Impression de famille, art, peinture

Impressions de famille

Les Nymphéas : Les Nuages (détail) Claude Monet, vers 1915-1926.
Impression de famille, art, peinture
Riverhead Helen Frankenthaler, 1963.
Impression de famille, art, peinture
Tableau Vert Ellsworth Kelly, 1952.
Impression de famille, art, peinture
Blue and Gray Mark Rothko, 1962.

Saisir la lumière, la couleur et l’instant, telle est l’obsession de Claude Monet, le maître des impressionnistes, mais aussi des artistes abstraits américains, ses turbulents héritiers. Un dialogue outre-temps présenté au musée de l’Orangerie, à Paris.

Des nuées aquatiques ouvrant sur une dilatation infinie de l’espace, des étangs et des jardins traversés de gammes chromatiques étourdissantes, des variations de lumière et d’atmosphère dont on ne sait si elles épousent les lueurs de l’aube ou celles du crépuscule – il n’existe pas mille façons d’entrer dans l’univers des Nymphéas de Monet. Il faut y plonger corps et âme, accepter d’ondoyer dans la matière même d’une peinture volatile et atmosphérique. Le peintre n’impose pas son point de vue, il invite le regardeur à s’immerger dans ses toiles géantes, offrant une figuration de la nature qui n’est plus qu’un lointain écho du monde.
Les saules, les ponts, les fleurs et les nénuphars sont les reflets tremblants de ses vertiges. Lorsque le MoMA acquiert en 1955 un panneau des Nymphéas, puis l’expose pour la première fois dans ses salles, non loin des fougueux tableaux des expressionnistes abstraits, la critique de l’époque discerne aussitôt les liens puissants qui relient le vieux maître français à la jeune garde américaine. Des filiations inattendues se font jour, qui rebattent les cartes de l’histoire de l’art. Le peintre octogénaire autrefois reclus dans ses jardins secrets, l’impressionniste tardif dont on a boudé les œuvres monumentales installées à l’Orangerie, se révèle, un quart de siècle après sa disparition, le premier des abstraits, l’homme qui a libéré le motif des limites de la toile, bien avant les drippings de Pollock, bien avant les all-over de Clyfford Still ou les colorfields de Mark Rothko.
Fascinés par les surfaces de couleur vibratiles du génial Monet, les jeunes peintres américains font, l’un après l’autre, le pèlerinage à Giverny. Sam Francis, Philip Guston, Ellsworth Kelly, tous mettent le cap sur le jardin enchanté et ses reflets changeants. Joan Mitchell change même de patrie et pose son chevalet à Vétheuil, à quelques kilomètres de Giverny. C’est donc en toute logique que les œuvres des dernières années de Monet et celles des pionniers de l’abstraction américaine sont aujourd’hui réunies dans le cadre d’une exposition époustouflante à l’Orangerie. Le peintre aux yeux brouillés par la cataracte s’y révèle le grand précurseur de la modernité, l’homme qui le premier a affranchi la peinture de l’obligation millénaire de représenter la réalité.

 

Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet

Du 13.04 au 20.08. Musée de l’Orangerie, place de la Concorde, Paris.

www.musee-orangerie.fr

© Musée de l’Orangerie, Dist. RMN-Grand Palais/photo : Sophie Crépy Boegly - 2015 Helen Frankenthaler Foundation, Inc/ADAGP, Paris, 2018.

Photo : Timothy Pyle, Light Blue Studio Ellsworth Kelly Foundation.

Photo : Courtesy Art Institute of Chicago - Mark Rothko/ADAGP, Paris, 2018 / 1998 Kate Prizel & Christopher Rothko.

Fondation Beyeler/Robert Bayer

Agenda

NYMPHÉAS. L’ABSTRACTION AMÉRICAINE ET LE DERNIER MONET

Du 13.04 au 20.08.

Musée de l’Orangerie, place de la Concorde, Paris.

www.musee-orangerie.fr

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