Space invader, art , rue

Space Invader

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec un street artist à l’œuvre planétaire.

On ne le connaît toujours pas, mais on ne le présente plus. Protégé par l’anonymat et la nuit, il œuvre à l’échelle du monde depuis son échelle. En vingt ans, Space Invader a en effet posé 3 500 créations différentes dans des dizaines de pays, des villes, à bord de la Station spatiale internationale et au fond de la mer des Caraïbes ! Hyperactif, il débute la photo à 14 ans, puis peint. Les pixels de Space Invaders ou Pac-Man (alors inédits) s’invitent sur ses toiles, similaires aux carreaux de mosaïque, son ultime passion. Art ancestral encapsulant des pigments au cœur d’une pâte de verre, elle est quasi indestructible – un paradoxe dans le street art ! Aujourd’hui, cet artiste dessine tout, puis son équipe prépare patiemment l’installation. Lors d’une «invasion» (pose de 30 à 50 œuvres), il part avec quelques acolytes, des kilos de matériel et préserve un temps de repérage, même si, via Internet, il a listé de possibles «points d’acupuncture». Des lieux très précis où coller une pièce pour déclencher un sourire, oublier le sérieux et toucher l’indigent comme le chef d’État. Ludique et gratuit. Il a l’invasion «cinématographique», décelant sans cesse de nouveaux spots dans les cités familières, comme Paris. Grâce à la célébrité, villes ou particuliers lui proposent parfois «d’intervenir». Son luxe ? «Envahir» seulement si ce point est «une révélation». N’écouter qu’instinct et intuition. Révérant la magie de l’art, «aussi inutile qu’essentiel», il s’exprime constamment sur les verticales du monde et n’envisage pas de s’arrêter.

 

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… le dernier barreau au sommet de l’échelle au moment où je fixe la dernière ligne de petits carreaux de ma dernière création. En effet, pour que l’œuvre ne glisse pas, je commence par coller la ligne du bas. Je travaille très vite de crainte d’être chassé, et suis donc hyper attentif à tout. C’est un état de super éveil alors que j’agis au cœur de la nuit. Un moment d’exaltation, de transe. Un instant privilégié : la nuit est un moment magique où la ville est magnifique.»

© Invader - Kathleen Finlay

Hervé Herau, portrait, soins

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Hervé Herau