art, métal

Deux temps
d’avance

Plaques de spiraux usinés à la manufacture suisse.
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Classique Chronométrie 7727 , un modèle embarquant un système en silicium créé en 2013.
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Insensible aux effets du magnétisme, le silicium est stable, léger et ultrarésistant.
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Roue d’échappement, ancre et spiral, trois éléments essentiels à la précision horlogère.

Répertorié dans la table de Mendeleïev au XIXe siècle, le silicium révolutionne depuis dix ans l’horlogerie contemporaine. Un élément au cœur des innovations de la manufacture Breguet.

L’un est né à Neuchâtel en 1747, l’autre en 1928 à Beyrouth. Abraham-Louis Breguet et Nicolas G. Hayek ne se sont donc pas connus, mais tous deux ont partagé une vision de l’horlogerie entièrement tournée vers l’invention et l’innovation. Le premier a fait progresser l’histoire horlogère à pas de géant, mettant au point l’échappement naturel sans huile, le spiral doté d’une courbe terminale, le ressort-timbre des montres à répétition, le tourbillon ou encore le mécanisme de remise à zéro dans un chronomètre. Aux côtés de ces avancées techniques majeures, le génial horloger a aussi défini une esthétique écrite en chiffres et guichets signatures, affichage décentré du tour d’heure sur cadrans guillochés, sans oublier les cornes soudées.

Un laboratoire d’horlogerie

Immortalisées sous la plume de Stendhal, Pouchkine, Balzac et Hugo, les montres Breguet ne retrouvent leur splendeur qu’à l’aube du IIIe millénaire, lorsque Nicolas G. Hayek rachète la maison suisse, aujourd’hui emmenée par son petit-fils, Marc. Rapidement dotée d’une infrastructure dernière génération, la manufacture de L’Orient, dans le canton de Vaud, accueille un laboratoire au programme ambitieux. Conduit par le très clairvoyant Nakis Karapatis, il s’attèle notamment à l’étude du silicium au sein du CSEM de Neuchâtel (Centre suisse d’électronique et de microtechnique). Réalisées en collaboration avec deux grands noms de l’horlogerie, Patek Philippe et Rolex, ces recherches vont révolutionner le monde horloger. Semi-métal qui ne se trouve pas à l’état de corps pur dans la nature, le silicium existe sous forme de silicates ou de dioxyde. L’introduire dans l’univers horloger nécessite donc des procédés chimiques extrêmement sophistiqués, dont les coûts trouvent leur raison d’être dans la liste impressionnante de ses qualités. Élastique, léger et stable dans le temps, il présente aussi l’immense avantage d’être amagnétique, un atout dans notre société truffée de champs magnétiques – des portières de voiture aux sacs à main, sans oublier téléphones et réfrigérateurs. Tel un roseau, le silicium possède une élasticité que l’on peut entièrement maîtriser. Gravés dans des plaques conservant l’alignement des atomes, les composants présentent des formes réalisées au micron qui sortent du moule prêtes à l’emploi – une géométrie alvéolée devient même concevable.

La respiration du spiral

Puisque la précision d’une montre mécanique dépend en grande partie de la justesse de ses organes réglants, l’emploi du silicium ouvre ainsi de nouvelles perspectives. Pour le spiral, jusqu’alors fabriqué manuellement, il représente un gain de temps et de précision – certains le déplorent, arguant à raison la disparition d’un savoir-faire. Au-delà de l’économie sur les gestes de l’horloger, un spiral en silicium permet d’améliorer l’isochronisme, c’est-à-dire la capacité à toujours osciller à la même fréquence, que la montre soit remontée à fond ou qu’elle arrive dans les dernières heures de sa réserve de marche, ce qui représente une véritable gageure. Après avoir franchi un nombre certain d’obstacles, de l’ancre cassée au pont de balancier trop souple, les recherches débutées en 2001 aboutissent cinq ans plus tard avec le premier modèle doté de composants en silicium. Aujourhui présent dans le spiral, mais aussi l’ancre et la roue d’échappement du Type XXII, ce nouveau matériau confirme ses atouts. Trois fois plus léger que l’acier, il minimise la consommation d’énergie et réduit drastiquement les frottements. Ceux-là mêmes qu’Abraham-Louis Breguet combattait en perçant chaque dent de la roue d’échappement pour permettre à l’huile de faire son travail de lubrification. Deux siècles plus tard, la boucle est bouclée.

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