Edito

Liste à l’attention des marcheurs éveillés : une glacière, quelques citrons, trois coccinelles et dix sons de clairon. Un compas à trousse de cuir poli, une collection de vinyles (en l’état), un couvre-lit en pure laine vierge, une pile de livres (de chevet). Tout s’additionne, le nuage cotonneux des petites joies et ses frontières floues, comme l’exhaustivité mathématique de l’ennui. L’inventaire semble terminé ? Il est interminable.

Aude Revier

La carte postale
de
Frankie et Nikki

Depuis 2012, ce duo fait de la photographie en autodidacte – une rétrospective de ses travaux est prévue à la fin de l’année. Aimant les lieux perdus, désuets, déserts, il ne prévoit rien et laisse advenir les rencontres. Ce mois-ci, clin d’œil de Marseille, saisi d’une passerelle du Mucem.

Drôle d’inventaire

Texte Françoise-Marie Santucci

Chaque mois de septembre, nous reprenions l’avion pour la Côte d’Ivoire où nous habitions, mes parents et moi. C’était les années 1970, et ces vols nocturnes – nous arrivions à Abidjan vers minuit – ont à jamais marqué mon imaginaire. Je n’avais peur de rien, ni des turbulences ni des ciels d’encre, et je faisais tout pour obtenir la place près du hublot. Dans ces DC-10 qui nous paraîtraient si inconfortables aujourd’hui, sans distraction d’aucune sorte, ma distraction à moi était plus belle que tous les films du monde. Une fois le soleil couché à l’ouest, la Méditerranée laissée derrière nous, nous survolions le Sahara, puis le Sahel. Et je passais des heures à contempler les faibles lumières du désert ; parfois celles des torchères des puits de pétrole, parfois celles de ces localités à l’atmosphère sans nuages qu’on distinguait si bien, même à 10 000 mètres d’altitude, ces villes isolées dans l’immensité des dunes et dont les pilotes, souvent, nous dévoilaient la mystérieuse identité... Ghardaïa, Hassi Messaoud, Tamanrasset, Tessalit, Gao. C’est à cette époque que j’ai commencé à dévorer les atlas, à faire tourner le petit globe terrestre qu’on m’avait offert. Les dimanches pluvieux, je découvrais d’autres cités lointaines aux noms magnifiques ; Oulan-Bator, Mascate, Vientiane, Ouarzazate, Tananarive, Albuquerque, Paramaribo… Plus tard, j’ai fait des études de géographie. Plus tard, j’ai visité certains de ces lieux qui m’avaient fait rêver, enfant. Et je continue encore, tant d’années après, de me représenter le monde comme une mélodie de mots, un entrelacs de cartes – mon drôle d’inventaire à moi.