marché fleurs, nice, grasses

Je ne suis pas né à Nice,
mais à Grasse.
Je n’ai pas vécu à Grasse,
mais à Nice...

Marché aux fleurs, cours Saleya.

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L’un des porches de la cathédrale russe Saint-Nicolas, reconnaissable à sa façade ocre, ses majoliques et sa pierre blanche.
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Jean-Claude Ellena au musée Matisse.

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Vue sur la baie des Anges depuis la pointe de Rauba Capèu.

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Musée Matisse, sur la colline de Cimiez, près des arènes romaines.

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Place Masséna, esplanade néoclassique entre Vieux-Nice et ville nouvelle.

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Contours du front de mer depuis la plage.

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Hôtel Beau Rivage
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Hôtel Beau Rivage

Signature rare du paysage olfactif, aujourd’hui conseiller artistique des parfums Hermès et écrivain, Jean-Claude Ellena musarde du côté de son enfance, pays des souvenirs à la sensualité solaire.

"J’ai aimé Nice de tous mes sens, comme on aime pour la première fois."

 

Enfant, je me souviens que les Grassois considéraient les Niçois comme des étrangers, de la même façon les Niçois toisaient les Grassois. Leur patoi était différent et tous deux feignaient de ne pas se comprendre. La frontière des mots était le Var ; le fleuve avait été la limite entre la France et le royaume de Piémont-Sardaigne avant que Nizza la Bella devienne, en 1860, et par choix, française.

Grasse était blotti entre les oliviers et les champs de fleurs, le nez dans les parfums ; Nice ouvert au tourisme, les yeux tournés vers la Méditerranée. À Grasse, les cueilleuses de roses et de jasmin se protégeaient du soleil par de larges chapeaux de paille. À Nice, les corps se doraient sur les plages aux galets salés. Ma mère, préférant la vie légère, la lumière et l’indolence de Nice à la fraîcheur et à la douceur de Grasse, persuada mon père que nous devions habiter Nice. Il était parfumeur, il continua de travailler à Grasse.

J’ai aimé Nice de tous mes sens, comme on aime pour la première fois. Nice avait un corps jeune, charnu et sentait la mer et l’Ambre Solaire. À 17 ans, les résultats scolaires n’étant pas au rendez-vous, je quittais Nice pour Grasse et ses usines. Je fus bien accueilli. Les odeurs m’ont pris, je les ai prises à mon tour et leur ai donné forme, elles sont devenues parfums et moi parfumeur. Depuis, j’ai parcouru le monde sans jamais oublier Nice et la Méditerranée.

 

 

À 17 ans, je quittais Nice pour Grasse et ses usines. Les odeurs m’ont pris, je les ai prises à mon tour, elles sont devenues parfums et moi parfumeur.

Rauba Capèu

J’aime ce nom du patois niçois. Adolescent, chaque samedi et dès le mois de mai, le dimanche étant consacré à la famille, je retrouvais mes copains sur les rochers de Rauba Capèu (prononcer ka-pè-ou). Les vieux Niçois racontaient que le nom venait des chapeaux que le vent saisissait et emportait au loin, lorsque les Anglais quittaient la promenade et contournaient le promontoire pour prendre le sentier qui les conduisait au vieux port. À cette époque, Rauba Capèu était fréquenté uniquement par les jeunes Niçois et les apprentis voyous. La mer y était très agitée et d’un beau bleu glacial qui nous griffait la peau. Nous aimions nous lancer du haut des rochers le plus loin possible et revenir en nous laissant porter par les vagues qui bondissaient avant d’éclater avec fracas, puis, nous nous étendions sur des serviettes de bain usées pour jouer aux cartes, rire ou taquiner les filles. Premier échange de regards, premier frisson, premier baiser sur les lèvres ; elle me dit : «Je t’embrasse avec la langue si tu me donnes 6 francs*», je l’ai regardée décontenancé avec des yeux tout ronds, j’avais 14 ans, elle en paraissait 16 et elle était jolie. J’ai dit timidement «non» et ne suis jamais revenu sur les rochers de Rauba Capèu.

* moins d’un euro.

La place Masséna

Elle est attachée au défilé du carnaval. Ma grand-mère maternelle, Niçoise de cœur (elle était d’Arles), avait des amis qui habitaient la place et nous invitaient une fois l’an, la semaine précédant le Mardi gras, à suivre les festivités. Du haut du balcon qui surplombait les tribunes, je regardais le cortège des chars qui arrivait de l’avenue de la Victoire (aujourd’hui avenue Jean-Médecin) et tournait plusieurs fois sur la place avant de repartir. Je n’aimais pas ces personnages grotesques – peut-être parce que j’en avais peur –, ils étaient laids, difformes, les couleurs s’engueulaient, les haut-parleurs éructaient de la musique, la foule sentait fort et criait. J’étais cependant fasciné par ce spectacle joyeux et par ce roi de carton mal accompagné qui ouvrait la fête et restait au centre de la place, impassible, à regarder le défilé de ses sujets.

Le dernier jour des réjouissances se manifestait par une bataille de plâtre et de farine. La grande place rouge devenait blanche ; l’odeur humaine disparaissait sous celle du plâtre. C’était le dernier jour du roi. La nuit tombante, aux acclamations du public, le char du roi était brûlé. Les Niçois racontaient qu’avec les fêtes, son cœur de papier s’était enflammé pour la ville, mais qu’il renaîtrait l’année d’après.

La bataille de plâtre a disparu, mais les chars défilent toujours place Masséna et poursuivent leur parade le long de la Coulée verte, sous les lancées de confettis et les acclamations de la foule.

Matisse

C’est adulte que j’ai rencontré Matisse, lors d’une rétrospective du peintre à New York en 1992. Nul n’est prophète en son pays. Jean Giono fut longtemps ignoré par les Manosquins, Cézanne par les Aixois, il en est de même de Matisse qui découvrit Nice en 1917 et y séjourna jusqu’aux derniers jours en 1954. À chaque passage il prenait soin de louer des chambres d’hôtel, parfois modestes parfois luxueuses, mais toujours avec des fenêtres donnant sur le bleu du ciel et de la Méditerranée, où la lumière filtrée par les jalousies devenait «tendre et moelleuse», tels étaient ses mots. Cette période, les Américains la qualifient de Nice Period, qui par un jeu de mots se traduit : jolie période.

Pour Matisse, le sujet n’était pas l’objet, le sujet était la couleur, et la couleur était le bleu. Du tableau La Musique, il dira : «[il] était fait avec un beau bleu pour le ciel, le plus bleu des bleus (la surface était colorée à saturation, c’est-à-dire jusqu’au point où le bleu, l’idée du bleu absolu apparaissait entièrement).» Bleus aussi les papiers découpés aux silhouettes de femmes qu’il exécutera à la fin de sa vie, dans son atelier-appartement de Cimiez qui domine la baie des Anges.

Tout au long de son œuvre, non seulement les couleurs se sont simplifiées, mais le trait s’est dépouillé. Il ne reproduit plus, il peint ou découpe son plaisir et invente une nouvelle langue de couleurs et de lignes.

 

 

HÔTELS ET HABITATIONS DE MATISSE

Hôtel Beau Rivage

À côté de l’opéra et près du marché aux fleurs. 24, rue Saint-François-de-Paule.

www.hotelnicebeaurivage.com

Hôtel de la Méditerranée et de la côte d’azur

Aujourd’hui disparu, anciennement situé au 25, promenade des Anglais.

Appartement

3, place Charles-Félix, au 4e étage.

le Régina

Sur la colline de Cimiez, un immeuble d’habitations qui a gardé le nom de l’ancien hôtel. 71, bd de Cimiez.

Musée Matisse

164, avenue des Arènes de Cimiez.

www.musee-matisse-nice.org

Le marché aux fleurs

Entre l’illusion propre au cinéma et la réalité, tout est question de regards. Ainsi, le marché aux fleurs de Nice n’a jamais été aussi beau que sous l’œil d’Alfred Hitchcock dans La Main au collet (1955), où Cary Grant est poursuivi par les policiers entre les étals printaniers des marchands d’œillets, de glaïeuls et de lys, dans un débordement de couleurs en Technicolor.

Les marchands de fleurs sont toujours là. Un jeune curé en soutane noire achète des lys blancs. Seuls les œillets et les glaïeuls ont disparu. Ils ont été remplacés par des pivoines, des tournesols, des lysianthus, des pieds-d’alouette, des roses et des strelitzias. Cours Saleya les façades des maisons se sont parées d’ocre rose ou jaune. Le soir venu, les cafés-restaurants sortent leurs tables et s’emparent de la place, les éclats de rire, les paroles s’emparent du lieu. La nuit recouvre les couleurs, les odeurs demeurent. Au loin, la mer respire.

Marché du cours

Du mardi au dimanche.

La socca

Il y a la «niçoise», salade connue dans le monde entier, aux centaines de recettes, chacune prétendant être l’originale, et il y a la socca, crêpe vegan depuis toujours, à base de farine de pois chiche, d’eau, d’huile d’olive et de sel. Les ingrédients étant réduits à l’essentiel, il n’y a qu’une recette possible, ce qui ne veut pas dire un seul goût, le résultat dépendant de la cuisson. Cuite au four au feu de bois et devant vous, elle s’achète à la portion, que le marchand découpe et vous tend chaude dans une assiette en carton ou une serviette en papier. La socca se déguste à toute heure, sans fourchette, ni baguette, ni couteau, mais avec les doigts, unique preuve de votre passage à Nice. Elle se mange debout dans la rue, non dans les palaces, c’est un plat géographiquement circonscrit à la vieille ville, qui sur les menus résiste à toutes traductions, y compris pour les Russes.

La cathédrale russe Saint-Nicolas

Quatorze ans c’est l’âge aussi de la première Mobylette. Équipé de ma nouvelle monture et de tous mes sens, j’allais parcourir la ville. Dans le quartier Saint-Étienne, je découvris l’église russe. La bâtisse était surprenante et j’étais fasciné par ses dômes en forme de bulbe de tulipe, couverts de tuiles vernissées vert sombre (que l’on nomme vert impérial) et surmontés d’une immense croix que je croyais en or ; je n’avais jamais rien vu de semblable. Les églises du Gesù, de Sainte-Réparate ou la chapelle de Sainte-Rita dans la vieille ville, où ma grand-mère aimait m’entraîner pour déposer une offrande, étaient bien différentes. La plupart du temps, leurs portes étaient grandes ouvertes. Ici, les portes étaient fermées. Le jardin aux abords était paisible, des lapins vagabondaient et l’air y était léger. Curieux, j’entrai. Le décor n’avait rien du baroque italien auquel j’étais habitué ; il était végétal. Des fleurs et des feuilles s’enlaçaient et s’élançaient jusqu’aux voûtes dans un camaïeu de bleu. Était-ce l’or des icônes qui brillait ou l’odeur des cierges qui brûlaient, mais la présence de dieu était pesante. Je suis ressorti le corps et le cœur lourds.

Depuis, j’ai appris que l’église avait été construite à l’initiative de la tsarine Maria Feodorovna. Non seulement elle est devenue le monument le plus visité de la région, plus que le très célèbre Musée océanographique de Monaco, mais elle est en terre russe sur le sol de France.

Cathédrale russe Saint-Nicolas

Avenue Nicolas-II.

Hôtel Beau Rivage

Un hôtel 4 étoiles accoudé à la promenade des Anglais, bercé par les palmiers et les mimosas du jardin Albert-Ier. C’est ici que Matisse pose ses valises à l’hiver 1917. Sur sa toile Ma Chambre au Beau Rivage, on devine les hauts plafonds, un voilage gonflé par la brise, le carré bleu de la baie qui moutonne. Le bâtiment aux façades claires a depuis vu passer le siècle et confié en 2004 ses chambres à la palette contemporaine de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, mais il est toujours là, tout feutré de la même lumière. Cette lumière de Méditerranée distillée par de larges persiennes, qui réveille un rideau de lin, attendrit un fauteuil aux contours de galet, donne ses ombres paisibles au patio intérieur. Et guide le visiteur vers la plage privée, à quelques mètres de là, pour un bain de clarté.Texte Léa Outier. 

Hôtel Beau Rivage

24, rue Saint-François-de-Paule. Tél. +33 (0)4 92 47 82 82.

www.hotelnicebeaurivage.com

© Succession Henri Matisse pour l’œuvre de l’artiste

lieux a part, hotel

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Palais enchantés

Carnet d’adresses

Hôtel Beau Rivage

À côté de l’opéra et près du marché aux fleurs. 24, rue Saint-François-de-Paule.

Tél. +33 (0)4 92 47 82 82.

www.hotelnicebeaurivage.com

Hôtel de la Méditerranée et de la côte d’azur

Aujourd’hui disparu, anciennement situé au 25, promenade des Anglais.

Appartement de Matisse

3, place Charles-Félix, au 4e étage.

le Régina

Sur la colline de Cimiez, un immeuble d’habitations qui a gardé le nom de l’ancien hôtel. 71, bd de Cimiez.

Musée Matisse

164, avenue des Arènes de Cimiez.

www.musee-matisse-nice.org

Marché du cours Saleya

Du mardi au dimanche.

Cathédrale russe Saint-Nicolas

Avenue Nicolas-II.

Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

Air France dessert Nice jusqu’à 6 vols quotidiens au départ de Paris-CDG et jusqu’à 14 vols quotidiens au départ d’Orly.

Au départ de Nice, HOP! AIR FRANCE dessert toute l’année avec la Navette Paris-CDG, Orly, Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Rennes et Strasbourg. Sur la Navette, vous pouvez commander votre repas jusqu’à 24h avant le départ.

KLM dessert Nice par 28 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

Aéroport d'arrivée

Aéroport Nice Côte d’Azur
À 7 km.
Tél. +33 (0)820 42 33 33.

Agence Air France KLM

10, avenue de Verdun.
Aux aéroports.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, à l’aéroport. Tél. +33 (0)825 34 23 43.
www.airfrance.com/cars

A lire

Nice
Gallimard, coll. Cartoville.

Provence et Côte d’Azur
Lonely Planet.

Nice/Cannes
Phaidon, coll. Wallpaper City Guide (en anglais).

Le goût de Nice
Mercure de France, coll. Le petit mercure.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle.