Arthur H, concert

Les deux faces
d'Arthur H

Toujours en quête d’ailleurs, le poète à la voix d’ombre chamanise les vertiges de l’amour.

Deux salles, deux ambiances : pour son 10e album, le chanteur français expert en stimulations sensorielles a vu double. Amour chien fou est une variation bipolaire autour de l’amour, en mode intime et atmosphérique puis en version enragée et cabossée. On y croise une «Boxeuse amoureuse», un «Général of Love» et un «Super héros de l’instant zéro». On passe par Tokyo, Montréal, le Mexique et Bali au cours d’un voyage sonore aux mille trouvailles, enveloppant et perturbant à la fois. Rencontre avec un sorcier des sons et des sentiments.

Pourquoi avoir choisi de publier un double-album, alors que l’écoute de la musique est aujourd’hui de plus en plus fragmentée ?

Je fais encore partie des artistes qui considèrent un album comme une sorte de cinéma sonore, et je trouve un peu triste que les chansons finissent par se perdre dans l’océan des playlists, comme un corps démembré. J’ai encore l’illusion que les gens vont écouter le disque en entier et faire un voyage. Dans ma carrière, j’ai fait des choses très rock, pop, transe et dance, mais aussi des chansons plus atmosphériques. Avec ce double-album, j’ai voulu donner à entendre deux histoires, plus ou moins cohérentes, qui conjuguent deux versants, avec d’un côté des chansons lentes, douces, et de l’autre des choses plus rock, plus rapides. Un disque pour la nuit et un autre pour le jour.

C’est aussi un disque de couple, puisque votre compagne, la plasticienne Léonore Mercier, a pris part à sa fabrication.

Léonore sort d’une école d’art contemporain, elle a une approche plus conceptuelle que la mienne. Elle me donne énormément d’idées, aussi bien des idées sonores que visuelles. C’est un album qui tourne beaucoup autour d’une histoire d’amour entre deux personnes, mais aussi deux artistes qui collaborent. Au quotidien, ça signifie que j’ai mis mon piano dans notre chambre et que les chansons reflètent notre proximité affective, spirituelle et artistique. C’est également un disque qui s’est imaginé lors d’un long périple que nous avons fait ensemble, avec trois escales au Japon, au Mexique et à Bali.

Ces différents pays imprègnent-ils l’album ?

Même si on voyage avec ses propres filtres, il y a toujours un moment où ces filtres sont perturbés. On accède alors à une nouvelle innocence, qui est très agréable quand on accepte de se perdre dans un environnement inconnu, dans des musiques inconnues – ce qui est très stimulant. Moi qui écoute toutes sortes de choses, je n’avais jamais vu ni entendu des musiques dites traditionnelles jouées par des gens sur leur lieu de vie, sans dimension touristique. C’est ce qui nous est arrivé au Mexique et à Bali. On s’est retrouvés dans des communautés où parents, enfants et gens de tous âges faisaient de la musique ensemble. Les fanfares indiennes du Mexique, qui jouent parfois des morceaux à la limite du free-jazz, très sauvages, ou les gamelans à Bali, et leur musique très douce et mystérieuse mais aussi explosive et extravagante par moments, sont des choses qui m’ont marqué, et qui ont peut-être eu une incidence sur le disque.

L’idée de la transe, présente dans ces musiques, l’est aussi dans la vôtre…

Je trouve que la transe est un espace très régénérateur, où l’on est plus dans la pulsation, dans le jeu et dans l’oubli de soi et des codes. Cela fait longtemps que je cherche ça sur scène, avec un mélange électro-acoustique qui conserve la dynamique des instruments acoustiques mais aussi la rigueur hypnotique des ordinateurs. J’ai toujours beaucoup de plaisir à mêler cette dilatation du temps avec des mots en français, qui racontent une histoire.

L’album a été imaginé dans plusieurs endroits mais enregistré dans un lieu unique, la Maison de la poésie à Paris.

Oui, l’idée n’était pas de faire un disque nomade à la Manu Chao. En 2017, j’étais en résidence poétique là-bas et j’y ai fait des spectacles autour de la langue. C’est un endroit extraordinaire où ont lieu des rencontres avec des écrivains du monde entier, des chanteurs français un peu littéraires, ce qui permet aussi de sortir des limites du studio et d’occuper un espace qui est celui d’un théâtre. Il existe toutes sortes de caisses de résonnance imaginables, avec la scène mais aussi les caves…

Un double-album, cela peut aussi rappeler celui de votre père, Jacques Higelin, Champagne pour tout le monde… …Caviar pour les autres, en 1979.

Quelques lignes directrices de l’œuvre de mon père sont effectivement gravées en moi. J’ai l’impression parfois de refaire à ma manière certaines de ses chansons que j’ai aimées, même si le résultat est très différent. Dans cette histoire de double-album, il y a forcément un lien, comme s’il s’agissait d’une lointaine variation sur ce qu’il a pu faire à l’époque. L’influence de Gainsbourg est aussi très présente chez moi – on l’entend sur le titre «Lily Dale symphonie» – car c’est celui qui m’a conforté dans l’idée que je pouvais chanter en français sur la musique que j’aimais, et qui était en majorité anglo-saxonne.

Comment ce disque va-t-il être transposé à la scène ?

On sera trois, avec Nicolas Repac qui a beaucoup travaillé sur l’album, et un autre musicien. Le show jouera beaucoup sur l’interaction entre nous trois, l’idée étant de toujours tenir sur un fil. Mon frère Ken travaille sur la mise en scène, avec l’envie de théâtraliser le geste sonore. Léonore explore aussi cette idée, pour que le concert reflète une expérience en train de se faire, un processus vivant.

Amour Chien fou

Mystic Rumba /AllPoints / Believe

Premières dates de tournée

17.02

Les Saulnières, Le Mans.

www.les-saulnieres.fr

02.03

La Belle Électrique, Grenoble.

www.la-belle-electrique.com

07.03

Le Rockstore, Montpellier.

www.rockstore.fr

09.03

Le Rocher de Palmer, Cenon (Bordeaux).

www.lerocherdepalmer.fr

16.03

Théâtre de Châtel-Guyon.

www.theatre.chatel-guyon.fr

23.03

Théâtre Les Quinconces, Vals-les-Bains.

www.lesquinconces.com

04.04

Trianon, Paris.

www.letrianon.fr

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