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INDE,
COULEURS
DES
SONGES

Jeune fille durant Holi, la fête des couleurs.

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Fresques du palais Juna Mahal, Dungarpur.

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La mosquée Jama Masjid, en grès rouge et marbre blanc, New Delhi.
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Gardien de l’Udai Bilas Palace, Dungarpur.
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Marchand de couleurs dans les rues d’Udaipur.
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La façade laiteuse du Juna Mahal abrite une féerie de fresques colorées, Dungarpur.
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Homme coiffé du turban rajput.
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Boutique de carnets en cuir, Udaipur.
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Pour Holi, la fête du printemps, les Indiens s’aspergent les uns les autres d’eau et de poudres colorées.

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Joyeuse et fédératrice, Holi est l’occasion de deux jours de festivités dans tout le pays.

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Bois ciselé et fresques anciennes du Juna Mahal, une merveille de l’architecture rajput.
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Vue d’Udaipur depuis le lac Pichola.

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The Leela Palace Udaipur
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Udai Bilas Palace Dungarpur

L’œil sensible et la plume riante, l’écrivain Karine Silla parcourt l’Inde du Nord à l’écoute d’une terre qui se raconte sur tous les tons de l’arc-en-ciel.

Un proverbe indien dit «le voyage est le printemps du cœur». Le début du printemps là-bas, en Inde, on le célèbre en couleur. Holi. À peine arrivés dans le Rajasthan, vêtus de l’habit blanc traditionnel des festivités, nous marchons dans les rues de la ville blanche. Udaipur. Nous déambulons sans repères. Les regards simples et droits illuminent les visages colorés par la fête. Par la fente des volets verts tombe un nuage rose, lancé par les enfants en pleine célébration. Leurs rires réveillent des souvenirs d’enfance endormis. La tristesse est grise. La couleur, c’est l’habit du bonheur. Bleue la nuance du ciel quand on arrive, qui nous force à sourire. Rose. Rouge. Bleu. Jaune. Vert. Violet. Les poudres volent dans l’air remplaçant la poussière. Souvenir des premiers coloris que l’on apprend. Mettre un mot sur cette vision qui nous émerveille. On cherche dans la nature nos teintes préférées. Celles qui nous réconcilient avec la vie. L’envie de rire. L’envie d’espérer. Elles nous unissent, nous poussent à parcourir le monde pour en trouver d’autres, pour embellir les images qui constitueront nos souvenirs. L’Inde en a par milliers. À toutes les heures de la journée, elles changent avec la lumière du soleil, toujours fidèle. Les couleurs qui dominent, celles qui s’effacent dans la nuance. Tout est là. On cherche à reproduire. Le génie des coloristes. La précision d’un pigment. L’influence sur l’humeur. Le poète a ses mots. Le peintre a sa palette pour révéler nos grandes émotions. Qui n’a pas été bouleversé par la beauté des premières fleurs roses ou blanches du printemps sur les arbres ?

 

Il est l’heure de rentrer. Le jour décline. Les rayons du soleil s’infiltrent dans l’impasse. Des plats en métal posés au sol en accueillent l’éclat. De quelle couleur est la lumière ? Une infinité de clartés colorées. Ni blanche, ni jaune mais un reflet multicolore. Toutes les tonalités de l’arc-en-ciel sans aucune délimitation. Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet. Nous voilà de retour vers notre lieu de repos. Un palais en guise d’hôtel. Par la fenêtre, la vue est splendide. La lumière éclaire la façade du temple qui se reflète dans le lac.

La première lueur du matin pénètre dans la chambre. Invitation à la promenade. Udaipur, les fresques en relief miroir du City Palace, construit entre les XVIe et XVIIIe siècles. Les vers de Baudelaire refont surface : «Là, tout n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté.»

La pièce magique que l’on appelle le carrefour du soleil, parce qu’elle est située là où le jour se lève. La cour des paons. Cette cour nous éblouit. Le paon séducteur, dessiné en carreaux d’émail raffinés avec toutes ses plumes ouvertes. Triste, il regarde ses pieds, bien loin de la beauté de son plumage. C’est de la faute du merle, qui s’est plaint au créateur. Pourquoi le paon est-il si beau ? Ah, tu as raison pauvre merle, je t’ai bien négligé. Que puis-je faire pour toi pour me rattraper ? Donne-moi le bec et les pattes du paon, lui qui a tout reçu. C’est pour cela, d’après les Indiens, que cet oiseau tout noir a le bec et les pattes jaunes et que le paon regarde tristement ses pieds qui ne vont pas du tout avec sa tenue d’apparat.

 

"Les rayures sur les colonnes rappellent le dessin du chevron. Illusion d’optique. Les colonnes ne sont pas droites ou est-ce le sol qui penche ? Fantaisie d’architecte cherchant les sensations."

 

Le palais d’émeraude, avec ses feuilles métalliques colorées rouges et vertes, là où le maharaja faisait sa vénération au soleil. La pièce entièrement bleu ciel d’influence perse. Splendeur de l’argenterie. Le merveilleux métal blanc associé à la blancheur de la lune.

C’est la saison des mangues, on s’arrête au marché. Mille trois cents variétés de mangues dans le monde, dont mille en Inde assure avec fierté l’homme à moustache et turban bleu qui nous accompagne. Les tissus des saris égaient le décor. La beauté est partout. Elle ne se contient pas uniquement dans le faste des palais. On marche. On rencontre des sourires. Dans l’atelier des peintures miniatures, un homme nous reçoit en français. Artistes descendants des peintres du XVIIIe. Savoir-faire ancestral qui résiste dans ce pays à la pointe de la technologie. Des pigments naturels de couleurs minérales vives pour les tableaux peints avec minutie, à l’aide de pinceaux fabriqués avec les poils dérobés sur la queue des écureuils. Le voyage se poursuit. Jour après jour, le dépaysement reste total. Udaipur. Les bougainvilliers rampants rose vif sur une façade aux teintes délavées. Sur le mur, des peintures flamboyantes. Le bateau nous promène de rive en rive. Les ailes des oiseaux effleurent l’eau. Le soir tombe sur le lac.

 

À l’aube. L’heure où tout recommence, nous voilà en route pour Dungarpur, la ville des collines. La rangée impressionnante des monts Aravalli, qui débute au pied de Delhi et continue jusqu’au golfe de Cambay. Le plus ancien massif montagneux du pays, abritant le marbre qui revêt le sol des temples, hôtels, palais, monuments… Deux sortes de marbre, le blanc du fameux Taj Mahal et le marbre gris. Il y a aussi cette pierre safran aussi lisse qu’un galet poli par la mer.

Le paysage défile par la fenêtre de la voiture. Où sont passées les couleurs ? Les voilà ! Des arbres orange appelés flammes du désert viennent éclairer la nature plutôt aride. Les vaches allongées en travers de la route ne bougent pas, elles attendent paisiblement que l’air agité par la circulation leur chasse les mouches.

 

De village en village nous voilà arrivés. L’hôtel a été construit en 1860. Ancienne demeure de maharaja. L’appartement, notre demeure d’un soir, d’un goût parfait avec son décor figé dans le passé. Des couleurs que l’on oserait à peine mettre ensemble. Tapis moghols et papiers peints à grosses fleurs que l’on pourrait retrouver dans un intérieur anglais. À nouveau Baudelaire murmure : «Des meubles luisants, / Polis par les ans, / Décoreraient notre chambre ; / Les plus rares fleurs / Mêlant leurs odeurs / Aux vagues senteurs de l’ambre, / Les riches plafonds, / Les miroirs profonds, / La splendeur orientale…»

Déjeuner dans le jardin. Farandole de plats avant la visite d’un palais abandonné. L’un des plus vieux du monde. Juna Mahal. On déambule de pièce en pièce. Solitaires, loin des sentiers battus. L’imagination s’emballe. Les couleurs sur les murs délavées par le temps nous racontent le passage de vies que l’on imagine palpitantes. Des fresques au plafond avec l’histoire de Krishna. D’anciens velours et tapis qui datent de deux cents ans jonchent le sol. Bleu pour la royauté, rouge pour le peuple. Des restes de feuilles d’or incrustées dans les murs. Que murmurent les murs ? Les rayures sur les colonnes rappellent le dessin du chevron. Illusion d’optique. Effet architectural. Les colonnes ne sont pas droites ou est-ce le sol qui penche ? Fantaisie d’architecte cherchant les sensations. Cinq personnes habitent ce palais abandonné à la nature, tentant de préserver quelques traces de vécu. Rencontre avec deux de ces gardiens du temps. Un homme à la chemise bleue et des bagues argent à tous les doigts. Un autre plus vieux dans une ancienne chemise de smoking mille fois lavée et un sarouel blanc.

Suite royale de la reine tout en miroirs. La pièce de la réincarnation. La pièce des dentelles, où logeait la concubine. Les pales du ventilateur brassent un air doux. La nuit est pleine de rêves.

 

Promenade matinale dans la campagne. La beauté de l’Inde dans la lumière du matin. Chaque jour, elle nous émerveille. Splendides paysages. Petites maisons de couleur jaillissant de part et d’autre dans les champs. Des paons traversent la route. Les femmes apprêtées comme pour une noce dans leur sari de teinte vive se rendent au puits. Le cou d’un rouge-gorge. Les gigantesques nids de cigognes.

C’est bientôt la fin du voyage. Nous survolons les collines du Rajasthan. La fête est finie, mais les couleurs sont partout. Nous quittons les lacs pour arriver dans la grande ville.

 

Le marché aux épices de Delhi. Les carottes rouges, l’ail, l’oseille, la cannelle en monticule, les grenades… Inoubliable traversée. Le bleu, c’est la couleur de l’azur, du ciel, des océans, des rivières. Bleu comme la couleur du sari des femmes de pêcheurs.Le vert, c’est la fête. La vie. La joie. L’équilibre, comme cet homme qui porte dans son panier tressé les fruits encore verts de sa récolte. Le jaune, c’est le centre du soleil. La lumière. Souvenirs précieux que j’emporte. Une femme lave son linge au bord du lac, elle porte un sari jaune avec des brillants qui le bordent. Hymne à la beauté, à l’élégance. Les tissus légers volent portés par le vent.

 

Orange, c’est la couleur du soleil qui se couche et se reflète dans la noirceur du lac et celle du henné qui teinte les barbes blanches.

Le jaune, le brun, la couleur des épices qui ont bouleversé les sensations culinaires. Le rouge, celle de la victoire et de l’amour. On n’en a jamais assez. Elles portent un point rouge au centre du front, ces femmes qui nous sourient.

Le rose des tuniques, comme toutes les couleurs pastel, adoucit les traits des jeunes filles.

Le blanc, la paix, la lumière, blanche comme les chemises des hommes que l’on trouve sur les marchés empilées par centaines. Comme les plumes de l’oiseau, l’aigrette blanche qui se dandine dans les champs de blé à côté des femmes qui cultivent.

Le noir, celle de l’oubli et de la nuit qui tombe sur le lac empreint de mémoire.

Lieu d’écriture

Udai Bilas, grande maison située dans la campagne. Loin des bruits et de l’agitation des villes, le calme est partout. Dans un lieu où le temps ne file pas, je me lance plus facilement à la recherche des mots enfouis. Sur ce bureau en bois et ses effluves d’ambre, je creuse avec ivresse dans la mémoire oubliée. Dans cette pièce à l’étage, où rien n’a bougé depuis les années 1930, égale aux souvenirs que l’on pioche dans une ancienne boîte tapie au fond du cœur. Le lac que l’on aperçoit par la fenêtre inspire une paix profonde. Le silence qui laisse la place aux mots seulement si on les pose sur le papier.

The Leela Palace Udaipur

L’arrivée se fait par bateau. Une sensation de déjà-vu. Les palais sur l’eau. Le transport sur bateau ancien de rive en rive. La splendeur de Venise ? L’hôtel, à quelques minutes du centre-ville, dans ses dégradés de couleurs chaudes, ocre, rouge et or, est blotti dans un parc paysager. Très agréable de se poser dans le jardin exposé à la douceur de la brise et aux chants des oiseaux. Les chambres sont grandes, reposantes, et la vue époustouflante sur le lac Pichola et le City Palace, magnifique de jour comme de nuit. Le personnel est à l’écoute, prompt à rendre service. Plusieurs spécialités gastronomiques européennes et indiennes, avec mention spéciale pour le poulet tandoori.

The Leela Palace

Lake Pichola, Udaipur. Tél. +91 294 670 1234.

www.theleela.com

Udai Bilas Palace Dungarpur

C’est un palais du XIXe surplombant le lac de Gaib Sagar, à Dungarpur. Impossible de ne pas s’exclamer devant la beauté de la cour intérieure en marbre bleuté. Il faut demander une chambre à l’étage. Elles sont spacieuses et restées dans leur jus des années 1930. Le mobilier, les tableaux, miroirs, alcôves, têtes de lit, papiers peints, sols en miroirs, chandeliers… Pas de téléphone ni de télévision. La salle à manger est magique. Savant mélange d’Art déco et d’architecture rajput. Pas de carte. Les plats sont installés sur les buffets, devant cette table unique, immense, taillée dans du marbre avec au centre un bassin illuminé.

Udai Bilas Palace

Dungarpur. Tél. +91 296 423 0808.

https://udaibilaspalace.com
marché fleurs, nice, grasses

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Je ne suis pas né à Nice,
mais à Grasse.
Je n’ai pas vécu à Grasse,
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Carnet d’adresses

Hôtels

The Leela Palace

Lake Pichola, Udaipur. Tél. +91 294 670 1234.

www.theleela.com

Udai Bilas Palace

Dungarpur. Tél. +91 296 423 0808.

https://udaibilaspalace.com

Fateh Prakash Palace

L’hôtel-palais est posé sur la rive orientale du lac Pichola, parfaitement situé, proche du centre-ville, à 300 m du célèbre musée du City Palace. De son immense terrasse, là où sont servis les repas, on assiste chaque soir au spectacle du soleil qui se couche. The City Palace Complex, Udaipur. Tél. +91 294 252 8016 / 19.

https://www.hrhhotels.com

The Imperial

Un hôtel moderne extrêmement luxueux, situé dans un magnifique jardin au centre de New Delhi. Le personnel est chaleureux et vous accueille avec la même intimité que si vous arriviez dans une maison d’hôtes. Plusieurs restaurants proposent une cuisine du monde entier, mais je vous conseille grandement le restaurant chinois et son poulet laqué au miel. Janpath Lane, Connaught Place, New Delhi. Tél. +91 11 2334 1234.

www.theimperialindia.com

Organiser son séjour

La Maison des Indes

Agence de voyages spécialiste de la destination, la Maison des Indes propose de nombreux circuits à travers le pays, dont Tout le Rajasthan (15 jours/13 nuits). Ses conseillers sauront vous aiguiller pour concevoir le voyage qui vous correspond. Tél. +33 (0)1 56 81 38 38.

www.maisondesindes.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

Air France dessert New Delhi par 1 vol quotidien au départ de Paris-CDG.

KLM dessert New Delhi par 1 vol quotidien au départ d’Amsterdam.

Aéroport d'arrivée

Aéroport international Indira-Gandhi.
À 23 km.
Tél. +91 124 337 6000.

Bureaux Air France KLM

Aux aéroports.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

A lire

Karine Silla a publié Monsieur est mortet Autour du soleil
aux éditions Plon.

Son dernier roman L’Absente de Noël vient de paraître aux éditions de L’Observatoire.

Rajasthan
Gallimard, coll. Encyclopédies du voyage.

Rajasthan
Hachette, coll. Guides bleus.

Inde du Nord
Lonely Planet.

Le Goût de l’Inde
Mercure de France, coll. Le petit mercure.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle.