Comme un roman, travel, Brésil

Brésil
Les femmes
de Fortaleza

L’écrivaine Marília Lovatel et sa fille, Marcela.
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Plage de Morro Branco, au sud de Fortaleza.
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Statuette de Rachel de Queiroz, figure de la littérature au Brésil.
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Plage du club nautique.
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Escalier du club nautique.
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La romancière Socorro Acioli.
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Theatro José de Alencar, auteur emblématique de Fortaleza.
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L’écrivaine Tércia Montenegro, à l’origine d’un dictionnaire amoureux de Fortaleza.
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Livre rare de la fondation Edson Queiroz.
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Coração de Madeira, de Libre Gutiérrez, plage d’Iracema.
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Paillote du Morro Branco.
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Plage d’Iracema.
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Colonnade du club mythique Náutico Atlético Cearense, inauguré sur la plage de Meireles en 1929.
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Falaises et dunes conduisant au Morro Branco.
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Le petit café de l’Unifor
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L'hotel Gran Marquise
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Dom Pedro Laguna

Sous le soleil du Nordeste brésilien, mythes et légendes se transmettent de mère à fille, de femme à femme. D’une main assurée, à l’image des dentellières du Ceará, les romancières tissent ici patiemment des ouvrages suspendus, entre rêves et réalité.

"Fortaleza. Une ville au «goût de coco et de citron vert», chante Bernard Lavilliers. Une cité portuaire, tout là-haut sur la carte du Brésil. Au nord du Nordeste… Loin de tout ? «Au contraire ! On dit que c’est ici que tout a commencé. La grande histoire du Brésil moderne», note la romancière Socorro Acioli.

Ce jour-là, nous déjeunons dans le quartier de Mucuripe, une longue et blonde plage, au cœur du marché aux poissons. Socorro est une enfant du pays et Mucuripe est son endroit préféré. «J’y venais avec ma tante quand j’étais petite. Regardez ces agulhinas au nez en forme d’aiguille, des espadons en miniature…» Elle explique que Mucuripe a donné son nom à une chanson magnifique que tous les Brésiliens connaissent. Mais que c’est aussi un lieu mythique. «Pour certains historiens, c’est sur cette plage que l’explorateur espagnol Vicente Pinzón aurait accosté en 1500. On dit qu’une tempête l’a jeté là. Que c’est lui qui, quelques mois avant le Portugais Pedro Álvares Cabral, aurait découvert le Brésil. Fascinant, non ? Exactement là où nous nous régalons de crevettes et de langoustes grillées !»

Elle rit de bon cœur. «Bon… si ça n’est pas vrai, peu importe. Ici, on adore les légendes. Les fables qui volent de lèvres en lèvres et de siècle en siècle.» Cela tombe bien. L’État du Ceará et sa capitale en regorgent. C’est la raison pour laquelle, sans doute, on y trouve autant d’écrivains – des écrivaines surtout. La première et la plus illustre est la grande Rachel de Queiroz, née à Fortaleza en 1910 et auteure de O Quinze (1930, traduit en France sous le titre L’Année de la grande sécheresse, Stock, 1986).

Au fil des générations

«Rachel ! Mon modèle !», soupire Marília Lovatel, romancière pour la jeunesse. Dans sa bibliothèque, à côté de sa machine à écrire, elle a même posé une statuette de son idole. «C’est elle qui, il y a vingt ans, m’a mis le pied à l’étrier.» Elle montre une lettre d’encouragement signée Rachel de Queiroz encadrée au mur de son appartement. «Sans elle, je ne serais pas là…»

Des femmes qui créent, se soutiennent et se transmettent de génération en génération les secrets de leur art : il est souvent question de cela chez Marília Lovatel. Comme dans A menina dos sonhos de renda (éd. Moderna, non traduit), un conte entre songe et réalité où une jeune fille, Filomena, rêve de devenir la dentellière la plus célèbre du monde. «Elle veut faire la plus longue natte qui soit : un kilomètre de dentelle !, précise l’auteure. C’est pour ça que sa mère vient la visiter dans son sommeil. Elle lui donne des conseils pendant la nuit.»

Au Ceará, l’art de la dentelle s’apprend de mère en fille depuis l’arrivée des Portugais. «Allez à Aquiraz, à quarante-cinq minutes de Fortaleza. Vous verrez que les hommes sont encore tous pêcheurs et les femmes dentellières. Elles utilisent des aiguilles de cactus en guise d’épingles et enroulent leurs fils sur des bobines de bois qui s’entrechoquent et produisent de la musique.»

Pour le lancement de A menina…, Marília Lovatel portait une robe jaune faite par les femmes d’Aquiraz. «Il avait fallu un an pour la confectionner. C’est à ce savoir-faire patient et minutieux que je veux rendre hommage. Et aussi à la façon dont les mères le communiquent à leurs filles. Tiens…, quand on parle du loup…» Une adolescente entre dans la pièce. «Je vous présente Marcela, ma fille. Marcela écrit, elle aussi. Des pièces courtes, des nouvelles... Dans ce coin du Nordeste, l’écriture, finalement, c’est comme la dentelle. Elle se pratique de mère en fille avec un même objectif : ne pas perdre le fil !»

Sortilèges sur papier

Ne pas perdre le fil, broder sur les légendes et les histoires locales. C’est aussi ce que fait Socorro Acioli. Dans son roman Sainte Caboche (traduit aux éditions Belleville en 2017), un jeune homme vit dans une grotte en forme de tête géante. «Autrefois, cette tête était destinée à une statue de saint Antoine mais, trop lourde, elle n’a jamais pu être hissée sur le corps, explique l’auteure. Alors cet homme, un vagabond, s’est installé dedans et a découvert que, depuis l’intérieur, il entendait les prières d’amour que les villageoises venaient adresser au saint. Dans mon roman, il va tout faire pour exaucer leurs vœux. Ce qui lui vaudra bientôt de passer pour un faiseur de miracles !»

Comme chez Marília Lovatel, on est toujours entre rêve et réalité avec Socorro Acioli. Pas étonnant que le prix Nobel García Márquez l’ait remarquée un jour dans un atelier d’écriture. «À ses yeux, ce que j’écrivais était du réalisme magique, explique la romancière. Moi, je crois que c’est l’inverse. De la magie-réalité. Ou même de la réalité tout court. Car voyez-vous, dans les petites villes du Ceará, où les vieilles croyances africaines sont encore très présentes, la magie EST la réalité. C’est même le seul moyen qu’ont les gens de décoller du quotidien et de s’approcher de l’invisible.»

Murmures des siècles

Évidemment, tout ça est pain bénit pour les romancières de Fortaleza. «En ce moment, je travaille sur un fait vrai qui s’est produit à Almofala, à 150 km d’ici, poursuit Socorro. Il concerne les Indiens de la tribu Tremembé. À leur arrivée, les Portugais leur avaient fait une promesse. Une promesse qu’ils n’ont pas tenue. Alors, le vent s’est déchaîné à Almofala et l’église a été entièrement recouverte de sable. Elle est restée comme ça, enfouie, pendant quarante-cinq ans. Les gens avaient fini par l’oublier. Quand ils passaient près de la dune, ils entendaient des sons. C’était le vent, mais les villageois pensaient qu’il s’agissait de voix. D’où le nom d’Almofala, littéralement “les âmes qui parlent”.»

Et puis ? Socorro Acioli s’interrompt pour mieux ménager son suspense. «Et puis, un jour, sans que l’on sache pourquoi, le vent a tourné. Il s’est mis à souffler si fort dans l’autre sens que, sous les yeux ébahis des habitants, l’église a resurgi. Du jour au lendemain ! Tenez…» Elle sort son portable et montre des photos d’archives. «Encore une fois, c’est une histoire vraie. Pas du réalisme magique !»

Telle mère, telle ville

Elles sont toutes habitées par leur terre, les romancières de Fortaleza. Envoûtées par la fertilité de son imaginaire. Au point que l’une d’elles, Tércia Montenegro, a même écrit un dictionnaire amoureux de la ville (Dicionário amoroso de Fortaleza, éd. Casarão do Verbo, non traduit). À la lettre I, elle raconte le mythe fondateur de la cité. L’histoire de cette Indienne sublime nommée Iracema qui, à l’époque de la colonisation, était tombée amoureuse d’un Portugais, Martim. «Un amour impossible. Pourtant Iracema mettra au monde un enfant, Moacir, qui deviendra le symbole du métissage au Brésil.»

Tércia Montenegro s’interrompt. «Venez… Je vais vous montrer Praia Iracema, la plage qui porte son nom. Celle qu’on appelle parfois “la vierge aux lèvres de miel” a été immortalisée par l’écrivain José de Alencar (1829-1877). Mais moi, j’en ai entendu parler toute petite, bien avant de savoir lire. Elle est la figure tutélaire de Fortaleza. La première d’une longue lignée de femmes fières et fortes. Rétive aux barrières entre les peuples. Car bien sûr, vous l’aurez remarqué… Iracema, c’est aussi l’anagramme d’America.»

«Ici, la magie EST la réalité. C’est même le seul moyen qu’ont les gens de décoller du quotidien et de s’approcher de l’invisible.»

Lieu d’écriture

Les connaisseurs du Brésil le savent. Il se cache à Fortaleza l’une des plus prestigieuses collections d’art en Amérique latine : c’est celle d’Airton Queiroz, le patron du groupe du même nom qui, depuis l’âge de 16 ans jusqu’à sa mort en 2017, n’a cessé d’acquérir tableaux et sculptures. Soit quelque 1 000 œuvres allant de Renoir à Leonilson (un grand sculpteur originaire du Ceará) auxquelles s’ajoute une bibliothèque de livres rares. C’est dans l’enceinte de l’université Unifor que sont conservés ces trésors. Noyé dans la verdure, le petit café du lieu est un refuge idéal pour écrire et méditer sur la création. Surtout qu’il suffit de monter l’escalier pour accéder (jusqu’en mars 2019) à une exposition temporaire exceptionnelle : 300 œuvres choisies, un florilège de la collection Queiroz montré au grand public pour la première fois.

Fundação Edson Queiroz

Universidade de Fortaleza. Avenida Washington Soares, 1321, Edson Queiroz.

www.unifor.br

Hotel Gran Marquise

Idéalement placé au milieu de Beira Mar, l’avenue qui serpente le long de l’océan, cet hôtel de 18 étages est l’un des plus confortables de Fortaleza. L’un des plus pratiques aussi, car il suffit de traverser la route pour être immédiatement sur la plage, le Gran Marquise fournissant sac et serviettes de bain. Le petit déjeuner, que l’on peut prendre en terrasse, permet de goûter aux fruits et aux jus frais du cru, coco, cajou, acérola, corossol… Mais l’endroit le plus agréable, avec vue plongeante sur la baie, est sans aucun doute le tout dernier étage, où se niche l’espace épuré du spa. Là, un soin à la fleur d’immortelle, suivi d’une application de serviette chaude dans le dos et d’une tisane de fenouil, offre une expérience divinement relaxante après l’agitation de la rue.

Hotel Gran Marquise

Avenida Beira Mar, 3980, Fortaleza. Tél. +55 (85) 4006 5000.

www.granmarquise.com.br

Dom Pedro Laguna

Que d’eaux ! Ici l’Atlantique, qui roule sur l’infinie plage de Marambaia, quasi déserte, le dispute au lagon, lac et piscines ourlant la centaine de chambres et villas de ce resort voisin de 2 golfs. L’un est conçu pour limiter l’érosion des dunes et ils sont tous deux engazonnés d’une herbe endémique de la côte brésilienne, à la biodiversité particulièrement prodigue en ces lieux à une grande heure de Fortaleza (mais moitié moins de l’aéroport). Texte Violaine Gérard

Dom Pedro Laguna

Av. Marginal do Empreendimento, Aquiraz Riviera, s/n, Praia da Marambaia, Aquiraz. Tél. +55 (85) 3388 3000.

www.dompedro.com
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Carnet d’adresses

Fundação Edson Queiroz

Universidade de Fortaleza. Avenida Washington Soares, 1321, Edson Queiroz.

www.unifor.br

Hotel Gran Marquise

Avenida Beira Mar, 3980, Fortaleza. Tél. +55 (85) 4006 5000.

www.granmarquise.com.br

Dom Pedro Laguna

Av. Marginal do Empreendimento, Aquiraz Riviera, s/n, Praia da Marambaia, Aquiraz. Tél. +55 (85) 3388 3000.

www.dompedro.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

JOON dessert Fortaleza par 2 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Fortaleza par 3 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

Aéroport d'arrivée

Aéroport international de Fortaleza.
À 6 km de Fortaleza.
Tél. +55 (85) 3392 1200.

Bureaux AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, a l'aéroport :
Tél. +55 (85) 3308 8350.
www.airfrance.com/cars

A lire

Florence Noiville a notamment publié L’Attachement et L’Illusion délirante d’être aimé (Stock) ; pour enfants, Bébé Jules qui ne voulait pas naître, un album illustré par Alice Charbin (Gallimard Jeunesse).

Sainte Caboche
Socorro Acioli, Belleville éditions.
A menina dos sonhos de renda
Marília Lovatel, éd. Moderna.
Dicionário Amoroso de Fortaleza
Tércia Montenegro, éd. Casarão do Verbo. Rachel de Queiroz a publié, entre autres,
Maria Moura
éd. Métailié) et
La Terre de la grande soif
T(éd. Anacaona ; initialement traduit chez Stock sous le titre
L’Année de la grande sécheresse).

Brésil
Lonely Planet.
Brésil
Gallimard, coll. Bibliothèque du voyageur.
Le goût du Brésil
Mercure de France, coll. Le petit mercure.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.