Sonia Seff, Fibre optique

Sonia Sieff
fibres optiques

Sonia Sieff (à droite) et Lucille Léorat, directrice du style chez Éric Bompard.

Sonia Seff, Fibre optique

Autoportrait de la photographe portant le modèle Contre ma peau.

Sonia Seff, Fibre optique

Une collection capsule créée à quatre mains.

Photographe parisienne reconnue, l’artiste a prêté son œil et sa sensibilité à la maison Bompard pour une minicollection inspirée.

Dans ce café des Abbesses, à Montmartre, une rangée de beaux garçons quadragénaires la regardent de façon mélancolique, presque agneaux dans leur abandon du matin. Elle, c’est Sonia Sieff. Une grande et belle tige de 1,77 m, bien posée sur ses pieds, sa vie, son quartier, ses voyages. C’est l’heure du réveil et des conversations bancales. Sonia Sieff appartient à ces êtres au regard en mouvement constant. Il scanne la rue, les passants, les pavés, un rayon de lumière, un sucre dans la tasse. «Je passe mon temps à regarder dehors. Il ne faut surtout pas m’empêcher de m’évader ainsi. Cela m’appartient. C’est ma curiosité. Je me nourris de ce qui se passe autour. En mutation permanente, en rêverie, c’est pour cela que j’aime ce quartier irréel. Le fait de vivre autrement, de ne pas être en prise avec une sorte de quotidien. Je n’aime pas les choses prévisibles.» 

Ce pourrait être lassant et désobligeant, mais on n’imagine guère un boulanger sans son talc de farine, un mareyeur sans de larges paluches écorchées à l’iode. Donc, le photographe passe son temps à voir. Il y a son regard. Et puis son œil. Plus libre, plus poétique, plus philosophe.

Aujourd’hui, Sonia Sieff n’est pas venue parler de ses clichés, de son travail unanimement salué (Les Françaises, éditions Rizzoli, 2017), mais d’une singulière aventure auprès des cachemires Éric Bompard. Avec la directrice du style maison, Lucille Léorat, elles sont parties à la recherche de ce qui pourrait être des vêtements dociles et aimants, se pliant au gré des humeurs, s’allongeant dans un Soleil d’hiver (un gilet à torsades jaunes), s’emmitouflant dans un sweat à capuche (Le grand voyageur), rasant le cou en rose (Le piquant). Il y a aussi Le contre ma peau (pas besoin de faire un dessin), Le joueur (en V, recto verso), Le nostalgique, façon écrivain et son revival 1970 (esprit Susan Sontag, Joan Didion).

Ce matin, Sonia porte un pull montant aux tonalités gris doux. «Il s’appelle Le gros chagrin, c’est comme un rempart au monde extérieur, avec un clin d’œil à Romain Gary et son Gros-Câlin. Du reste, c’est étrange car ce matin, j’ai pleuré.» Ne pas poser de question.

Ce pull pourrait être un livre ouvert. Sonia y a mélangé des tons (on dit «mouliné»), comme du reste dans sa vie, où elle essaie de ne jamais être devancée. «Ce n’est pas, dit-elle au-dessus de son cappuccino, parce que j’ai pris du thé vert quatre fois de suite que je vais continuer. Je n’aime pas qu’on me coince, qu’on me case… J’aime bien déjouer la logique attendue et me surprendre moi-même.» C’est son «chiné» à elle. Ce serait cette alternance de cieux (le Japon, la Grèce), la passion pour la lecture (en ce moment Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes ; André Hardellet, Lourdes, lentes ; Beauvoir ; le Robert à n’importe quelle page). Ce serait aussi la marche dans les montagnes, l’ultrasensibilité de ses pellicules (3200 ISO). Cela donne du grain aux nuits comme celui qu’elle apprécie avec un papier, une plume, l’encre, les gommes. Lorsque l’on parle de Sonia Sieff, on parle d’elle comme d’une «femme française», en référence miroir à son livre de photo. «Je ne sais pas si ce mythe existe vraiment, dit-elle. La Parisienne serait unique, elle a son caractère, elle n’est pas soumise, elle est dans l’engagement.» Elle parle aussi. Cite Doisneau : «Combien de fois encore verrai-je refleurir les merveilleux marronniers du boulevard Arago ?» Puis s’en repart, vers son ciel de Montmartre.

© Vivian Daval - Sonia Sieff

Michel Perry, photo, noir et blanc

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Michel Perry