Paul Smith, velo, Mode

Levez les yeux !
par Paul Smith

Créateur d’un univers à l’optimisme bigarré, le couturier Paul Smith pose un regard curieux sur le monde. Chaque mois, il partage ici sa vision des choses. Aujourd’hui, «Looking up!», apprenez à lever les yeux !

Dans un monde rempli d’images, où les gens passent tellement de temps à scruter les écrans de leurs portables, tablettes et Smartphones, où chacun est capable de prendre et supprimer ses propres photos, je me demande parfois si nous n’avons pas perdu l’art de regarder. De regarder vraiment, je veux dire. Dans mon travail, c’est encore de là que vient l’inspiration.
Mon père était un passionné de photo et j’avais 11 ans quand on m’a offert mon premier appareil. J’ai eu la chance d’être pris en main par lui et ses amis au club local, à l’époque où il fallait se concentrer et composer soigneusement sa photo dans le viseur, car le résultat n’était pas visible avant que l’on ait développé la pellicule. Au fil des ans, cette approche m’a formé l’œil, non seulement à regarder, mais aussi à voir.
Il y a de multiples façons de regarder qui permettent de mieux apprécier le monde qui nous entoure. Lever le nez en est une. Une chose que l’on fait naturellement à Notre-Dame de Paris, ou quand on admire l’élégant lanterneau à cadre métallique au-dessus d’un bar d’hôtel à Milan, mais qui mérite d’être élevée au rang d’habitude où que l’on soit.
Ainsi, dans Oxford Street, à Londres, la vue au niveau du sol pourrait difficilement être plus déplaisante, avec cette interminable succession de fast-foods et boutiques de souvenirs où défilent plus de 200 millions de personnes par an. Levez les yeux, cependant, et vous tomberez peut-être sur quelque chose d’intéressant. Par exemple, sur la façade du grand magasin John Lewis, on remarque un merveilleux spécimen d’art public installé en 1963 : une sculpture en aluminium et acier de la grande artiste Barbara Hepworth, intitulée Winged Figure. À l’opposé, quelques centaines de mètres plus loin, au-dessus du croisement bourdonnant d’animation avec Tottenham Court Road, vous verrez une enseigne murale fanée, récemment révélée par des travaux de démolition, et peinte sur la brique pour annoncer la présence d’un café italien appelé Veglio & Co, fondé en 1854. Le café a disparu depuis longtemps mais la peinture subsiste, comme pour nous rappeler la façon dont les immigrants ont enrichi la vie londonienne il y a plus d’un siècle et demi. Donc, où que vous vous trouviez, et si morne que soit la vue au niveau du plancher, essayez, juste un peu, de lever les yeux.

 

Sir Paul Smith rêvait d’autres podiums que ceux de la mode : adepte de la petite reine, il se voyait coureur cycliste, mais un accident en décida autrement. Présent aujourd’hui dans 70 pays, le styliste (né à Beeston en 1946) donne un ton – mais pas de leçons –, attentif à la devise «penser global, agir local».

© Paul Smith - Jean-Michel Tixier/Talkie Walkie

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