Podalydès, Comédie, Française

Podalydès
et cætera

Maquette préparatoire pour l’un des habits du rôle-titre.
Podalydès, Comédie, Française

Metteur en scène du Comte Ory pour l’Opéra-Comique, Denis Podalydès a fait appel à Christian Lacroix pour les costumes.

Podalydès, Comédie, Française
Ci-contre, patrons pour les pantalons des chanteurs.

Comédien et metteur en scène, scénariste et écrivain... Il incarne pleinement la devise de la Comédie-Française : «être ensemble et être soi-même». Explorer tous les territoires, seul ou avec la troupe, jouer des mots et des émotions, en artiste complet.

Cet automne, vous êtes acteur dans Les Damnés et metteur en scène des Fourberies de Scapin. Le passage se fait-il naturellement ?

J’ai toujours été acteur et metteur en scène simultanément. Avec mon frère Bruno, nous écrivions des pièces que nous mettions en scène à la maison. À l’école, j’aimais décortiquer les textes littéraires, les analyser. Et très naturel-lement, j’ai éprouvé le besoin de dire aux autres ce qui me semblait devoir en ressortir.

Lorsqu’Éric Ruf vous a proposé de mettre en scène Scapin, vous êtes-vous réjoui de vous atteler à un tel monument ?

Au contraire, j’ai hésité. J’avais en tête des modèles de mise en scène très forts, j’avais peur qu’ils m’inhibent. Alors j’ai lu et relu Molière. Le déclic a été de proposer le rôle-titre à Benjamin Lavernhe. Et puis, avec les classiques, on trouve, dormant entre les lignes, une capacité de vie énorme, un grand effet de modernité. Mais je ne me pose jamais la question de l’actualisation. Je n’essaie pas de rendre les choses accessibles, de remplacer un mot par un autre pour plus de clarté. Je parie sur la capacité du spectateur à se projeter dans la pièce, à entrer dans une certaine universalité, à établir des connexions insoupçonnées. La mise en scène ne doit jamais avoir la fonction du «ceci veut dire que…», mais révéler les potentiels d’une pièce.

En 2009, Jérôme Deschamps, alors directeur de l’Opéra-Comique, vous a proposé de mettre en scène Fortunio d’André Messager. Comment avez-vous abordé cette première rencontre avec l’opéra ?

J’ai accepté en ne sachant pas du tout où j’allais. Je n’étais pas un connaisseur. J’avais découvert l’opéra enfant, lorsque ma grand-mère m’avait offert un coffret de Don Giovanni puis emmené voir La Flûte enchantée au cinéma. Plus tard, j’écoutais des opéras baroques, certains Wagner aussi, l’ouverture de Lohengrin ou de Parsifal, mais de manière un peu désordonnée. Quand j’ai entendu Fortunio, je l’ai profondément aimé. Je connaissais bien le sujet du livret, adapté du Chandelier de Musset, mais pas le compositeur. Alors je me suis surtout occupé de la musique en nouant des liens avec le chef d’orchestre, Louis Langrée, qui dirigera aussi Le Comte Ory. Il a fait preuve d’une très grande générosité : je suis allé plusieurs fois chez lui, il commentait la partition, je prenais des notes. Heureusement, pour cette première expérience, je m’attaquais à un opéra plutôt méconnu. J’ai aussi travaillé aux côtés d’Éric Ruf, chargé de la scénographie, comme pour Le Comte Ory. C’est quelqu’un en qui j’ai confiance, qui s’assure que je ne fais pas d’erreur. C’est un «regard frère». J’en ai besoin, cela m’aide à affronter le doute.

Le comte Ory, ce séducteur déguisé en prêtre pour tenter de conquérir une veuve esseulée, la comtesse Adèle, dont le frère est parti en croisade, n’est-ce pas encore une histoire de fourberies ?

Oui, mais je ne voulais surtout pas que cela tourne à l’opéra bouffe second Empire grivois, avec une espèce de petit Don Juan de province faisant des œillades à une comtesse frustrée et stupide. J’ai voulu, avec l’accord des interprètes, être au plus près d’un roman de Stendhal, lui-même fasciné par Rossini. Je voulais un romantisme non pas sentimental, mais énergique, fou, naïf. Un détail m’a frappé : à la création du Comte Ory, en 1828, la censure avait refusé que celui-ci soit prêtre. Alors j’ai fait du comte un vrai prêtre et de la comtesse une femme malheureuse et puritaine, à l’époque de la première conquête d’Algérie en 1830. Il y aura donc une transposition claire. Je voulais que l’histoire se passe dans une église puis dans une crypte, qu’il y ait des cierges, des crucifix, que ça sente la sacristie. Et surtout, que la comtesse soit amoureuse du comte, qu’elle le désire sans pouvoir se l’avouer, et que lui aussi soit amoureux d’elle à la folie. La musique de Rossini célèbre ainsi l’inconscient des personnages enfermés dans leurs carcans, luttant contre leurs désirs.

On connaît un peu moins cette facette de votre personnalité, mais vous êtes aussi l’auteur de plusieurs livres, dont un roman, Fuir Pénélope. Comment l’écriture vous nourrit-elle ?

Enfant, je rêvais de devenir écrivain. J’ai gardé des tonnes de cahiers que je ne relis jamais, mais qui témoignent de ce goût. Mes moments d’écriture sont des moments volés, en tournage, en voyage. Actuellement, j’ai un projet de livre qui s’appellera sans doute Instants disparus. J’y parle du manque : d’un sens, d’un objet, d’un visage. D’ailleurs, la mémoire et son manque me préoccupent beaucoup en tant qu’acteur. Contrairement aux romanciers purs, je ne sais pas puiser dans l’imagination. Je ne peux travailler qu’à partir d’une matière autobio- graphique.

Vous êtes donc l’homme de plusieurs vies ?

Disons que je m’implique dans tous les «départements» de la vie d’un acteur. L’acteur peut jouer des pièces, tourner des films, mettre en scène, lire des textes en public, en enregistrer, en écrire, monter des opéras… J’ai l’impression de répondre ainsi à toutes les sollicitations du métier. Même si j’essaie de ralentir un peu depuis que j’ai des enfants, une famille.

Les Damnés

Jusqu’au 10 décembre. Comédie-Française.

www.comedie-francaise.fr

Les 7 boules de cristal

Les 25, 26, 27 et 28 décembre à 20h30 sur France Culture. Denis Podalydès interprète le professeur Tournesol dans cette fiction – coproduction France Culture/Moulinsart/Comédie-Française.

Le Comte Ory

Du 19 au 31 décembre. Opéra-Comique. www.opera-comique.com Les 12 et 14 janvier. Opéra royal du château de Versailles.

www.chateauversailles-spectacles.fr

Les Fourberies de Scapin

Jusqu’au 11 février. Comédie-Française.

www.comedie-francaise.fr

Agenda

LES 7 BOULES DE CRISTAL

Les 25, 26, 27 et 28 décembre à 20h30 sur France Culture..

Denis Podalydès interprète le professeur Tournesol dans cette fiction – coproduction France Culture/ Moulinsart/Comédie-Française.
Flore Larrazet, interview

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Flore Larrazet