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Nudos Salvajes, un ouvrage conçu à quatre mains par Jean- Michel Othoniel et Aubin Arroyo (éd. Othoniel).
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Le Noeud ambre dégradé noir, Jean-Michel Othoniel, 2012.

À l’occasion de la rencontre du sculpteur Jean-Michel Othoniel et du chercheur mexicain Aubin Arroyo, le mathématicien Cédric Villani revient sur la forme du nœud, objet d’art et de théorie.

La Science et l’Art, quelle opposition artificielle ! De longues années durant, j’ai cherché à saper la fausse muraille qui les sépare, en plaçant mes conférences scientifiques sous les auspices sinueux de l’histoire, de la culture et de l’art. Après tout, les artistes savent à quel point leur art est une science qui demande réflexion, théorie, expérimentation ; peut-être encore plus à notre ère numérique. Mais symétriquement, les scientifiques savent depuis longtemps à quel point leur science est un art. La science et l’art ne sont-ils pas deux miroirs sélectifs dans lesquels nous faisons refléter la réalité, et nous avec ?
Il arrive que les reflets se croisent. Parfois intentionnellement, quand un artiste tire son inspiration d’une théorie scientifique, ou quand un scientifique transcrit en langage artistique l’esprit d’une théorie. D’autres fois par une belle coïncidence, comme ce fut le cas avec les travaux d’Arroyo et d’Othoniel. L’un mathématicien et l’autre sculpteur, l’un Mexicain et l’autre Français, l’un amoureux de la topologie sauvage et l’autre de la géométrie lisse ; à la fin les voici réunis par de mystérieux colliers illuminés qui tissent un lien visuel entre deux mondes complémentaires.
Lien entre les mondes, lien entre les individus ; les nœuds symbolisent l’entrelacement, la complexité des relations entre les choses et les êtres. Les nœuds sont assez simples pour faire jouer les enfants, et assez sophistiqués pour attiser l’ingéniosité des mathématiciens ; n’est-ce pas avec des nœuds que William Thurston parvint à agrandir la conjecture de Poincaré au point de décrire toutes les formes du monde ? Et ces nœuds pourraient tout aussi bien représenter les invisibles liens humains qui enchaînent Arroyo et Othoniel, ces nœuds dont on fait les sociétés.
Mais c’est le reflet de ces œuvres dans l’œil du spectateur qui, à la fin, leur donnera leur force émotive. Une infime minorité y verra la représentation de délicates constructions géométriques ; d’autres s’attarderont avec une simplicité de bon sens sur le miracle des reflets de la lumière, qui depuis un million d’années, au moins, illumine le regard des enfants et des adultes ; et d’autres encore, la majorité peut-être, y admireront le miracle de l’artisanat, qui fait que les humains donnent un sens à leur existence par leur manière de façonner et d’ordonner le monde.

© Jean-Michel Othoniel, ADAGP, Paris 2018, photo : Goro Nanba / Karuizawa New Art Museum, Japon, in «Nudos Salvajes», Aubin Arroyo et J.-M. Othoniel, Édition Othoniel - Jean-Michel Othoniel, ADAGP, Paris 2018, collection privée, Paris, photo : Guillaume Ziccarelli.

en 10 raisons, Rio de Janeiro, plage

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