Guadeloupe, roman, voyage

Guadeloupe
hors piste - sans neige

Le Gosier, ville du sud de Grande-Terre.
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Demeure de style colonial, rue de la République, Pointe-à-Pitre.
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Plage de Sainte-Anne, sur le versant atlantique de Grande-Terre.
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Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Pointe-à-Pitre, surnommée «la cathédrale».
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Vue depuis la plage du Gosier.
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Bûche au fruit de la passion de la pâtisserie JobiX, Pointe-à-Pitre.
Guadeloupe, roman, voyage
Toits ornés de lambrequins de bois, inspirés des maisons créoles traditionnelles.
Guadeloupe, roman, voyage
Toits ornés de lambrequins de bois, inspirés des maisons créoles traditionnelles.
Guadeloupe, roman, voyage
La Créole Beach Hôtel & Spa
Guadeloupe, roman, voyage
Le Tendacayou Home & Spa

Comment, sur une telle île, sortir de la carte postale alors que l’on vient justement pour y plonger corps et âme ? En suivant l’écrivain Caryl Férey, qui nous conte les tours et détours de ses chemins buissonniers.

Plages de rêve épicées, saveurs tropicales, jungle et reliefs sulfureux, l’exotisme est garanti à peine sorti de l’avion ; il suffit de sentir l’air couler sur nos peaux pour oublier le stress continental. Seulement voilà, quand on a une étiquette d’écrivain voyageur sur le dos, c’est un peu court. Il me fallait trouver un chemin de traverse, une sorte de hors piste sans neige pour m’emporter un peu plus loin, dans ces endroits où l’on va moins, pour s’y retrouver un peu plus. Pour ça, j’avais deux atouts, Radig, un ami sculpteur qui connaît les Caraïbes comme sa poche, et sa sœur Emmanuelle, peintre et figure féminine de la Guadeloupe, branchée sur les énergies cosmiques et terrestres.

C’est avec le premier que j’explorai Pointe-à-Pitre via Patricia, une jeune Guadeloupéenne qui se chargeait de nous faire découvrir son terrain de jeux. Souriante, érudite, nous la trouvâmes place de la Victoire, le centre névralgique de la ville, à l’heure du marché. Mon atavisme breton ressurgit devant les étalages de poissons (ceux-ci multicolores, à l’image de l’île), les lambis, ces coquillages énormes et savoureux dont les formes alambiquées font (une fois vidés) une parfaite corne de brume, et surtout devant les langoustes fraîches qui gesticulaient des antennes comme un appel au festin. La mer dans tous ses états. Nous alourdîmes un peu plus nos sacs après un passage au marché aux épices – quel plaisir de discuter avec les grands-mères qui remplissent leurs calebasses de bouquets inédits – avant de goûter accras, sorbets coco et bokits (sandwiches frits traditionnels) chez des artisans locaux. Patricia évoqua aussi l’architecture si particulière de Pointe-à-Pitre, détruite trois fois par les tremblements de terre et les cyclones, reconstruite aussitôt, avec un acharnement propre aux populations isolées. Les maisons coloniales échappées des vicissitudes gardent leurs couleurs éclatantes, mais aussi les petites maisons typiques mobiles, avec leurs trois marches à l’entrée pour échapper aux inondations et offrir un banc pour parler de tout et de rien avec ses voisins – une autre tradition des Guadeloupéens. Notre tour finit en musique, avec le gwoka (wa ka), des sons dérivés d’Afrique.

Vous savez sans doute que les Bretons, peuple de l’océan, nagent souvent mal, voire pas du tout – l’eau est trop froide, autant vite en finir. De fait, fidèle à mes ancêtres, je nage comme un clou – c’est-à-dire que j’ai tendance à m’enfoncer dans la mer. Pourtant, Radig m’ayant offert (?) un baptême de plongée sur l’île voisine quelques années plus tôt, il m’arrive de m’aventurer dans l’élément liquide. Là encore, plutôt que de bénéficier des infrastructures touristiques locales – comme un bateau à fond de verre pour admirer les profondeurs marines – nous décidâmes d’explorer les récifs à la nage, avec masque, palmes et tuba. Au début tout se passa étrangement bien : aucun requin-marteau à l’horizon, ni même une méduse vacharde pour me piquer au vif. Je retrouvai les mêmes poissons qu’à l’étal de Pointe-à-Pitre, et d’autres espèces merveilleuses, avant que la réalité ne me rattrape par la peau du cou : à peine avions-nous passé la petite pointe qui longe le littoral que l’océan se rappela à moi sous la forme de déferlantes (à mon échelle de clou flottant) qui me brossèrent comme du varech sur les rochers. Je m’en sortis joliment éraflé… L’aventure c’est l’aventure, certes, mais comme chemin de traverse, il me fallait songer à quelque chose de moins périlleux.

C’est là qu’Emmanuelle intervint.

J’avais participé au haka des Maoris lors de mes voyages, découvert les mythes Zoulous et l’esprit tellurique des Mapuches du Chili, je pouvais bien me frotter aux pierres magiques de Guadeloupe. Celle d’Emmanuelle avait été trouvée dans les fondations de sa maison, un signe pour elle radical. Mon hôte me fit entrer dans sa grotte secrète et me conta la venue d’une chamane guatémaltèque quelques semaines plus tôt, qui avait confirmé la puissance énergétique de sa pierre. Elle était là, encastrée dans la roche, au milieu des encens et des bougies. Je posai mes mains sur ses flancs, ne ressentis aucune secousse, mais le respect des fossiles – en voyage, je ne rapporte d’ordinaire que des cailloux. Puis je m’assis sur la petite chaise de méditation, fermai les yeux en offrant mes paumes au ciel… et bientôt de petites cloches se mirent à tinter.

«Elle te souhaite la bienvenue», sourit Emmanuelle.

Il n’y avait pas de vent dehors, mais des clochettes pendues au-dessus de la grotte pour faire parler les muets. Ces forces que nous ne connaissons plus… Emmanuelle ne me dévoila pas tous ses secrets, mais me donna un lieu où rencontrer l’énergie terrestre, et le nom d’un homme, Joseph Henri, qui faisait parler les plantes…

Nous filâmes aux Roches Gravées le lendemain, un parc archéologique et botanique au sud de Basse-Terre. La mer à distance respectable, Radig et moi prîmes place au bord du précipice où, selon l’inclinaison du soleil, on peut deviner les étranges dessins sculptés par le temps. Dix minutes de méditation, paupières closes face au vide, suffirent : en ouvrant les yeux sur l’horizon, j’eus soudain la sensation de voler. Émotion surnaturelle.

«C’est normal, me dit plus tard Joseph Henri, nous avons perdu le lien avec la nature, les gens ne pensent plus qu’à leur téléphone portable ! En Guadeloupe, 80% des aliments sont importés alors qu’il y a 3 800 espèces de plantes. De tous temps, les migrations ont apporté leurs cultures sur l’île, ça bien avant les Européens : tout pousse ici ! J’ai abandonné ma pharmacie pour apprendre aux habitants le savoir perdu des anciens. La Guadeloupe est un grand mélange humain et botanique, on peut se nourrir et se soigner en toute autonomie : il nous faut prendre conscience de cette chance et de cette force. La pharmacopée locale est unique au monde ! Il faut 5 fruits et légumes par jour ? J’en ai 250 dans mon jardin ! Qu’adviendra-t-il si l’île est un jour isolée, sans bateaux ou avions pour la ravitailler ? Les gens se sentiront perdus, alors que tout est là : c’est la nature qui nous le donne, gratuitement !»

Je n’étais que trop d’accord.

C’est à la fin du séjour, dans le domaine de Tendacayou, que je soignai mon dos. Deux heures de spa et il n’y paraissait plus rien. Emmanuelle me l’apprit en partant : la propriétaire du lieu est aussi branchée sur les énergies de la Guadeloupe, cette autre île aux trésors…

Lieu d’écriture

Méditer devant l’océan, rien de tel pour inspirer un romancier. Une chaise, une vue à 360°, un carnet et du bleu à perte de vue : rien ne se perd !

 

 

Guadeloupe, Hôtel

La Créole
Beach Hôtel & Spa

Pointe de la Verdure, le nom est joliment évocateur. Sur cette rive sud de Grande-Terre, 211 chambres claires, 3 restaurants, une piscine d’eau douce et un spa s’étendent entre la baie et les feuillages d’un jardin tropical. La ville, elle, s’appelle Le Gosier, du nom d’un pélican au bec gourmand. De quoi donner des idées et l’envie de goûter aux délices créoles du Zawag (langouste du vivier, thon mariné à la vanille, vivaneau à la cardamome...), servis sur les rochers. Texte Léa Outier

Guadeloupe, Hôtel

TENDACAYOU
HOME & SPA

Sur les hauteurs de Deshaies s’étend l’un des plus beaux domaines hôteliers de l’île. On y loue des habitations pur jus, avec étages et terrasses fleuries au milieu de meubles d’époque aussitôt familiers. Certaines chambres sont cachées derrière une bibliothèque comme dans les vieux romans policiers, charme délicieusement suranné que l’on oublie vite en arpentant le spa, un endroit magique où les petits poissons du bassin grignoteront les peaux mortes de vos pieds (chatouilles garanties) avec une vue sur mer inoubliable.

Corée, voyage, carte blanche

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Corée
À plein volumes

Carnet d’adresses

LA CRÉOLE BEACH HÔTEL & SPA

Pointe de la Verdure, Le Gosier. Tél. +590 (0)590 90 46 46.

www.creolebeach.com

TENDACAYOU HOME & SPA

Matouba, Deshaies. Tél. +590 (0)590 28 42 72.

www.tendacayou.com
Carnet d'adresses
Vidéo

250

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

AIR FRANCE dessert Pointe-à-Pitre par 14 vols hebdomadaires au départ de Paris-Orly.

AIR FRANCE dessert Atlanta par 2 vols hebdomadaires au départ de Pointe-à-Pitre.

Aéroport d'arrivée

Aéroport de Guadeloupe pôle Caraïbes.
À 3 km.
Tél. +590 (0)590 21 71 71.

Agence Air France

— Parc d’activités de la Jaille, bât. 3, Baie-Mahault.
— Bureaux AIR FRANCE KLM à l’aéroport.

Réservations

— Depuis la métropole : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

A lire

Les romans de Caryl Férey sont publiés aux éditions Gallimard dans les collections Série Noire et Folio Policier. Dernier titre paru : Mon voyage au Chili photographies de Romain Tanguy.

Guadeloupe
Gallimard, coll. Encyclopédies du voyage.
Guadeloupe
Gallimard, coll. GEOGuide Coups de coeur.
Guadeloupe en quelques jours
Lonely Planet.
Le Goût de la Guadeloupe
Mercure de France, coll. Le petit mercure.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.