Cette année, dix enfants et une adulte ont illustré librement les chapitres de cette histoire racontée à tour de rôle par six auteurs. Pour ce dernier épisode, c’est Bintou, 8 ans, qui depuis Paris a mis ses images sur les mots d’Anne Maurel.

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En barque sur le lac
12. Paryaqaqa vaincu

Personne sur l’île au milieu du lac Titicaca, où vit Itipulco, ne sait ce que c’est qu’une poudre de Simulacre. Ici on ne connaît tout simplement pas la poudre. Ni la poudre de riz, qui sent si bon sur les joues des mamans quand on les embrasse, ni le sucre en poudre que l’on verse en pluie sur la semoule au lait pour la rendre douce dans la bouche, ni même la poudre de perlimpinpin. Encore moins la poudre de Simulacre. «Simulacre, simulacre» : Itipulco, assis sur la rive, répète à haute voix le plus joli de ces deux mots. Il espère que l’écho des montagnes le lui renvoie plus clair. Mais le mot, trop long, se perd dans l’air bleu du lac comme son nom, déjà, répété par ses amis, s’était perdu. Il n’en reste qu’une seule syllabe, la première cette fois : «Si, Si, Si…» Et si, au lieu de plonger au fond des eaux du lac ; si, au lieu d’entrer dans les grottes au corail griffu ; si, au lieu d’aborder sur l’île des fantômes ; si, au lieu de descendre au coeur de la terre pour chercher sa mère, il restait assis sur la rive jaune ? Il pourrait dessiner sa maman du doigt, la faire apparaître dans le sable. C’est ainsi qu’Akayaka eut chaque jour un visage changeant. Itipulco lui faisait des yeux rieurs pour les jours sans nuages, un sourcil relevé pour les jours de colère et d’orage, une bouche arrondie par l’admiration pour les jours où il l’étonnait. Ainsi il n’eut pas deux, mais mille mères. Enfin victorieux du dieu de la métamorphose, Paryaqaqa, le petit indien du lac Titicaca reprit le chemin de l’école et la pêche en barque sur le lac la nuit. Fin.

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