Couleur, architecture

Mais où donc était
passée la couleur ?

Superposition de facettes vertes de type murs-rideaux, Conservatoire municipal de Noisy-le-Sec.
Couleur, architecture
Superposition de facettes vertes de type murs-rideaux, Conservatoire municipal de Noisy-le-Sec.
Couleur, architecture
Le musée Soulages, dont la structure d’acier Corten évoque le grès rose de Rodez.
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Foyer de jeunes travailleurs orné de fleurs, boulevard Macdonald, à Paris.
Couleur, architecture
Le musée Soulages, dont la structure d’acier Corten évoque le grès rose de Rodez.
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«Illuminant les ténèbres», les tours dorées de la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg.
Couleur, architecture
Lamelles de verre imprimé et teinté, CCI Paris Île-de-France .
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Reflets cuivrés et volets perforés du Conservatoire Claude-Debussy, à Paris.
Couleur, architecture
Lamelles de verre imprimé et teinté, CCI Paris Île-de-France .

En jouant de ses nuances ou de sa densité, architectes et urbanistes utilisent désormais la couleur comme un matériau et réinventent notre environnement. De quoi nous aider à oublier la grisaille du bitume.

Si les architectes aiment le noir au point de s’en vêtir de pied en cap, l’architecture, elle, a la passion des couleurs. Et puisqu’à l’image des vêtements elle enveloppe les corps, elle aussi suit les modes. Elle glisse du blanc au vert, de l’or au cuivre. Cela ne date pas d’hier. Autrefois les églises étaient peintes et Le Corbusier s’égara en intitulant en 1937 son essai Quand les cathédrales étaient blanches. Lui-même d’ailleurs fut un adepte de la couleur, badigeonnant d’à-plats primaires les fenêtres de son Unité d’habitation à Marseille ou bien encore les murs intérieurs du couvent de La Tourette. Il établit même une gamme de 63 couleurs, une polyphonie de pigments que les décorateurs récupèrent aujourd’hui allègrement.

Sans doute avait-il étudié longuement les chefs-d’œuvre de l’architecture vernaculaire où les couleurs sont à la fête. Les façades graphiques des Ndebele d’Afrique du Sud, les maisons peintes de Valparaíso sont autant de témoignages de la vitalité d’une architecture dite «sans architectes». Le purisme qui a fondu sur l’Occident au début du XXe siècle a mis à mal cette dynamique. Le mouvement moderne, dans sa soif d’épure, a encensé un béton éblouissant de lumière. La formule de l’architecte viennois Adolf Loos, «l’ornement est un crime», en devint même le credo. Pourtant, lassés sans doute de cette esthétique, essorés encore par le pop art et le minimalisme japonisant, les architectes ont fini par réviser leurs convictions. Dans les années 1980, les Folies rouge pétard de Bernard Tschumi à la Villette sonnèrent la charge. À leur suite, les façades se sont illuminées. Depuis, l’éclosion de la couleur s’est amplifiée. Les artisans de ce mouvement jubilatoire se réfèrent tous à l’architecte mexicain Luis Barragán. Sa maison de Tacubaya à Mexico, édifiée en 1948, est devenue un lieu de pèlerinage. Le rose, l’orange, le rouge, les bleus y sont sublimes et enivrants. À sa suite, les architectes juxtaposent les couleurs avec plus ou moins de bonheur. On ne compte plus les établissements scolaires élémentaires où les teintes se bousculent. À Paris, derrière la gare Montparnasse, un bâtiment de la Chambre de commerce et d’industrie Paris Île-de-France signée par l’agence Architecture-Studio décline tout l’arc-en-ciel. Ailleurs, au fil des rues, ce sont les modénatures de fenêtres et les vitrages de balcon qui se maquillent. Ainsi, boulevard Macdonald à Paris, Stéphane Maupin a-t-il osé une façade à fleurs jaunes qui n’est pas sans évoquer le design d’une célèbre maison de luxe.

Dans cette déferlante, quelques couleurs ont connu plus que d’autres une période de gloire. Dans les années 2000, une vague de bâtiments verts est venue éclabousser les mille et un gris de la région parisienne. Un vert citrique, dynamique et pétaradant. Dernier avatar de ce courant, le Conservatoire de musique et de danse de Noisy-le-Sec des architectes Jakob + MacFarlane, déjà auteurs de la Cité de la mode et du design en bord de Seine et des deux cubes stupéfiants, l’un vert, l’autre orange, implantés dans le quartier de la Confluence à Lyon. L’or aussi a connu des jours heureux. L’extension de la Cour de justice européenne à Luxembourg, avec ses tours dorées sur tranche, ou bien encore la rénovation du pavillon Dufour à Versailles, sous la houlette de Dominique Perrault, sont festonnées de dorures. Mais qui dit or dit flamboyance et l’aspect tape-à-l’œil de ces édifices a finalement conduit nombre de commanditaires à renoncer à ce glaçage. Plus subtil alors est apparu le cuivre. En design comme en architecture, cette teinte métallisée a tenu la corde. Le Conservatoire de musique du 17e arrondissement (agence Basalt Architecture) en est un bel exemple. Inconvénient, cette teinte finit toujours par verdir, mais qu’importe ! À l’ère du bio et du vegan, cette transformation semble témoigner de sa sincérité. Proche du cuivre, la rouille a également ses zélateurs. Il est vrai que l’acier Corten a des magnificences à la Pollock. À Rodez, le musée Soulages édifié par les architectes catalans de RCR (récompensés par le Pritzker Prize, le Nobel de l’architecture, en 2017) le prouve. Reste une question : le noir est-il une couleur ? Les praticiens répondent par l’affirmative et ne se privent pas de l’utiliser. D’autant qu’il existe autant de noirs que d’ombres ou de nuages, anthracite, cendré, charbonneux, d’encre et de limaille. Sous son enveloppe furtive, le très réussi nouvel hôpital de La Rochefoucauld dans les Charentes (CoCo Architecture) se glisse à merveille dans le paysage. Dans sa modestie picturale, il donne au décor qui l’environne des allures de feu d’artifice. Car la plus belle des couleurs, c’est encore celle qui révèle toutes les autres.

@ Jakob + MacFarlane, photo : Judith Bormand - RCR, photo : Jean-Louis Bories/Photothèque Rodez Agglomération - Stéphane Maupin
@ Dominique Perrault Architecture/ADAGP, Paris 2018, photo : Georges Fessy
@ Architecture-Studio, photo : Georges Fessy - Basalt Architecture, photo : Sergio Grazia

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