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de styles

Véritable manifeste de l’Art nouveau, l’hôtel Metropol inauguré en 1905 est décoré de somptueux vitraux.

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Une immense rampe assure la continuité spatiale du Tsentrosoyouz, dont les plans ont été conçus en 1928.

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Récemment rénovée, la Maison collective de l’Institut du textile conserve son cachet avant-gardiste avec son escalier, placé au cœur du foyer.

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Logo d’un promoteur d’aujourd’hui, infusé de l’héritage graphique du siècle passé.

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Au métro Krasnie Vorota, le bâtiment de la RZhD.

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Longtemps enseignant à l’Institut d’architecture de Moscou, Evgeny Ass a créé sa propre école, March, en 2012.
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Haut de 240 m, le gratte-ciel de l’Université Lomonossov a été construit en 1953. Il compte parmi les «Sept sœurs de Staline».

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L’inspiration constructiviste trouve un écho dans l’architecture du Dominion, bâti en 2015 par Zaha Hadid.

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Vue sur Moskva-City, nouveau quartier d’affaires en plein développement dans le centre ouest de Moscou.

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Fedor Dubinnikov, ancien élève d’Evgeny Ass, élu Meilleur jeune architecte de Russie en 2009 (à gauche), et Pavel Chaunin, son associé.

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Le club Zouev, maison de la culture pour ouvriers, bâti en 1927.

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Le Garage de Dasha Zhukova imaginé en 2015 par Rem Koolhaas.
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L’hôtel Baltschug Kempinski
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L’hôtel Baltschug Kempinski
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Le Metropol Hotel
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Le Narkomzem, construit entre 1927 et 1933. Une bâche fait illusion pendant les travaux de restauration.

Entre 1920 et 1930, une poignée d’avant-gardistes russes révolutionne l’architecture. La radicalité de leur écriture réforme l’esthétique de la vie quotidienne et influence encore les architectes d’aujourd’hui. Leurs œuvres racontent l’histoire de la Russie à ciel ouvert.

L’élan

Malevitch invente le suprématisme dès 1913. La même année, Tatline expose ses reliefs abstraits en bois, en fer, en carton et en plâtre. Constructivistes avant la lettre, ils préparent le terrain aux architectes de la nouvelle Union soviétique.

Un formidable laboratoire de création voit le jour rue Rozhdestvenka, en plein cœur de Moscou. On lit encore son nom au fronton du bâtiment, qui abrite désormais l’Institut d’architecture : Vkhoutemas. Un acronyme pour désigner les Ateliers supérieurs d’art et de technique. À la manière du Bauhaus, ils prônent la synthèse de tous les arts. À coups de maquettes et de plans audacieux, une poignée d’architectes y échafaude la ville des «lendemains qui chantent». Parmi eux, Constantin Melnikov. À Paris, pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, il imagine un pavillon composé de grands pans de verre. Les soutient une structure en bois qui demeure apparente. Deux ans plus tard, dans le quartier de l’Arbat, l’architecte bâtit une maison individuelle. C’est une construction expérimentale, destinée à être dupliquée. Elle ne le sera jamais. Faute de mieux, Melnikov y logera avec sa famille jusqu’à la fin de sa vie. Une exception dans une société qui préconise alors le collectivisme. Le bâtiment est formé de deux cylindres imbriqués. Côté rue, un panneau vitré rappelle le pavillon de l’exposition parisienne. À l’arrière, quantités d’ouvertures hexagonales lui donnent l’aspect d’une ruche et inondent de lumière du jour l’atelier, aménagé à l’étage.

L’imagination

Dans la foulée, Melnikov conçoit des garages d’autobus. L’un d’eux, tout de briques rouges et blanches, est familier des amateurs d’art. Entre 2008 et 2012, s’y est abrité le Garage de Dasha Zhukova, un centre culturel où le peintre Rothko a été pour la première fois exposé en Russie. Aujourd’hui, le garage de bus Bakhmetievski accueille le musée de la Tolérance. Glissée à l’étage, une baie vitrée laisse deviner l’étonnante ossature des lieux. Pour entreposer le plus grand nombre possible de bus, Melnikov les avait rangés en épis, traçant donc un bâtiment en dents de scie !

L’architecte réalise également des clubs ouvriers. Le nouvel État n’entend-il pas mettre la musique et le théâtre à la portée de tous ? Avec ses trois auditoriums cubiques et saillants, le club Roussakov incarne cette ambition.

Posé à l’angle de la rue Lesnaïa, le club Zouev est signé d’un autre architecte issu des Vkhoutemas : Ilia Golossov. Il date de 1927. Sa modernité ne suggère en rien ses 91 ans : un cylindre de verre coupé en son milieu par un parallélépipède de béton.

Le Palais de la culture, lui, s’élève au sud de la ville à proximité des usines ZiL – l’un des principaux constructeurs automobiles de l’époque. Trois frères, Léonide, Victor et Alexandre Vesnine, lui forgent une façade arrondie. Elle loge des salles de sport, des cinémas et même un observatoire !

L’utopie

Des logements atypiques font aussi leur apparition. Pour les étudiants de l’Institut textile de Moscou, Ivan Nikolaiev invente une «maison-commune» : Dom Kommuna na Ordzhonikidze, d’après le nom de la rue le long de laquelle s’étire ce bâtiment juché sur pilotis. Il comporte une zone dite de nuit, avec des cellules desservies par d’interminables couloirs. Dans l’aile mitoyenne, s’ouvrent un réfectoire, une bibliothèque, des salles de cours… Restaurée récemment, la maison-commune de la rue Ordzhonikidze a conservé son cachet constructiviste, notamment ses fenêtres alignées. À l’intérieur, l’espace a heureusement été remodelé pour s’adapter à la vie d’un foyer d’étudiants ! Un self-service, fréquenté par les employés des bureaux voisins, a même pris le relais de l’ancien réfectoire.

L’architecte Moiseï Guinzbourg a longuement théorisé l’habitat collectif concevant, en retrait du boulevard Novinski, un immeuble destiné aux employés du Commissariat aux finances, abrégé en russe Narkomfin.

Les appartements offrent une surface relativement réduite, dépourvue de cuisine. Les repas sont préparés dans l’aile voisine et servis à une table commune. Les habitants partagent également une buanderie, une crèche et, sur le toit en terrasse, un jardin et un gymnase.

De passage à Moscou, Le Corbusier est impressionné par le Narkomfin. Vingt ans plus tard, il s’en inspirera pour son Unité d’habitation de Marseille.

La modernité

Dès 1928, Le Corbusier, associé à Pierre Jeanneret, livre les plans du Tsentrosoyouz, un immeuble destiné aux bureaux d’une administration pléthorique. Toits plats, fenêtres en bandeaux… les critères qui définissent le style international sont au rendez-vous. À l’issue des travaux, Le Corbusier est mécontent : des modifications ont été apportées au projet.

Mais la rampe qui a été conçue pour desservir les 7 étages du bâtiment est toujours empruntée par les employés. Un ascenseur a remplacé le pater-noster d’origine, conservé en l’état derrière une paroi vitrée. Au foyer, l’espace est scandé par des colonnes grises et blanches. En 2005, on élèvera une statue à l’architecte franco-suisse, au pied du Tsentrosoyouz. Une façon de le consoler post mortem ?

Au tournant des années 1920, le siège d’Izvestia, le journal des premiers Soviets, emménage dans un édifice du plus pur constructivisme. Mosselprom, l’administration chargée de la distribution des denrées alimentaires, fait de même. Comme le ministère des Transports (aujourd’hui les chemins de fers russes) dont le sigle RZhD se détache de la tour gris foncé, fraîchement repeinte. Narkomzem, le ministère de l’Agriculture, toise une avenue voisine de son imposante masse rouge. Une bâche le recouvre temporairement. Elle reproduit fidèlement l’asymétrie de la façade.

Rue Novokouznietskaïa, c’est une ancienne «fabrique de cuisine», les cantines géantes de l’époque, qui a été réhabilitée. Ses volumes élégants semblent tout droit sortis de l’imagination d’une star de l’architecture contemporaine !

Le recul

À l’orée des années 1930, l’élan créatif s’arrête net. Au jeu des volumes, les architectes préfèrent les colonnes, les frontons, les pilastres. Ils reviennent au répertoire classique, à l’académisme. Les sept gratte-ciel qui hérissent l’azur de Moscou (les «Sept sœurs de Staline», comme les ont baptisées les Moscovites) surgissent plus tard. Symbole d’un pouvoir hégémonique ? Le plus grand est perché sur la colline qui surplombe la ville, le mont des Moineaux. Il accueille l’université. Un autre est posé au bord de la Moskova et de son affluent, la Iaouza. C’est un immeuble d’habitations. Il y a aussi un ministère, un hôtel…

Sous Khrouchtchev, l’architecture se révèle fonctionnelle… et sans joie. À l’image de la Maison centrale des artistes (1960) qui abrite désormais – paradoxe ! – la Nouvelle Galerie Tretiakov, où Kandinsky, El Lissitzky ou Rodtchenko mènent la danse ! Le gracile Palais des pionniers (1962), bâti sur le mont des Moineaux par un collectif de jeunes architectes, échappe par miracle à la morosité.

En 1991, la disparition de l’URSS signe le passage à l’économie de marché. On construit beaucoup, mais le propos balbutie. On revisite la grammaire des styles, en quête d’un nouveau langage architectural…

Les revues internationales saluent quelques prouesses locales, tel Copper House, un immeuble élevé en 2004 près de la très chic rue Ostozhenka. Son architecte, Sergueï Skouratov, a couvert l’immeuble de panneaux de cuivre où se réfléchissent les maisons voisines.

Les architectes étrangers entrent désormais en scène. Rem Koolhaas, dans l’enceinte du parc Gorki, a enveloppé d’un voile de bicarbonate le squelette de béton d’un pavillon hérité des années 1960. La silhouette des arbres s’y reflète avec une indicible poésie – c’est entre ses murs qu’est aujourd’hui installé le nouveau Garage de Dasha Zhukova. Dans un ancien quartier ouvrier, Zaha Hadid a fait surgir le Dominion, un immeuble de bureaux dont les étages s’empilent en saillie. Alors qu’en contrebas de la place Rouge, le tout récent parc Zariadie a vu le jour sous l’impulsion du bureau new-yorkais Diller Scofido + Renfro.

 

"Un formidable laboratoire de création voit le jour rue Rozhdestvenka. On lit encore son nom au fronton du bâtiment, qui abrite désormais l’Institut d’architecture : Vkhoutemas."

 

L’avenir

De son atelier, perché au 17e étage d’un immeuble des années 1970, Evgeny Ass contemple sans enthousiasme les tours de Moskva-City, le nouveau quartier d’affaires. L’architecte charismatique a longtemps enseigné au Markhi, l’Institut d’architecture de Moscou de la rue Rozhdestvenka. Ses élèves constituaient un groupe bien à part. En 2012, le professeur s’est enhardi et a créé sa propre école d’architecture : March. Elle est implantée dans l’enceinte d’une ancienne fabrique de manomètres, rebaptisée Artplay. Avant cela, Evgeny Ass a inspiré nombre d’étudiants du Markhi, comme en témoigne le Studio MEL. Emmené par Fedor Dubinnikov, l’un de ses anciens élèves, ce cabinet cultive résolument le minimalisme et conçoit des maisons de granite et de verre. Son dernier projet rappelle… le Carré noir de Malevitch. Une nouvelle avant-garde est en marche !

Baltschug Kempinski

Il a été inauguré en 1992. Il se profile au bord de la Moskova telle la figure de proue d’un navire. Sa position au bord du fleuve participe à son succès : au-delà de l’eau, le Baltschug Kempinski découvre la plus jolie vue qui soit sur le Kremlin et la place Rouge avec, au premier plan, les bulbes colorés de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux. Depuis cet automne s’y ajoute le paysage ondoyant du nouveau parc Zariadie. La suite 405 de l’hôtel bénéficie d’un panorama encore plus large : il embrasse les tours futuristes de Moskva-City ! En prenant le petit déjeuner, chacun profite de la vue sur la place Rouge à travers les hautes fenêtres qui bordent la salle du restaurant. Du Café Kranzler, glissé dans le hall de l’hôtel, c’est le même spectacle.

Baltschug Kempinski

Baltschug, 1. Tél. +7 (495) 287 20 00.

www.kempinski.com

Metropol Hotel

L’hôtel dresse sa fière silhouette à deux pas du Bolchoï. La frise en céramique qui court le long de ses façades est un véritable manifeste de l’Art nouveau, version russe. Lors de son inauguration en 1905, le Metropol se voulait une vitrine des arts décoratifs nationaux. De précieux meubles en bois de Carélie ornent ses suites, de somptueux vitraux ses couloirs. Quelques chambres ont été récemment rénovées. Sans perdre leur cachet, elles offrent en prime un confort douillet et de vastes salles de bains.

Metropol hotel

Teatralniy Proezd, 2. Tél. +7 (495) 266 01 68.

www.metropol-moscow.ru

© DR
© FLC, ADAGP, Paris 2018 - Pierre Jeanneret, ADAGP, Paris 2018
© Ivan Nikolaiev
© Zaha Hadid
© Ilia Golossov - Rem Koolhaas, ADAGP Paris 2018 © Antoine Corbineau / Talkie Walkie.

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Songe d’une nuit d’hiver

Carnet d’adresses

Baltschug Kempinski

Baltschug, 1. Tél. +7 (495) 287 20 00.

www.kempinski.com

Metropol hotel

Teatralniy Proezd, 2. Tél. +7 (495) 266 01 68.

www.metropol-moscow.ru

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Imperatorski Farfor

La manufacture impériale de porcelaine a été fondée en 1744. Rebaptisée manufacture Lomonossov à l’époque soviétique, elle a aujourd’hui retrouvé son nom d’origine. Au début des années 1920, elle fait appel à des artistes tels Malevitch, Kandinsky ou Suétine pour imaginer de nouveaux décors. À l’occasion du centenaire de la Révolution, elle réédite quelques modèles dits «d’avant-garde», et notamment une théière constructiviste dessinée par Malevitch, accompagnée de ses deux tasses. Piatnitskaïa, 6. Tél. +7 (495) 951 50 35

www.ipm.ru

Alionka

Les bonbons Octobre Rouge ont accompagné l’enfance de plusieurs générations de Russes. Les enveloppent les mêmes vignettes colorées qu’autrefois. L’une d’elles représente le gratte-ciel de l’université de Moscou. Son graphisme très sûr séduit au premier coup d’oeil ! À l’intérieur, le chocolat fourré est tout aussi convaincant.Vtoroi Novokuznetskiy pereoulok 13/15, 1.

www.uniconf.ru

Cafés, bars & restaurants

TeleBistro

Un café minuscule s’est glissé au pied de l’imposant Télégraphe central, qui occupe un large pâté de maisons en bordure de la rue Tverskaïa. Le bâtiment a été élevé en 1927. Sa façade mêle les styles constructiviste et moderne. À savoir : à l’heure du déjeuner, on sert au TeleBistro de très savoureuses pizzas ! Nikitski pereoulok, 7. Tél. +7 (967) 164 19 91.

Garage Café

Dans le bâtiment réaménagé par Rem Koolhaas pour accueillir le Garage de Dasha Zhukova se déploie un café cosy. Des pans de céramique couvrent les murs, vestiges du décor du restaurant abrité dans les lieux à l’époque soviétique. Sagement limitée, la carte décline des soupes, des salades et quelques plats du jour. Krimski Val, 9. Tél. +7 (495) 645 05 20.

www.garagemca.org

Strelka Bar

À la pointe de l’île qui s’étire face au Kremlin, s’est lové un bar au décor vintage. C’est un rendez-vous très couru des amateurs d’architecture et de design qui suivent les master class organisées par le Strelka Institute voisin. Bersenevskaïa naberezhnaïa, 14. Tél. +7 (495) 771 74 16.

www.barstrelka.com

À faire

La jeune entreprise Moscou à travers les yeux de l’ingénieur propose des visites guidées (en anglais) à l’intérieur du Narkomfin.Tél. +7 (499) 322 23 25.

www.engineer-history.ru
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

Chaque jour Air France dessert Moscou par 4 vols au départ de Paris-CDG et 5 vols en partage de codes avec Aeroflot, membre de SkyTeam.

Chaque jour KLM dessert Moscou par 2 vols au départ d’Amsterdam et par 3 vols en partage de codes avec Aeroflot.

Aéroport d'arrivée

Aéroport de Moscou- Cheremetievo.
À 29 km.
Tél. +7 (495) 578 65 65.

Bureaux AIR FRANCE KLM

A l'aéroport

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, a l'aéroport :
Tél. +7 (495) 775 83 33.
www.airfrance.com/cars

A lire

Moscou
Gallimard, coll. Cartoville.
Moscou City
Guide Louis Vuitton.
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Lonely Planet.
Le Goût de Moscou
Mercure de France, coll. Le petit mercure.

© Antoine Corbineau / Talkie Walkie. Carte illustrative, non contractuelle.