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Colombie
Passages

La cité historique de Cartagena aurait inspiré à García Márquez la petite ville caribéenne de L’Amour aux temps du choléra.
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L’effervescence des Caraïbes comme les eaux langoureuses du Magdalena ont bercé la jeunesse de García Márquez.
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L’effervescence des Caraïbes comme les eaux langoureuses du Magdalena ont bercé la jeunesse de García Márquez.
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Rue de Mompox, un ancien port colonial perdu dans les méandres du Magdalena.
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Le fleuve Magdalena, au bord duquel se trouverait Macondo, le village imaginaire de Cent Ans de solitude.
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Alchimie de Cartagena, où se côtoient graffitis et calèches.
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Un cinéma de Cartagena, l’une des grandes passions de l’auteur.
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Bâtisse baroque et décoration rétro du club Havana, Cartagena.
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«Les choses ont une vie bien à elles. Il faut réveiller leur âme, toute la question est là», extrait de Cent Ans de solitude.
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Álvaro Castillo Granada, dans sa librairie de Bogota, où García Márquez aimait dénicher des livres rares.
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Le Sofitel Santa Clara
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la Casa San Agustín

Chimères et disgrâces poétiques hantent la réalité enchantée de Gabriel García Márquez. De Mompox à Bogota, navigation littéraire à travers le pays natal de l’auteur, à la rencontre d’univers aux lisières flottantes.

Né en Colombie mais ayant vécu au Mexique, journaliste et écrivain, romancier attiré par le cinéma, Gabriel García Márquez est l’homme des passages : d’un lieu et d’un temps à l’autre ; de la réalité ordinaire à la fiction et au rêve. Dans un pays et à une époque où le genre noble en littérature est la poésie, il fait le choix du roman1. Sans doute pour le jeu avec le temps et les mouvements incessants de va-et-vient d’un âge, d’un personnage, d’une histoire à l’autre, de l’illusion à la désillusion. De la lecture de Cent Ans de solitude, pour beaucoup son chef-d’œuvre, et de L’Amour aux temps du choléra, qu’il jugeait être le plus important de ses livres, ressort la sensation d’un monde flottant, d’un temps et d’un pas suspendus entre deux bords, deux rives, entre la réalité d’un lieu et l’imaginaire qu’il sécrète. Macondo, la ville de Cent Ans de solitude, est une fiction construite à partir de trois lieux réels : Aracataca, la cité de son enfance, Cartagena et Mompox, au bord du fleuve Magdalena, autrefois port très fréquenté, aujourd’hui village tombé dans l’oubli. Le réalisme magique, que Gara Márquez n’a pas inventé, mais dont il est l’un des maîtres incontestés, consiste dans cette alliance du quotidien le plus exact avec les fantaisies de l’imagination.

Mompox ou le ressac du temps

À Mompox – la ville d’où est originaire Mercedes Barcha de García, son épouse –, située à quelque 317 km et six heures de voiture de Cartagena, le temps s’est arrêté depuis que le port a cessé son activité, au milieu du XIXe siècle. Les rues poussiéreuses et désertes du centre ont gardé leurs trottoirs élevés. Les façades des maisons, certaines peintes en jaune comme les nombreuses églises de style baroque, les femmes assises sur des rocking- chairs à l’ombre des portiques donnent au village tel que l’on peut le découvrir aujourd’hui tous les traits de la ville imaginaire de Macondo. En se promenant aux heures chaudes de la fin de la matinée dans les rues vides qui se coupent à angle droit, on pourrait dire ce que dit le narrateur de Cent Ans de solitude : «Quand tout fut passé […] il ne resta plus rien à voir que la plage lumineuse de la rue2.» Tellement l’impression qui s’en dégage est celle d’un espace tout entier ouvert au charme d’une réalité imaginaire.

Les contes de Cartagena

Fermina Daza, l’héroïne de L’Amour aux temps du choléra, qui épouse le docteur Juvenal Urbino après s’être dit que son amour de loin pour un autre homme, Florentino Ariza, aperçu lisant sur un banc, n’était qu’une illusion, est, tout au long du roman, une passante : «[Elle] naviguait dans le désordre de la rue, auréolée d’un espace propre et d’un temps différent3.» Pour Florentino, qui n’a pas cessé de l’aimer et la regarde marcher dans le dédale des ruelles empierrées de la ville coloniale, elle a le charme de ces femmes inaccessibles, repliées sur leur secret. Elle a leur beauté modelée et intense qui fascinait Baudelaire, Nietzsche ou Proust. Il l’admire traversant la place de la Cathédrale, déjà loin, et indifférente, libre comme un navire. On voit parfois passer dans les rues de Cartagena, le long des quais, de belles jeunes filles vêtues de longues jupes amples découvrant un peu leur «jambe de statue4» et dont le mouvement évoque le balancement des bateaux à l’ancre.

La réalité ordinaire de la rue, à Cartagena, est infusée de rêve, et d’enfance. Un jour, à 17h, a surgi entre les charrettes à bras, les voitures et les piétons, nombreux à cette heure de l’après-midi, un cheval de bois tiré par un jeune homme au visage lunaire. L’un de ces jouets extraordinaires – «les danseuses automates, les boîtes à musique, les singes acrobates, les chevaux trotteurs, les clowns tambourineurs5» – imitant la vie, arrivés à Macondo, apportés par Pietro Crespi. Son apparition, le bruit sec de ses roulettes sur le macadam n’ont pas semblé susciter d’étonnement particulier chez les habitants du quartier vaquant à leurs occupations journalières.

Depuis 1960, chaque année, en mars, la ville de Cartagena organise un festival international de cinéma. Gabriel García Márquez a été, durant plusieurs années, membre de sa commission de sélection. Ici, il y a le spectacle de la rue et il y a aussi d’anciennes salles de projection aujourd’hui abandonnées. Dans la nuit extraordinaire du cinéma tout paraît facile comme dans un rêve, les empêchements s’aplanissent et l’impossible devient à portée de main. C’est sans doute pour cela que, dans L’Amour aux temps du choléra, Florentino Ariza retrouve après bien des années celle qu’il aime dans l’obscurité d’un jardin où est installé un cinéma en plein air. Il se sent plus proche d’elle que jamais, bien qu’elle soit mariée à un autre homme, et l’idée lui vient de se demander, avant que la lumière ne se rallume, «comment […] les femmes au cinéma devaient tomber amoureuses pour que leurs amours fussent moins douloureuses que dans la vie6». Le baiser de cinéma, même s’il est suivi d’un départ, semble toujours mirobolant, si bien que l’on voudrait être à leur place et entrer dans la réalité rassurante des écrans.

Bogota, un rêve de papier

À Bogota, les cafés où García Márquez, alors étudiant en droit, venait lire les romans de Faulkner ou de Virginia Woolf, et bien d’autres encore, ont tous disparu. Mais on a rencontré dans l’ancien quartier des universités, un libraire qui a bien connu l’écrivain. Il possède une boutique de livres rares aux allures de grotte. L’espace, assez réduit, est rempli d’ouvrages. Les plus précieux sont derrière des vitrines, d’autres posés en piles à même le sol, laissant à peine un passage aux visiteurs. Álvaro Castillo Granada, libraire depuis l’âge de 19 ans (il en a aujourd’hui 48), a partagé avec Gabriel García Márquez une passion de la lecture conçue comme une exploration. À l’excitation de la découverte, s’ajoute l’étendue de sa connaissance. Le romancier s’est souvent adressé au libraire pour retrouver la référence d’un vers ou d’un passage retenu de mémoire, ou pour se procurer un livre rare. En entrant ici on entre dans un monde à part : caverne ou forêt. Tout comme José Arcadio Buendia, l’un des personnages de Cent Ans de solitude, Álvaro Castillo «[a acquis] une certaine connaissance de l’espace qui lui perm[e]t de naviguer sur des mers inconnues, d’explorer des territoires vierges, de rencontrer des créatures extraordinaires, sans même avoir besoin de quitter son cabinet de travail7

 

1. Il s’en explique dans son autobiographie, Vivre pour la raconter, chapitre 5, Bogota.
2. Cent Ans de solitude, Éditions du Seuil, p. 255.
3. L’Amour aux temps du choléra, Le Livre de Poche, p. 132.
4. Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, «À une passante».
5. Cent Ans de solitude, Éditions du Seuil, p. 75
6. L’Amour aux temps du choléra,  Le Livre de Poche, p. 327.
7. Cent Ans de solitude, Éditions du Seuil, p. 10.

Lieu d’écriture

Inscrit à la Faculté de droit de Bogota en 1947, Gabriel García Márquez loge dans une pension de la Calle de Florián, en plein centre-ville. Il passe ses après-midi dans les cafés, à écrire et à lire. Il fréquente surtout le Molino, au carrefour de la Carrera Séptima avec l’Avenida Jiménez de Quesada. C’est là qu’en ouvrant le supplément littéraire de l’Espectador il voit publiée sa première nouvelle, inspirée de La Métamorphose de Kafka. Les cafés furent l’antichambre des journaux et les principaux lieux de la vie artistique et intellectuelle de Bogota dans la première moitié du XXe siècle. Ils ont tous disparu. Mais la poésie répète les images dans les miroirs. On peut aujourd’hui, en se promenant dans la Carrera Séptima, voir se refléter dans une vitrine des vues de Bogota au siècle passé et rêver avec García Márquez «d’une nouvelle et triomphante utopie de la vie […] où les lignées condamnées à cent ans de solitude ont enfin et pour toujours une deuxième chance sur la terre.1»

1. Solitude de l’Amérique latine, discours de réception du prix Nobel, 1982.

Sofitel Santa Clara

Il a été construit sur l’emplacement de l’ancien couvent des Clarisses, près des remparts longeant la mer. Le cloître, avec ses hautes colonnes en pierre poreuse, est entièrement conservé et abrite une végétation tropicale qui donne de la fraîcheur au restaurant en plein air. De la terrasse au 5e étage s’ouvre une belle vue sur la mer des Caraïbes. Tout à côté, la maison de Gabriel García Márquez, qui ne recevait pas ses amis chez lui mais dans les salons et les chambres de cet hôtel. Ici l’ancien et le moderne se marient de manière harmonieuse ; les chambres, prolongées par un balcon, sont très claires, fonctionnelles et confortables.

SOFITEL LEGEND SANTA CLARA

Calle del Torno #39-29, Barrio San Diego, Cartagena. Tél. +57 (5) 650 4700.

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Casa San Agustín

Située dans le centre historique de la ville fortifiée de Cartagena, la Casa San Agustín est formée par la réunion de trois maisons construites de part et d’autre d’un ancien aqueduc. Ce fragment protégé et classé par l’Unesco surplombe aujourd’hui la piscine de l’hôtel. Le grand confort des chambres, la bibliothèque aménagée au second étage, la très belle décoration intérieure conservent à cet établissement l’allure et l’atmosphère d’une demeure coloniale. Dans les couloirs, des amphores rappellent que la ville est au bord des Caraïbes : les épaves des navires contenaient des trésors rapportés à la surface.

CASA SAN AGUSTÍN

Calle de la Universidad #36-44, Cartagena. Tél. +57 (5) 681 0000.

www.hotelcasasanagustin.com
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Les Maisons du Voyage

Agence spécialiste de l’Amérique latine et notamment de la Colombie, avec une équipe dédiée, elle propose un circuit de 13 jours / 11 nuits à la découverte des plus grands sites du pays. L’agence peut aussi concevoir votre voyage sur mesure. Tél. +33 (0)1 53 63 13 40.

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Fréquence des vols

AIR FRANCE dessert Bogota par 7 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Bogota par 3 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

Aéroport d'arrivée

Aéroport international El Dorado.
À 15 km de Bogota.
Tél. +57 (1) 266 2000.

Bureaux AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

A lire

La plupart des romans de Gabriel García Márquez sont publiés aux éditions Le Seuil et Livre de poche.

Bogotá
Phaidon, coll. Wallpaper City Guide (en anglais).
Fabuleuse Colombie
Ulysse, coll. Guide de voyage.
Colombie
Michelin, coll. Le Guide Vert.
Colombie
Gallimard, Lonely Planet.
Colombie
National Geographic.

Librairie

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