Correspondance

Bordeaux
le goût de la
métamorphose

Silhouette effilée du chai Château Les Carmes Haut-Brion conçu par Philippe Starck et Luc Arsène-Henry.

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La Cité du Vin, vaisseau futuriste dessiné par les architectes Anouk Legendre et Nicolas Desmazières.

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Salle de dégustation au Château Les Carmes Haut-Brion.

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Monument aux Girondins de l’esplanade des Quinconces, place emblématique du centre-ville.

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L’épicerie fine Julo, du quartier cosmopolite Saint-Michel
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Fontaine de la place du Palais, création de Lesgourgues et Latherrade

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Le Comptoir Bordelais, à Saint-Pierre, le centre historique de Bordeaux.
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Bar à Vin de la Maison Gobineau.

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Entrée de la Maison Gobineau, un bâtiment XVIIIe

où siège le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux.

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Au Jardin Public, un territoire de verdure au coeur de la cité.
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Château du domaine Les Carmes Haut-Brion, entouré de 5 hectares de vignes en pleine ville.

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Agora, biennale bordelaise d’architecture, d’urbanisme et de design.

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Espace dédié au Tour du Monde des Vignobles de La Cité du Vin.
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La Maison Gobineau, dont la forme de proue de navire rend hommage au passé maritime de la ville.
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Le Jardin Public, classé Jardin remarquable par le ministère de la Culture.

Du Port de la Lune à la rutilante Cité du Vin, l’écrivain Anna Moï hume l’air nouveau qui souffle sur la capitale girondine. Dégustations inventives, vignes citadines ou art contemporain à ciel ouvert, l’auteur fait une vendange de pépites vivifiantes.

« Dans ma famille, aux repas, on parlait toujours de cette garce, la Garonne, qui était toujours en train de nous emmerder, de monter, de descendre, de manquer d’eau, d’avoir trop d’eau, trop de courants, etc. », aimait à répéter Michel Serres, notre philosophe national. Son père draguait le fleuve et en connaissait bien les pièges – bancs de sables mouvants, hauts-fonds sournois, courants perfides.

Arrivant à Bordeaux, la Garonne donne coquettement un coup de hanche et se fait enjôleuse. Sur sa rive gauche, en écho, la ville aligne une litanie de façades distinguées le long de ses 4 500 mètres de quais, comme un palais extrême commencé on ne sait où et qui va se finir dans la mer, peut-être, on ne sait pas. Comme un Fata Morgana, ces mirages qui se décalent sans cesse.

Chais cachés

Mes hallucinations n’en sont qu’à leurs furtifs débuts. Quai de Paludate, nous passons devant le chai Descas, un château de plantureuses proportions construit au XIXᵉ siècle par un tonnelier, pour y entreposer des vins. Le chai connut ensuite plusieurs vies : boîte de nuit, bar, restaurant. Mercure, chérubins et pampres de vignes en saillie sur la façade continuent d’exaspérer le voyeur.

Plus discrets, mais non moins fastueux, les chais de la famille Bernard, négociants en vins, affichent un trompe-l’œil d’austérité sur le même quai. Au 90, une discrète grappe de raisin sur l’un des frontons est la seule syntaxe visible de la vocation des lieux. Dans la cour, l’ornement se volute en trois croissants de lune, symbole de la cambrure du fleuve, emblème de Bordeaux. Derrière les discrets murs, s’étendent 3 hectares de trésors, bouteilles superposées dans des caisses elles-mêmes empilées sur plusieurs niveaux – 3 à 4 millions selon les périodes. Bientôt, les murs barbouillés en noir par un champignon qui se développe dans le voisinage des bouteilles seront ravalés, et des palais modernes construits pour mieux entreposer les flacons qui seront livrés à des restaurants ou à la clientèle privée, en Europe, aux États-Unis et en Asie – le monde étant devenu une province.

Il faudra remonter tous les quais de la rive gauche (en tram, en navette fluviale municipale, ou sur un vélo prêté par la ville), passer la porte Cailhau, édifiée en 1494 à la gloire de Charles VIII, la place de la Bourse, la place des Quinconces, et filer à l’autre extrémité de l’arc qui donne au centre historique son nom de Port de la Lune, pour trouver d’autres chais, ceux du quartier des Chartrons. Du temps où les négociants hollandais, anglais et allemands stockaient le vin dans l’efflorescence du salpêtre, on y chartronnait avec élégance. Livrés à l’humidité et la racaille dans les années 1960, carrément abandonnés après le lent déplacement du port de Bordeaux à 100 kilomètres en aval du fleuve, les bâtiments se délabrent et restent désaffectés jusqu’au nouveau millénaire. Aujourd’hui, rien ne subsiste de cette ambiance de bas-fond : les chais ont été réhabilités en de pimpantes boutiques. Les antiquaires côtoient cavistes et restaurateurs, comme dans tous les lieux sauvés de haute lutte de la déchéance.

Sur la rive opposée, Anouk Legendre et Nicolas Desmazières, les architectes de La Cité du Vin, se font l’écho de la renaissance de la zone. Ils dessinent un monument qui est une ondulation surmontée d’une vague aérienne à la Hokusai. Du parcours d’environ deux heures qui s’achève avec une dégustation, j’ai préféré le Buffet des 5 sens. Sur un vaste plateau sont exposés des entonnoirs à arômes, actionnés par une poire en caoutchouc et connectés à une cloche enfermant les essences qu’évoquent les sommeliers avec mystère : fleurs blanches, gant de cuir, bonbons à la menthe, biscuits Petit-Beurre, copeaux de crayons de couleur…

Dans l’arrondi de l’arc de lune, à l’est de la ville, le nouveau chai du Château Les Carmes Haut-Brion, présenté comme «une lame brute et minimale», inscrit une vision aussi futuriste que le bâti historique fut baroque.

La victoire des vignes

Cernée par ces lieux extravagants de conservation du vin, je bifurque vers le quartier de Mériadeck, où des pieds de vigne escortent le tram sur quelques centaines de mètres, créant une illusion d’égarement. Le sortilège ne s’évanouit pas quand je déjeune au Bistro du Sommelier : mes rognons de veau sont accompagnés d’une carte héroïque de vins, une centaine d’appellations que l’on peut commander au verre. Après le déjeuner tardif, il reste un temps limité, avant l’heure de l’apéritif, pour explorer les pampres architecturaux des allées de Tourny, du cours de l’Intendance et du cours Clemenceau qui dessinent à trois un triangle parfait. Ici, sur l’arrondi d’un angle d’immeuble, une dégringolade de vignes en pierre taillée, surmontées d’une tête de lion, tempère la rigueur classique d’une architecture bourgeoise. Là, quelques frontons de portes des allées de Tourny, côté pair, sont ornés de coquilles Saint-Jacques volutées à décor de treille.

La redondance de l’allégorie du raisin est la signature de la cité. Par souci d’exhaustivité, je pousse jusqu’à la place de la Victoire où vignes et vignerons, Bacchus et Dionysos sont sculptés dans le bronze au pied de la colonne centrale, puis à la Bourse du travail, bâtiment Art déco doté d’un bas-relief, portant emblème de la viticulture et d’autres métiers de la ville.

Quand les icônes qui rendent hommage aux grands millésimes sont aussi nombreuses, l’exploration de ses arcanes se fait impérieuse. On peut commencer chez Max Bordeaux, spécialiste de crus réputés – Château Latour, Château Angélus, Château d’Yquem – ou découvrir des vins du monde entier Aux quatre coins du vin. On peut préférer la Maison Gobineau, un hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle façon faux paquebot, s’asseoir à l’intérieur de sa «proue» et du bar à dégustation qu’y tient le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux. Et finir Chez Le Pépère, une institution où un seul vin, la sélection du patron, est servi chaque jour. Parfois, l’absence de choix est un soulagement.

L’enchantement ne se limite pas aux lieux sans cesse renouvelés de la ville : quais revivifiés, quartiers réincarnés, bâtiments en résurrection. Les êtres aussi s’y retrouvent face à des avatars – homme de bronze d’Antony Gormley, alter ego de corps humains mis en perspective à travers la cité sous le titre : Another Time. Un autre temps ? D’autres temps ?

Lieu d’écriture

Pour tenter d’échapper à l’ubiquité œnologique, je retrace mes pas vers la place Renaudel où quelques mois plus tôt se tint l’Escale du livre avec 60 auteurs présents. Sur le stand de La machine à lire, j’amorçai l’incipit d’un futur roman policier avec la complicité de mon voisin de dédicace, Nicolas Fargues.  La place est méconnaissable sans la tente des libraires. Mon escale fut calme, sans livres. Dans l’abbatiale Sainte-Croix, un chœur répète avant un concert le soir. Voix de belles résonances, voûtes de somptueux volumes. Rapidement, je réalise qu’il est impossible d’écrire à Bordeaux, même en m’exilant sur la rive droite. Assise sur le pont de l’Estacade, un restaurant sur pilotis du quai des Queyries, je comprends que mon regard ne pourra jamais se détacher du palais démultiplié de la rive d’en face, ni du double infini de son reflet, pour se fixer sur une page d’écriture.

Hôtel des Quinconces

Bordeaux a une relation séculaire avec le bois : celui des bateaux qui sillonnaient la Garonne, des charpentes des hôtels particuliers et des tonneaux où se bonifient les meilleurs jus de raisin. Ici, à deux pas des 12 hectares de la place des Quinconces, qui doit son nom à une façon de planter les arbres qui la bordent, chacune des 9 chambres de ce bâtiment néoclassique porte le nom d’une variété, dont l’essence inspire alors l’atmosphère des lieux. Santalum, Jatoba, Érable, Kinmokusei ou Chêne invitent au voyage. Le lounge Xanadu, voisin du jardin zen, accueille lui les petits déjeuners, des expositions ou des concerts. Texte Violaine Gérard

Hôtel des Quinconces

22, cours du Maréchal-Foch. Tél. +33 (0)5 56 01 18 88.

https://hoteldesquinconces.com
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Bordeaux
le goût de la
métamorphose

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. © Luc Arsène-Henry - Philippe Starck - XTU Architects & Casson Mann © Emmanuelle Lesgourgues, Frédéric Latherrade © Clémentine Manon / ECV Bordeaux

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle. Map for illustration purposes only

carte blanche

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de quiétude

Carnet d’adresses

Hôtel des Quinconces

22, cours du Maréchal-Foch. Tél. +33 (0)5 56 01 18 88.

https://hoteldesquinconces.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

Fréquence des vols

Air France dessert Bordeaux par 43 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG et 85, au départ de Paris-Orly.

KLM dessert Bordeaux par 35 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

Aéroport d'arrivée

Aéroport de Bordeaux- Mérignac..
À 12 km.
Tél. +33 (0)5 56 34 50 50.

Bureaux Air France KLM

Aux aéroports.

Réservations

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

Hertz, aux aéroports :

Tél. +33 (0)5 56 34 59 87.

www.airfrance.com/cars

A lire

La plupart des romans et nouvelles d’Anna Moï sont parus aux éditions Gallimard ou aux éditions de l’Aube. Celles-ci ont publié en 2017

Le pays sans nom. Déambulations avec Marguerite Duras.

Bordeaux
Gallimard, coll. Cartoville.

Bordeaux et le bassin d’Arcachon
Gallimard, coll. GEOguide.

Bordeaux en quelques jours
Lonely Planet.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle.