Michel Perry, photo, noir et blanc

Michel Perry

Michel Perry, illustration, Italie

La silhouette du dressing à chaussures s’inspire d’une malle de voyage 1930. Plaqué de macassar et gainé de soie crocus ou de toile mackintosh, il accueille une quinzaine de paires de souliers nichée dans son intérieur laqué rouge Moissonnier.

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec un artiste-chausseur.

Il passe sa vie à nos pieds. Dès les années 1980, Michel Perry conçoit escarpins, sandales, boots, bottes pour approcher, séduire et mettre en valeur une femme imaginée et réservée – le feu sous la glace. Le secret ? Un savoir-faire bottier incontesté et une excentricité frondeuse, décalée tel un pas de côté, qu’il cisèlera pendant trente ans. L’impertinence du détail, qui fait ici à la chaussure l’honneur de devenir soulier et signe une allure. Craignant de ne plus savoir dessiner une collection si son crayon trace quoi que ce soit d’autre, il s’attache à peaufiner les chaussants, encore et toujours. Pourtant en 2000, il retourne aux Beaux-Arts : la peinture lui manque trop. Il apprend à croquer en quelques minutes une attitude, une expression, à «laisser parler l’énergie». Cette «forme de thérapie» l’aide à rebondir sur ses collections. Comme un tableau, la chaussure est un défi et une histoire. Il peint, expose et surtout «réveille les belles endormies», comme J.M. Weston en 2001, apportant un subtil accent contemporain à leurs traditions. Élégant, Perry joue au prince charmant malicieux, mais respectueux des savoir-faire. Il vient d’imaginer pour Moissonnier un dressing à chaussures – intemporel «dandysme à l’anglaise» –, fantaisie inattendue pour ce presque retraité qui vit entre Paris et sa demeure en Bourgogne. Une autre endormie (acquise fort délabrée) : un château revisité de contemporain par cet artiste rock, qui aime créer des incidents et ainsi «perturber le lisse».

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… l’Italie. Je suis un adepte de ce pays, dont j’aime beaucoup la langue, les habitants et la gastronomie. J’y fabrique mes collections depuis 1980, à l’exception de celles pour Weston (Limoges). Je l’ai parcouru en tous sens : Milan, Côme, Venise et le Brenta, Vicence, Padoue, Vérone et, en ce moment, la Calabre et les Pouilles, la pointe et le talon de la botte italienne ! Rive adriatique, la côte est rocheuse, mais sableuse au bord de la mer Ionienne. J’aime l’incroyable lumière de ce Sud, l’ambiance de casbah, toute l’influence de l’Afrique sur l’architecture. À Gagliano del Capo (Pouilles), je passe des vacances dans le palazzo d’un ami (dessin) – depuis mon retour aux Beaux-Arts, je ne sors jamais sans un bloc de papier, de l’encre de Chine et des plumes en bambou pour “croquer” le monde à tout instant.»

© Nicolas Hidiroglou - Romain Ricard - Michel Perry - Moissonnier

Koeslag, montre, Horlogerie

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Pim Koeslag