Nantes, Mise en boite, art

Nantes
Mise en btes

Nantes, Mise en boite, art
Boîte à musique, à lettres ou à sardines, boîte de couleurs ou de nuit… soulevons les couvercles de Nantes, ouvrons-en les grands et petits formats, comme autant de surprises préparées par la dame d’estuaire.

1.

Boîte à surprises

Cette petite fille allongée sur le parquet, qui observe un mobile de Calder osciller sous les volumes, aurait-elle tout compris ? Le nouveau musée d’Arts a été repensé, agrandi, rénové pendant six ans par les architectes de l’atelier britannique Stanton Williams, mais au fond tout est très simple : il s’agit de regarder, de se laisser surprendre. À l’étage, l’autruche de Maurizio Cattelan pique du bec entre les paysages de l’école de Barbizon. Plus loin, une élégante mise en acrylique par Sigmar Polke croise une sereine beauté d’Ingres. «L’anachronisme est au cœur du parcours. Le jeu, l’incursion des époques, relie nos collections qui s’étendent du XIIIe au XXIe siècle», expose Sophie Lévy, directrice-conservatrice. Lumière zénithale, acoustique feutrée, galeries retrouvées… et un Cube paré d’un vitrail de marbre blond, dédié aux œuvres contemporaines. En sortant sur le parvis éclairé de granit, virez à gauche, gardez le cap jusqu’aux étonnements botaniques du jardin des Plantes.

Musée d’Arts

10, rue Georges-Clemenceau. Tél. +33 (0)2 51 17 45 00.

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr

Jardin des plantes

Place Charles-Leroux. Tél. +33 (0)2 40 41 65 09.

www.jardins.nantes.fr

2.

Boîte de couleurs

Ce qui est bien, avec les traversées, c’est qu’elles n’ont pas besoin d’être longues pour laisser sur les traits des passagers cet air légèrement grisé, échevelé par la parenthèse marine. L’aller Gare maritime-Trentemoult n’a pas duré quinze minutes, poussettes et vélos glissent du bateau comme d’un bus. Trentemoult est l’un de ces villages que l’on s’excuserait presque d’aimer, pour le laisser éternellement hors saison. Il faudrait passer ici du bout des chaussons, ne pas réveiller les courettes, les logis encore brossés des fonds de peinture des pêcheurs. Égrener en silence le nuancier des façades : ocre, pervenche, jaune impérial, bleu paon, rouge tomette... Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire, sur cette rive sud de la Loire, sinon s’attabler au Bistrot du port pour mimer un bord de mer, compter les bateaux assoupis par la marée basse ou confier ses secondes au pendule géant de l’artiste Roman Signer. Et tout d’un coup, on se trouve bien occupé.

3.

Boîte à musique

On lui a dédié des adieux pluvieux (Barbara), des mélopées dorées au cuivre (Beirut), des ritournelles de port… Peuplée de scènes et de festivals, Nantes aime se faire bercer, siffloter entre ses ruelles des rêves d’escale ou d’embardées. Alors parole au musicien Dominique A, rattrapé il y a quelques années par les amplitudes de sa ville d’adolescence. «Je suis revenu chercher l’horizon, la clarté», souffle-t-il, et on aurait envie qu’il le fredonne. Il parle ici de boulevards peu à peu dilués par l’aval, de sentiers commencés sur le bitume et échoués dans la campagne, de la résonance des murs («drôle de mystère») entre lesquels ont grandi deux albums pour l’année qui s’ouvre… Dans sa maison des bords de Loire, il lui suffit de tirer un rideau, d’enjamber d’un œil le cours d’eau pour savoir qu’en face l’air enfle, que la rive restera un cap à atteindre. «Avec toujours la rumeur de la ville, insondable, pour accompagnement.» Le calque des années, le jeu du «avant il y avait là…» ne trouble pas Dominique A. Il cultive sur les quais de ses 15 ans «une nostalgie sans pénombre». Après, si on le recroise, effilant la brise sur son vélo, on dirait qu’il laisse derrière lui des refrains accrochés aux berges.

Toute latitude

de Dominique A, sortie le 9 mars.

La fragilité

de Dominique A, sortie en octobre.

4.

Boîte à biscuits

Du temps où son port la pourvoyait en sucre, et son arrière-pays, en beurre, Nantes a gardé une icône : le petit-beurre Lu, 52 dents et 4 coins à croquer, créé en 1886 par Louis Lefèvre-Utile. Et un morceau d’usine biscuitière en pleine ville, rebaptisé le Lieu Unique (cherchez l’acronyme). C’est un lieu signalé par la coupole parme et or de la tour Lu (elle avait autrefois une jumelle, bornes d’entrée d’un territoire), battant désormais l’histoire à la cadence du présent, rempli de concerts peu entendus, d’expositions parfois un peu folles, d’une librairie-trésor, d’un hammam… et d’une terrasse à fleur de canal, où la pause grignotage n’a peut-être jamais été aussi à propos.

Le Lieu Unique

Quai Ferdinand-Favre. Tél. +33 (0)2 40 12 14 34.

www.lelieuunique.com

5.

Boîte à sardines

Ne lui dites pas que vous avez acheté des sardines fraîches ce matin sur le marché. Véronique Gaborieau vous répondra d’un rire, en remuant doucement les éclats de glace et les reflets d’écailles : «La sardine fraîche, c’est comme le pain du jour…» Le lendemain, c’est bon, mais pas autant, ça n’a pas ce petit goût de criée, cette saveur frétillante qui se suffit dans la poêle. Cette Vendéenne entretient le commerce des «sardines du soir» qui, depuis quelque trois cents ans, ouvre un coin d’Atlantique au centre-ville. Elle guette le retour de pêche à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, annonce la moisson en ligne, et déplie son étal à 16h sonnantes. Migratrice, la sardine se montre en avril, s’éclipse en septembre, laissant les habitués un peu esseulés face à leurs conserves – si goûtues soient-elles. À 60 km de là, l’océan ne bougera pas, c’est un rendez-vous.

Sardines du soir

Rue du Calvaire. 16h-19h pendant la saison.

www.facebook.com/Sardines-du-Soir-443104582507218

6.

Boîte à idées

Cela pourrait être une flânerie d’étude pour aspirants architectes ou apprentis urbanistes. L’île de Nantes, autrefois noyau industriel, fait sa mue comme une réaction chimique : une molécule après l’autre. La passerelle suspendue par Barto + Barto ouvre le chemin, puis défilent les grands noms, Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Lacaton et Vassal. Dans l’ancienne halle Alstom, les élèves de l’école des Beaux-Arts déjeunent face aux grues du Quartier de la création, qui réunira dans quelques années un joli panel de l’inventivité de l’ère, des arts graphiques aux ingéniosités numériques. À la pointe de la friche, les cales de l’ancien chantier naval, brutes d’oxyde, glissent en pente douce vers le fleuve. Comme si l’estuaire accueillait toutes les époques.

7.

Boîte à lettres

Trois arcades de pierre, rue des Vieilles-Douves, à l’allure faussement sage. Mais poussez la porte, voici que s’agitent sous les voûtes des sorcières chamailleuses, des loups-androïdes, des épopées spatiales et des dystopies souterraines. Ce quartier général de l’imaginaire est celui de L’Atalante, maison d’édition indépendante. Inclination ? Science-fiction, depuis près de trente ans. Une SF populaire, éloquente, qui fit connaître en France sir Terry Pratchett et sa saga satirique des Annales du Disque-Monde, aussi fameuse outre-Manche qu’Harry Potter. Vous n’y connaissez rien, ne jurez que par le roman noir ou l’autofiction ? Écoutez Mireille Rivalland, directrice éditoriale, vous parler littérature de genre : «La science-fiction est profondément subversive. À la différence du polar, elle ne pose pas la question morale du bien et du mal, mais de la nature de l’espèce. Et elle le fait en usant de tous les moyens : la science, l’histoire, l’humour, le space opera…» D’autres voyages extraordinaires débutent alors dans la ville de Jules Verne.

Librairie L’Atalante

15, rue des Vieilles-Douves. Tél. +33 (0)2 40 47 54 77.

www.l-atalante.com

8.

Boîte de nuit

Tenus en éveil par les lectures qui précèdent, voici l’occasion de contempler la nuit nantaise, de romancer son somnambulisme le long des quais. Car comme toutes les cités fluviales, Nantes a cette façon d’absorber les lumières pour les offrir à leurs marges. Rives illuminées, miroitements multipliés… face à l’eau mi-tapie mi-éblouie, il y a de quoi marcher longtemps. Selon l’itinéraire, la promenade pourra se révéler festive : les 8 000 m2 de l’ancien hangar à bananes font maintenant mûrir la jeunesse, au gré d’une ribambelle de discothèques, cafés concerts et buvettes. En fin de noce, on retrouvera le ruban calme de la Loire, la frise dédoublée des réverbères, et la brillante installation de Daniel Buren et Patrick Bouchain passant au doigt de l’aube des anneaux rouges, verts et bleus.

Hangar à bananes

21, quai des Antilles, île de Nantes.

www.hangarabananes.com

9.

J’aime ma boîte

Scritch, scritch… ce doux bruit du crin sur un béton ciré, c’est le murmure du made in Nantes. Quelque part entre les arbres de la périphérie nord, la maison Andrée Jardin vient d’ouvrir une boutique sur le pas de porte de sa brosserie historique. Ici, on façonne à la main de solides débusqueurs de poussière : brosses de ménage, écouvillons, têtes-de-loup, époussettes… Adieu plastique, bonjour chèvre grise, soie blanche et bois de hêtre. À l’ère du tout jetable, ce tranquille bastion de résistance est tenu par deux frères, François-Marie et Jean-Baptiste, à peine 60 ans à eux deux. En 2012, il reprirent l’affaire familiale, apposèrent le nom de leur grand-mère sur leurs balais. Six ans plus tard, leurs objets étant au juste équilibre entre design et héritage, et la chasse aux miettes une vocation universelle, les voici époussetant les recoins du globe, de Séoul à Paris.

Andrée Jardin

7, rue de Bretagne, La Chapelle-sur-Erdre. Tél. +33 (0)2 40 29 85 99.

www.andreejardin.fr

10.

Les petites boîtes de Pierrick Sorin

Il appuie sur «on» et un théâtre optique s’éclaire, deux petits Pierrick Sorin chancellent à l’infini sur un plancher de savonnettes. Toute la magie de l’absurde est contenue dans cette enluminure vidéo, dans ces hologrammes patinant vers nulle part. Né à Nantes en 1960, Pierrick Sorin est un adepte de l’auto-filmage depuis ses premières pannes d’oreiller (Les Réveils, 1988). Certains le voient en Buster Keaton français, d’autres en précurseur des youtubeurs. Lui a toujours pratiqué l’ironie minutieuse et le décalage story-boardé, qu’il se trémousse sur un tourne-disque, mette en scène des opéras ou pastiche la création contemporaine (Nantes, projets d’artistes, 2001). Pour illustrer nos pages et la ville où il a toujours un atelier mi-studio télé mi-établi de bricolage, l’artiste vidéaste s’est fait prestidigitateur immobile. Fixez les couleurs, papillonnez des yeux, peut-être les verrez-vous s’animer…

Hôtel La Pérouse

C’est à se demander si le vent d’ouest ne soufflerait pas une particule inconnue, distillatrice d’heureux croisements. Ce monolithe de pierre blanche, dessiné par les architectes Barto + Barto, a accroché sa radicalité au fronton d’un îlot historique. Minéral, un rien oblique, il évoque les sols mouvants qui firent pencher les hôtels particuliers des armateurs nantais. À l’intérieur, mobilier de bois brut fabriqué sur les Chantiers de l’Atlantique, lignes minimalistes et chambres claires comme un matin d’océan... auxquelles répond la générosité du petit déjeuner servi sur le pont inférieur : pain d’épices, far aux pruneaux et sélection fromagère de chez Beillevaire.

HÔTEL La Pérouse

3, allée Duquesne. Tél. +33 (0)2 40 89 75 00.

www.hotel-laperouse.fr

© Girafe, Éric Isselée
© La salle à tracer, Agence AIA Life Designers, photo G. Satre

Carnet d’adresses

Musée d’Arts

10, rue Georges-Clemenceau. Tél. +33 (0)2 51 17 45 00.

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr

Jardin des plantes

Place Charles-Leroux. Tél. +33 (0)2 40 41 65 09.

www.jardins.nantes.fr

Toute latitude

de Dominique A, sortie le 9 mars.

La fragilité

de Dominique A, sortie en octobre.

Le Lieu Unique

Quai Ferdinand-Favre. Tél. +33 (0)2 40 12 14 34.

www.lelieuunique.com

Sardines du soir

Rue du Calvaire. 16h-19h pendant la saison.

www.facebook.com/Sardines-du-Soir-443104582507218

Librairie L’Atalante

15, rue des Vieilles-Douves. Tél. +33 (0)2 40 47 54 77.

www.l-atalante.com

Hangar à bananes

21, quai des Antilles, île de Nantes.

www.hangarabananes.com

Andrée Jardin

7, rue de Bretagne, La Chapelle-sur-Erdre. Tél. +33 (0)2 40 29 85 99.

www.andreejardin.fr

HÔTEL La Pérouse

3, allée Duquesne. Tél. +33 (0)2 40 89 75 00.

www.hotel-laperouse.fr

À faire

Rives de l’Erdre

Horizontale mais jamais par paresse, Nantes invite à la balade, à un rythme lent, sportif, à pied ou à vélo. Au bout du cours des 50-Otages, remonter l’Erdre, longer les quais, traverser les paysages japonais de l’île de Versailles, passer les ponts jusqu’à ce que la ville s’éteigne.

Le Nid

Une excursion verticale au sommet de la tour Bretagne, où l’artiste Jean Jullien a perché un bar aux airs de rêve éveillé : déjeuner dans un oeuf-fauteuil, DJ set autour d’une cigogne géante, et ballet des nuages à 360o. Place de Bretagne. Tél. +33 (0)2 40 35 36 49.

www.lenidnantes.com

Les Machines de l’île

Quand je serai grand, je serai machiniste… sous la nef des anciens chantiers navals, les yeux brillent. Mais nul besoin d’être un enfant pour monter à dos d’éléphant mécanique, embarquer pour un carrousel subaquatique et se frotter à la poésie de ce projet industrialoartistique devenu un incontournable de l’émerveillement nantais. Parc des Chantiers, bd Léon-Bureau. Tél. +33 (0)2 51 17 49 89.

www.lesmachines-nantes.fr

Grignoter

La Perle des dieux

Spécialité de cette conserverie vendéenne installée sous les verrières du passage Pommeraye : les sardines millésimées, à garder comme un grand cru et à sortir pour une belle occasion. Mais aussi les filets de maquereaux (aux herbes fines, aux baies roses…), les confits de thon… le tout mis en étui par des artistes, aligné en boutique comme des friandises marines.9-11, passage Pommeraye. Tél. +33 (0)2 40 74 75 90.

www.laperledesdieux.com

Ô Bocal

Une vaste épicerie face à l’hôtel de ville, pionnière du zéro déchet. N’oubliez pas d’apporter vos bocaux, sachets ou boîtes en tous genres : beaucoup de choix, du chocolat à l’huile d’olive en passant par le savon, et aucun emballage ! 3, rue de l’Hôtel-de-Ville.

www.obocal.com

Carli

Les caissettes blanc et noir de cette pâtisserie- chocolaterie se promènent depuis 1948 aux bras des gourmands de la ville. Optez pour les douceurs vedettes de la maison : l’Armoricain aux airs de mille-feuille aérien, ou le traditionnel gâteau nantais, moelleux d’amandes ambré de rhum, poli d’un glaçage craquant. 5, rue de la Paix et 3, rue Copernic. Tél. +33 (0)2 40 47 16 41.

www.carlinantes.com
Vue d'ensemble
Vue d'ensemble
Carnet d'adresses
Vidéo
Nantes

250

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

AIR FRANCE dessert Nantes par 4 vols quotidiens au départ de Paris-CDG.

HOP! AIR FRANCE dessert Nantes par 3 vols quotidiens au départ d’Orly.

Aéroport d'arrivée

Aéroport Nantes Atlantique.
À 10 km.
Tél. +33 (0)892 56 88 00.

Agence Air France

6, place Royale.
Bureaux à l’aéroport.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, a l'aéroport :
Tél. +33 (0)825 34 23 43.
www.airfrance.com/cars

Navibus

Pour le prix d’un ticket de bus, la navette relie Trentemoult, le temps d’une croisière miniature.
www.tan.fr

A lire

Nantes
Gallimard, coll. Cartoville.
Bretagne
Sud Gallimard,coll. GEOGuide.
Nantes en quelques jours
Lonely Planet.
Le Goût de Nantes
Mercure de France, coll. Le petit mercure.
La Forme d’une ville
Julien Gracq, éditions José Corti.

Postproduction

Photomontage Karine Pain, assistée de Garance Wester.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.