch
Les motifs des grands carrés s’approprient de petits rectangles glissés dans des manchettes de métal.

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec la créatrice d’An-née, aux foulards inspirés par les légendes et le cours des temps.

Son cœur n’a jamais battu pour les études, sauf lorsqu’il s’agissait d’art. Elle a toujours dessiné : enfant pour exprimer sa sensibilité, puis aux Ateliers de Sèvres, où elle a appris la maîtrise du trait et avec l’exigente Marion Angebault celle des couleurs ; plus tard, l’espace et la typographie auprès d’Antoine Ricardou – un mentor bienveillant aujourd’hui encore. Après un passage chez Castelbajac et à la Soie d’Hermès, elle travaille pour une start-up. En 2016, elle crée sa marque, An-née, appuyée sur ses initiales et fondée sur l’histoire du temps qui l’inspire tellement. À l’instar des constellations et des mythes grecs, du Japon ou de Proust. Alexia passe des heures en recherches documentaires. Le brutalisme, Tadao Ando ont leur place dans son panthéon, mais elle est aussi «amoureuse» de l’œuvre de Jean Cocteau, théâtre et cinéma inclus. Sa maison et son atelier se confondent, elle y dessine pendant des semaines, puis épure, avant de travailler les couleurs. Un mûrissement. Si le blanc cassé est l’élu des plus jeunes, ses rouge, vert ou turquoise ont plutôt la faveur des mères et des clientes asiatiques. Les grands carrés côtoient les petits rectangles à tisser dans des manchettes en métal ou à nouer pour dompter des mèches rebelles. Placer le motif sur un espace si réduit relève souvent du défi. Sa «potion» ? Songes de Goutal, dont le frangipanier l’accompagne depuis dix ans. Son rituel matinal ? Brûler de l’encens des Émirats, où vit son père. Un inconditionnel ? La musique – toute, partout et tout le temps.

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… la maison que possédait ma grand-mère à Castellaras-le-Vieux, au milieu des collines à un quart d’heure de Cannes. J’y ai passé toutes mes vacances jusqu’à l’âge de 11 ans. D’origine croate, ma grand-mère dirigeait une entreprise d’emballage industriel, où certains repris de justice pouvaient se réinsérer. C’est un modèle pour moi et elle me conseille toujours. Quand j’avais 4 ou 5 ans, un rare jour de pluie, ma mère m’a dessiné une princesse coiffée d’un diadème au stylo bille. J’étais tellement émerveillée, que j’ai su ce jour-là que je serais artiste et dessinerais.
Si j’arrivais à quitter Paris, je m’installerais dans ce village au plan en escargot, où chaque villa a une vue incroyable. Celle de ma grand-mère ouvrait sur les Alpes. Je me souviens du petit chemin emprunté avec mon frère pour aller à la piscine, des maisons troglodytes de l’architecte Jacques Couëlle, du parfum des abricotiers et de celui des figuiers, de la lumière directe du Sud, qui dessine de si belles ombres portées, du bruissement incessant des cigales. On m’a même raconté que Gérard Philipe a tourné sous les arcades du village certaines scènes de Fanfan la Tulipe !»

© Stanislas Aulleau - An-née - Alexia Nokovitch

Objet Nomade, stylo

Article suivant

OBJET NOMADE