Véronique de Soultrait, ficelle , point de départ

Véronique de Soultrait

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec une créatrice sculptrice de cordes.

Elle tresse des bouts de ficelle après avoir peint pendant vingt-cinq ans des décors dans des châteaux ou des églises – éveillée très tôt à l’art, enfant, elle dessinait pour s’évader lorsque la réalité la touchait trop. Âme chineuse, Véronique de Soultrait collectionne par la suite les ouvrages au crochet, les colore d’une palette d’ombres, les double d’un lin assorti et les assemble en coussins ou chemins de lit. Ainsi naît peu à peu l’envie de la verticalité et du travail des cordes. Pionnière passionnée en la matière, les compositions naissent sous ses doigts nattant, nouant, entortillant, enroulant le jute, les ficelles de lin ou de chanvre, préalablement teints, puis rehaussés d’or ou de couleurs – ponctuation finale de ses marqueteries de cordes. Inspirée par la nature et ses formes élémentaires, Soulages, Satie et le bouddhisme, elle travaille seule, habitée par «un grand calme spirituel», avec comme motif de prédilection, le cercle, symbole de l’infini et rappelant le mandala. Une méditation dans le silence matinal de son atelier lyonnais. Ascète et bonne vivante, malicieuse aimant l’impromptu, mais pas trop les directives. Son dessein : faire rêver en jouant sur les rythmes géométriques de ses panneaux-sculptures aux tonalités subtiles et harmonies sobres. Face au succès, elle forme à ses techniques quelques assistants. Depuis peu, elle peint à nouveau, cherchant désormais l’abstraction grâce aux encres et aquarelles. Et son art tire les ficelles de nos songes.

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… juste derrière la plage de Kovalam au Kerala, les backwaters et leurs chants d’oiseaux au lever du jour. L’Inde est mon second pays : je m’y suis mariée puis durant trois mois nous nous sommes baladés partout. Lieu d’évasion et de zénitude, je m’y sens chez moi, je m’y retrouve. J’aime la bienveillance, la douceur et l’authenticité du Sud. Ici la pluie est magique, son odeur, la luxuriance qu’elle engendre… Incarnant l’excès de sensualité, ce pays est un enivrement permanent. À mes yeux, il est orange, parfumé de jasmin et d’encens – dont les volutes habitent mon atelier ; j’aime ce rite de purification.»

© Frenchie Cristogatin - Véronique de Soultrait - Érick Saillet

Camille Omerin, art, mode

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