Cécile McLorin Salvant

La force
du swing

Qu’elle chante des standards de jazz ou des airs de Piaf, Cécile McLorin Salvant illumine de sa voix chaude et facétieuse toutes les partitions. À l’occasion de la sortie de son dernier album, portrait d’une artiste virtuose qui voit l’avenir en grand.

Elle a le sens de la couleur. Celle de son vestiaire d’abord, robes et tuniques rouge, verte, jaune acidulé, de ses lunettes qui suivent ses états d’âmes, bleu ciel, rose ou anthracite. De ses pastels, enfin, car Cécile McLorin Salvant, en sus d’être une voix, est une graphiste hors pair. Elle a exposé à New York et vendu plus d’une œuvre. Elle dessine, elle a l’œil, de l’oreille, elle a beaucoup de talents. À 28 ans, elle a déjà remporté le Grammy du meilleur album de jazz (2016), et fut en 2010 la plus jeune artiste lauréate du prestigieux concours de chant jazz au Thelonious Monk Institute, adoubée par un jury composé de pointures comme Dee Dee Bridgewater et Al Jarreau.

Style flamboyant

Tout cela vous donne du punch. Et de l’ambition. Elle se voudrait comédienne. Elle se voudrait diva. Elle aime la scène. Cela se sent. Sa silhouette ondulante, ses cheveux courts, sa bouche immense et sa voix magnifique fascinent les foules. Sur scène, elle irradie. Ses clips le prouvent. Elle accroche la lumière, fait corps avec sa voix. À l’entendre on comprend qu’elle n’a pas renoncé à devenir actrice. Elle se rêve insupportable, capricieuse, pour vivre ce qu’elle a vu de ses yeux vu, une star fendre sans un regard une foule d’admirateurs, avançant hiératique, pourchassée par une horde d’aficionados serviles. Elle plane.

Née aux États-Unis, installée à Miami en Floride, chanteuse à la voix puissante, interprète de standards de jazz comme de chansons de Fréhel, d’Édith Piaf ou de Mistinguett, Cécile McLorin Salvant a le swing dans la peau. Elle a d’abord chanté dans des chorales, suffisamment pour que ses professeurs la distinguent et l’orientent vers le conservatoire. Elle aurait pu grimper les échelons, imiter sa voix qui des basses s’envole vers les aigus, mais son chemin se devait d’être tortueux. En 2007, elle pose ses valises à Aix-en-Provence où elle s’inscrit à la faculté de Droit. Deux années d’études et puis le virage. Les cours de chant lyrique et baroque qu’elle suit en parallèle ont le dessus. Comme on le dit d’un cliché, elle trouve sa voie. Sa sœur a beau lui conseiller de passer tout de même ses examens, rien n’y fait. Elle balance le Code civil. On the road again.

Femme sous influences

Depuis, elle tourne. Certains des textes qu’elle interprète sont de sa plume. Sur son dernier disque, Dreams and Daggers, enregistré en partie au Village Vanguard de New York, elle chante en français une chanson de Joséphine Baker, «Si j’étais blanche». L’héroïne s’y roule dans des avalanches, mais le refrain conclut : «J’avais l’air dans la crème d’un petit pruneau.» Elle chante aussi «Le mal de vivre» de Barbara. Elle lit Flaubert. Elle a le sens du pas de côté. «Dans Cendrillon, dit-elle, je choisirais de chanter la complainte de deux sœurs laides.» Et quand elle interprète une chanson de Kurt Weill, c’est pour s’appesantir sur le thème de la femme seule dans sa cuisine, abandonnée par ses enfants, flanquée d’un mari qui l’ennuie et de ses épluchures. À sa manière, CMcLS (pour faire court) est une interprète à fleur de peau, de la lignée des chanteuses réalistes. Aussi, qu’elle écoute et réécoute des chanteuses de flamenco ne surprendra personne. D’autant que croisé de R’n’B et de be-bop, cela devrait balancer.

Chaque jour elle vit la même journée. Pour commencer, deux heures de marche au cours desquelles elle pense. Des idées de chanson l’effleurent. Parfois, c’est l’éclair de génie. De retour, elle s’assied au piano. Trois heures. «Il m’arrive de regarder les touches, la tête vide, et de rester comme cela vingt minutes.» Ce n’est pas grave. L’étincelle finit par mettre le feu aux poudres. Sa carrière va vite et s’accélère. Même angoissée, submergée parfois par un afflux de couleurs mélancoliques, elle sait que l’avenir devrait lui sourire. Elle a de la chance, d’ailleurs sa musique a servi à plusieurs campagnes du parfum Chance de Chanel. Un parfum de sainteté, comme un encens. Née d’un père haïtien et d’une mère à demi guadeloupéenne, elle s’inscrit dans la lignée des grandes chanteuses de jazz, les Sarah Vaughan, Billie Holiday, Nina Simone… De ses origines ensoleillées, elle sait aussi que le versant haïtien tient la corde. L’extraordinaire vitalité de cette culture la galvanise. D’ailleurs, elle n’en fait pas mystère. Le vaudou l’intrigue et l’attire. Elle chante, elle danse, elle hypnotise. Sans doute son charme tient-il à quelque sortilège.

 

AGENDA DES CONCERTS


DU 11 AU 14.01
All That Jazz–Cap cinéma.
www.cap-cine.fr

LE 15.01
Auditorium. La Seine Musicale.
www.laseinemusicale.com

LE 16.01
Avec Aaron Diehl Trio.
www.theatre.caen.fr

LE 21.01
Dreams and Daggers. Cenon (Bordeaux).
www.lerocherdepalmer.fr

LE 23.01
Concert au Parvis, Ibos (Tarbes).
www.parvis.net

TOURNÉE
États-Unis (février-mars), Nouvelle-Zélande, Chine et Japon (mars).

INFO www.cecilemclorinsalvant.com

Agenda

Concert de Cécile McLorin Salvant

DU 11 AU 14.01

All That Jazz–Cap cinéma.

www.cap-cine.fr

Concert de Cécile McLorin Salvant

LE 23.01

Concert au Parvis, Ibos (Tarbes).

www.parvis.net

Véronique de Soultrait, ficelle , point de départ

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Véronique de Soultrait