carte blanche, paysage, voyage

Uruguay
Sur la route
des vacances

Lagune de la station balnéaire José Ignacio.
carte blanche, paysage, voyage
L’immense estuaire du Río de la Plata, à Colonia del Sacramento.
carte blanche, paysage, voyage
Entre plages et gratte-ciel, Punta del Este est une étrange cité surgie sur la péninsule qui sépare le Río de la Plata de l’Atlantique.
carte blanche, paysage, voyage
Fantaisies architecturales des cabanes de Cabo Polonio.
carte blanche, paysage, voyage
Le long de la lagune de José Ignacio, Juan de l’Estancia Vik.
carte blanche, paysage, voyage
Rivage du Parque Nacional de Cabo Polonio.
carte blanche, paysage, voyage
Olga, pêcheuse de langoustines dans la lagune de Rocha.
carte blanche, paysage, voyage
Le Sofitel Carrasco
carte blanche, paysage, voyage
L'Estancia Vik

Entre lagunes et dunes chahutées par le tumulte de l’Atlantique, l’écrivain et réalisateur Santiago Amigorena déroule le fil d’une enfance laissée sur l’ourlet de la côte uruguayenne.

Lorsque j’étais enfant, j’habitais à Buenos Aires. Comme pour tant d’Argentins, partir en vacances, c’était toujours aller vers l’est : traverser le Río de la Plata pour se rendre en Uruguay, dans la République orientale de l’Uruguay. Nous prenions le bateau et nous traversions le fleuve en direction de Colonia del Sacramento. Puis, de Colonia nous allions en voiture à Piriápolis, à Punta Ballena, à Punta del Este. Au-delà de Punta del Este, jusqu’au début des années 1980, l’Uruguay existait à peine. Aujourd’hui pourtant, c’est cette partie-là du pays qui me fascine le plus. La côte uruguayenne s’étend sur quelques centaines de kilomètres, du début de l’estuaire du Río de la Plata à Chuy, à la frontière avec le Brésil. D’une manière arbitraire, tant les eaux vont et viennent à leur gré, on estime que le fleuve s’arrête à Punta del Este : que là commence l’océan. La partie fluviale possède de petites plages de sable très fin et une eau très brune – une eau, comme disait le grand poète argentin Leopoldo Lugones, «couleur crinière-de-lion». La partie océanique, suite innombrable de grandes dunes et d’immenses vagues, est une large bande de sable qui pénètre parfois le territoire uruguayen sur plusieurs kilomètres et qui, sur la côte, s’étend interminablement, telle une plage splendide qu’interrompent par à-coups, tous les 20, 30 ou 50 km, de minuscules caps où le temps a déposé des pêcheurs qui ont formé des villages ayant plus ou moins grandi : José Ignacio, La Paloma, La Pedrera, Cabo Polonio, Valizas, Aguas Dulces ou Punta del Diablo. À l’époque, j’imaginais toujours que si l’on continuait à rouler vers l’est, à un certain endroit, à une certaine distance de là où mes parents m’emmenaient pour passer les vacances, la longue bande de sable qu’est l’Uruguay devait forcément s’avouer vaincue – et se faire entièrement dévorer par la fureur de l’océan. Chaque endroit, à mesure que l’on s’approchait de ce lieu terrible, inatteignable, était de plus en plus sauvage.

Colonia, la plus ancienne ville d’Uruguay, est à présent un très beau petit bourg avec des rues pavées où survivent quelques carcasses des fameuses cachilas, ces voitures datant du tout début du XXe siècle qui ont hanté ses rues jusqu’aux années 1970. 180km plus à l’est se trouve la capitale, Montevideo, où vit presque la moitié de la population du pays. Montevideo pourtant, lorsque l’on vient de Paris ou de Buenos Aires, semble déserte. De la vieille ville jusqu’à Carrasco, ce quartier où la cité elle-même finit par se confondre avec la plage, on a le sentiment reposant, apaisant, de commencer ce voyage dans le temps qu’est inévitablement tout voyage en Uruguay. L’œil tarde un peu à savoir ce qui cause ce calme singulier : est-ce parce que les murs ne sont presque pas salis par la publicité ? Est-ce parce que les voitures se meuvent encore doucement lorsqu’on les compare à celles d’autres pays ? Est-ce le maté, cette boisson qui est devenue un emblème national et que les Uruguayens boivent dans la rue, portant le thermos sous le coude et le maté lui-même à la main ? Lorsque l’on quitte Montevideo, après une suite de petits ports balnéaires où nous nous arrêtions rarement lorsque j’étais enfant (Solymar, Atlántida, Biarritz), il y a ce premier lieu magique : Piriápolis.

Piriápolis a été créé à la fin du XIXe siècle. Ce fut le premier site balnéaire d’Uruguay. Il était terriblement à la mode dans les années 1920. Aujourd’hui, peu d’endroits au monde sont aussi désuets. Il faut pourtant y aller, surtout pour visiter l’Argentino Hotel, l’un des rares palaces uruguayens, qui garde encore le charme de ses origines. Plus à l’est, après Punta Colorada et Punta Negra, commence la longue plage de Solanas, qui s’étire jusqu’à Punta Ballena. C’est là, à Punta Ballena, que j’ai passé la plupart de mes vacances entre 6 et 12 ans. On peut y profiter des eaux douces d’une vaste lagune, la Laguna del Sauce, ou de l’eau déjà salée de la mer. Comment décrire cette petite station balnéaire du fin fond de l’hémisphère Sud ? Lorsque, venant de Montevideo, on parvient au sommet de Punta Ballena, l’apparition de cette péninsule, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, est incandescente. Je ne sais si, à d’autres yeux que les miens, des yeux qui ne sont pas revenus après des années d’exil, cette vue livre aussi simplement son aveuglant pouvoir. Mais j’espère que si. J’espère que devant la vue de Punta del Este depuis le sommet de Punta Ballena, où lorsqu’elle émerge dans la lumière diffuse de l’aube d’entre les dunes ou d’entre les vagues, n’importe quels yeux peuvent sentir ce que je ressens moi-même à chaque fois que je la contemple : mon éphémère inutilité et l’éternelle beauté du monde. Physiquement, Punta del Este est simplement une larme de terre de quelques centaines de mètres orientée vers le sud. Les plages qui s’étendent de chaque côté, la Mansa vers l’ouest jusqu’aux grottes, la Brava à l’est jusqu’à La Barra, permettent de se baigner dans des eaux calmes ou furieuses, et de contempler aussi bien le lever du soleil sur l’océan, que son coucher sur le fleuve.

A 30 km de Punta del Este, se trouve José Ignacio. Au premier abord, José Ignacio ne semble que l’un de ces promontoires de roc et d’herbe que la côte uruguayenne lance timidement dans la mer. Mais c’est là réellement que finit la civilisation – et que commence cette étendue illimitée de sable, d’écume et de lagunes qui court sur des centaines de kilomètres, bien au-delà de la frontière du Brésil, pour mourir là où naît la jungle. Aujourd’hui, José Ignacio est le refuge balnéaire le plus à la mode d’Uruguay. C’est ici que toute la haute bourgeoisie argentine rêve de passer l’été. Heureusement, l’été argentin ne dure que les quinze premiers jours de janvier. En dehors de ces deux semaines, du mois de novembre au mois d’avril, José Ignacio est encore un petit paradis marin.

Le dernier arrêt que nous faisions, lorsque j’étais enfant, avant la frontière du Brésil, pour acheter des bracelets et des colliers que les femmes et les enfants des pêcheurs fabriquaient avec les vertèbres des maigres et des requins, était un village, devenu aujourd’hui une petite ville : Punta del Diablo. Le développement pourtant n’a pas détruit l’endroit, et le front de mer abrite encore les mêmes cabanes de pêcheurs que l’on trouvait dans les années 1970.

La première fois que je suis allé à Cabo Polonio, on ne pouvait franchir qu’à cheval l’immense étendue de dunes qui l’entoure. Aujourd’hui, on ne peut toujours pas y parvenir en voiture, mais des Jeep et des camions y conduisent les visiteurs. Bien sûr, le Cabo n’est plus le même. Mais pourtant, il y a toujours une magie propre à ce lieu isolé, une magie à laquelle les mots ne sauraient rendre justice. Il faudrait plutôt réussir à transcrire ici les cris des loups de mer qui se battent dans la nuit et qui percent l’obscurité et la fureur des flots de l’océan Atlantique. Lors de mon premier séjour là-bas, j’ai passé une soirée avec des pêcheurs du coin qui m’ont dit que les plages du Cabo Polonio étaient les plus belles du monde. Comme je doutais de l’irréfutable justesse de leur jugement – après tout, ils n’avaient jamais vu d’autres plages que celles du département de Rocha en Uruguay –, le plus jeune d’entre eux m’a dit l’une des choses les plus surprenantes que j’aie jamais entendues : avec ses mots à lui, des mots simples que je ne saurais reproduire fidèlement ici, il m’a demandé comment moi, moi qui avais déjà tant voyagé, je n’avais pas encore compris que les merveilles sont uniques, et qu’on ne les reconnaît que dans l’ignorance de ce qui pourrait leur être comparé. Que dire de la beauté terrifiante de ce lieu ? Deux plages, aussi belles l’une que l’autre, s’étendent de chaque côté de l’inutile et vaillante tentative du Cabo Polonio d’interrompre le furieux débat entre le sable et le vent. Toutes deux ont une violence surhumaine – et une beauté surnaturelle. On dirait qu’elles se souviennent d’un temps où les hommes, et les dieux, et la mémoire n’existaient pas encore : un temps où le temps tardait à naître. Comment apprécier à sa juste et inestimable valeur l’ahurissante magnitude du combat immémorial qu’en ce lieu précis de l’univers se livrent le sable et l’océan ? Les dunes comme les vagues sont si grandioses, et si enragées à la fois.

J’imaginais toujours que si l’on continuait vers l’est, la longue bande de sable qu’est l’Uruguay devait forcément s’avouer vaincue.

Les nuits d’été, des cris lointains et stridents percent l’obscurité. C’est la saison des amours des loups de mers, qui peuplent pendant des mois les rochers près du phare. Selon la mythologie des Onas de la Terre de Feu, pendant la Grande Inondation, certains hommes ont grimpé aux rochers pour ne pas se noyer – et se sont transformés en loups de mer. Pour les Tehuelches, en revanche, ce sont des hommes n’ayant pas respecté le mandat d’Elal – qui avait interdit les relations charnelles jusqu’à ce que son œuvre fût achevée – que le fils du géant Nosjthej a châtiés en les expulsant vers les flots. Les loups de mer gardent encore le souvenir de cette humanité perdue – dans la lourdeur de leurs corps, dans la légèreté joyeuse de leurs jeux aquatiques, dans la tendresse et la patience avec lesquelles les mères enseignent à nager à leurs petits, les guidant dans l’eau en les tenant par le cou comme des chatons, dans la force jalouse avec laquelle les vieux loups chevelus se battent pour empêcher les jeunes loups imberbes qui encerclent constamment leur harem de sortir de l’océan.

J'ai quitté l’Amérique du Sud lorsque j’avais 12 ans. Depuis, en France, je rêve sans cesse que je retourne en Uruguay, que je vais à Punta del Este, à José Ignacio, à Punta del Diablo – à Cabo Polonio. Mais que j’y revienne dans la réalité ou que je m’en souvienne pour tenter de les oublier, ces plages sauvages me manquent éternellement, comme s’il était absolument impossible d’aller au bout de ce voyage oriental. Faut-il le regretter ? Je ne crois pas. Les plus beaux voyages ne sont-ils pas justement ceux qui ne finissent jamais ?

Sofitel Carrasco

Si Proust était né en Uruguay, il ne fait aucun doute que son Balbec aurait été Carrasco, ce faubourg situé à l’extrême est de Montevideo où la ville finit par se confondre avec la plage. Construit dans les années 1910 et inauguré en 1921, magnifiquement restauré presque un siècle plus tard, ce palace fait honneur à la beauté sauvage du quartier. Fouetté par le vent, il devient l’abri idéal pour contempler les vagues du Río de la Plata, ce fleuve-mer qui, de chaque côté, ne semble posséder qu’une seule rive.

SOFITEL MONTEVIDEO CASINO CARRASCO & SPA

Rambla República de Mexico 6451, Montevideo. Tél. +598 2604 6060.

www.sofitel.com

Estancia Vik

Pourquoi y a-t-il des lieux qu’il faut rêver un peu, même lorsqu’on les connaît, même lorsqu’on y est ? La Estancia Vik est l’un de ces endroits étranges. Le calme est si intense que l’on a toujours le sentiment que le séjour n’est qu’un rêve, que fatalement on va se réveiller, qu’inévitablement il va s’achever. Tout est un peu hors de la réalité dans ce site perdu dans l’arrière- pays, à moins de 10 km de José Ignacio, la station balnéaire la plus à la mode d’Uruguay – et peut-être de toute l’Amérique du Sud. Les chevaux, la plaine, la lagune, le coucher du soleil… Tout est un peu irréel, et absolument magnifique à la fois.

ESTANCIA VIK

Camino Saiz Martínez KM 8, José Ignacio. Tél. +598 9460 5212.

www.estanciavik.com

© Courtesy of Vik Retreats

hôtels, lieux à part

Article suivant

Premiers soleils

Carnet d’adresses

SOFITEL MONTEVIDEO CASINO CARRASCO & SPA

Rambla República de Mexico 6451, Montevideo. Tél. +598 2604 6060.

www.sofitel.com

ESTANCIA VIK

Camino Saiz Martínez KM 8, José Ignacio. Tél. +598 9460 5212.

www.estanciavik.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

Au départ de Paris-CDG, AIR FRANCE dessert chaque semaine Montevideo par 14 vols en partage de codes avec GOL.

Aéroport d'arrivée

Aéroport international de Carrasco.
À 19 km de Montevideo.
Tél. +598 2604 0329.

Bureaux AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, a l'aéroport :
Tél. +598 2604 0006.
www.airfrance.com/cars

A lire

Argentine et Uruguay
Lonely Planet.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.