Luiz Gustavo, football

Ordem &
progresso

Équilibre de vista brésilienne et de rigueur allemande, le milieu de terrain Luiz Gustavo porte aujourd’hui les couleurs de l’Olympique de Marseille. Et compte hisser haut le club de la cité phocéenne.

Il est des signes qui ne trompent pas. Moins de quatre mois après son arrivée à l’OM, les South Winners, groupe de supporters du virage sud du stade Vélodrome, offraient à Luiz Gustavo un chant à sa gloire. Le refrain ? «De Marseille à Janeiro, Luiz Gustavo» sur un air de la chanteuse italienne Gala Rizzatto. Un cas rare d’adoption instantanée qui tranche avec celui de Neymar, son homologue brésilien du PSG, qui se fait encore siffler par une partie du public parisien malgré un transfert plus que médiatisé. Rien de tel avec le milieu de terrain de l’OM. Est-ce sa voix grave et son 1,87 m sous la toise ? Ou son autorité naturelle sur le terrain ? Toujours est-il que le Brésilien s’est imposé avec une facilité déconcertante comme le patron du club phocéen. «Luiz Gustavo, c’est à la fois le guerrier tel que l’on aime à Marseille, mais aussi un prince de la technique», s’enthousiasme un supporter énamouré.
En signant en juillet dernier pour quatre ans à l’OM, Luiz Gustavo souhaitait donner un nouvel élan à sa carrière après dix ans passés en Bundesliga, le championnat allemand. Deux clubs milanais étaient sur les rangs, mais le joueur natif de Pindamonhangaba, une petite ville de l’État de São Paulo où l’on distille l’une des cachaças les plus appréciées du pays, leur a préféré le soleil de la Canebière. «Pour moi, qui suis Brésilien, explique le joueur, la France, et Marseille en particulier, sont proches du Brésil. Ici, les supporters sont très engagés. Leur soutien est une force qui nous pousse à aller plus loin, qui nous rend meilleurs. Répondre à cette exigence demande du travail et des sacrifices, car la grâce ne tombe pas du ciel.» Le ciel, Gustavo semble pourtant l’invoquer à chaque fois qu’il pénètre sur le terrain. Le rituel est immuable : les yeux fermés et l’index pointé vers les cieux, le milieu de terrain se recueille l’espace de quelques secondes. Il rend là un discret hommage à Dona Mariane, sa mère, décédée alors qu’il n’avait que 16 ans. Elle était sa première supportrice. Tout gamin, elle l’accompagnait à ses entraînements. Toujours dans les tribunes, elle l’encourageait lors de ses matchs, applaudissant chacune de ses actions. Luiz a fait la promesse de réaliser leur rêve commun, celui de devenir joueur professionnel. Et ce n’est peut-être pas un hasard si, arrivé au sommet de son art, il se sent désormais comme un poisson dans l’eau du Vieux-Port. Là-haut, sur la colline, Notre-Dame-de-la-Garde veille sur la ville. Et quand ils l’évoquent, tous les Marseillais parlent d’elle sous un nom familier qui ne peut que trouver de l’écho : Bonne Mère.
«Quand tu es Brésilien, la première chose à laquelle tu penses, c’est de devenir footballeur. On naît avec ça, on grandit avec ça. Le foot est une passion collective et familiale. Je me rappelle tout ce que ma mère m’a transmis, son éducation, son amour. Devenir un grand joueur, c’est une mission que j’accomplis pour lui rendre hommage et pour offrir à ma famille, à mon père, une vie meilleure.» De Maceió, la ville du Nordeste brésilien où il a évolué entre 16 et 19 ans, le joueur n’a connu ni le farniente des longues plages de sable blond, ni les soirées dans les boîtes de nuit. «Dans mon pays, il y a beaucoup de bons joueurs mais très peu atteignent leur but. La probabilité de devenir professionnel est infime. Il faut beaucoup de volonté, se réveiller tôt, travailler et travailler encore.» De son expérience allemande, le sportif a conservé rigueur et respect du travail : «J’y suis arrivé très jeune, à l’âge de 19 ans. C’est le pays qui a complété ma formation brésilienne et m’a permis de progresser. Je ne suis pas aussi rigoureux qu’un Allemand, mais j’essaie de m’améliorer.»
Quand il n’est pas sur le terrain d’entraînement ou en déplacement pour ses matchs, Luiz Gustavo reste auprès de Milene, l’épouse brésilienne qui partage sa vie depuis onze ans, et de leur fils Milan. Et quand, après avoir écumé les boutiques de mode avec elle et joué aux jeux vidéo avec lui, il consacre un peu de temps à la lecture, c’est pour se plonger dans la Bible. Qui a dit que les joueurs brésiliens ne vivaient que pour la samba ?

Portrait, Nahuel Pérez Biscayart

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