Véronique Gens, art, musique
La voix
dans les cieux
Véronique Gens, art, musique
Partitions du fonds parisien du Palazzetto Bru Zane
Véronique Gens, art, musique
Centre de musique romantique française, avec lequel collabore Véronique Gens.
Véronique Gens, art, musique
Le diapason fétiche de la cantatrice.
Véronique Gens, art, musique
Véronique Gens

Tragédienne prolifique, Véronique Gens parle comme elle chante, avec chaleur et passion. La soprano est devenue une singulière ambassadrice de la langue française, défendant avec rage les grandes héroïnes d’un répertoire romantique français oublié. Entretien sur le vif, ponctué d’onomatopées musicales.

«Fureur barbare», «Tristes apprêts, pâles flambeaux», «Haine implacable» : les airs qui vous ont rendue célèbre ne portent pas à la franche gaieté. Votre génie vocal serait-il celui de faire pleurer ?

(Rires) Honnêtement, il est plus facile d’émouvoir les gens en les faisant pleurer qu’en les faisant rire. On m’attribue un petit côté mélancolique alors que, dans la vie, je suis plutôt gaie. Petite, c’était moi le clown de la maison. Mais je suis spécialisée dans les rôles de femmes pas très heureuses, c’est vrai, et cela me va : on a tant de choses à exprimer dans le désespoir et dans le malheur. Mon type de tessiture centrale – que l’on qualifie de soprano «falcon» [en référence à la soprano dramatique Cornélie Falcon, NDLR] – me contraint aux larmes car il se situe à un endroit où l’on peut toucher les gens avec ce que l’on a à dire.

Mozart vous a-t-il révélée au monde ?

Pendant longtemps, j’ai eu besoin de prouver que j’étais capable de chanter autre chose que du Delalande ou du Monteverdi. Aujourd’hui c’est fait, grâce à Mozart, qui m’a fait tellement de bien. Dans la musique baroque, on est toujours très tenu et là, tout d’un coup, vouuuuh !, j’ai eu l’impression de véritablement chanter. Maintenant la boucle est bouclée grâce au Palazzetto Bru Zane [Centre de musique romantique française, installé à Venise, NDLR]. Redonner vie à Alfred Bruneau ou Benjamin Godard – ou reprendre d’une manière toute personnelle la première version inédite de «l’Air des bijoux» de Faust –, c’est exactement ce que je faisais avec Les Arts Florissants il y a vingt-cinq ans, l’expérience en plus et avec ma voix actuelle, plus large et capable d’affronter de gros orchestres.

Si cette musique romantique est si belle, pourquoi est-elle tombée dans l’oubli ?

Pff, un mystère… Au début, je ne savais pas du tout ce que c’était, et puis, en la chantant, je me suis dit : «Waouh, c’est sympa». Tout à coup, j’ai commencé à vendre des contre-ut et des contre-si que je ne faisais jamais auparavant ! Je suis donc absolument ravie de collaborer avec le Palazzetto à la redécouverte de la musique française du XIXe siècle. Ils me font confiance et je me sens vraiment bien vocalement avec eux.

Est-ce parce que votre diction respire au rythme de votre parole que vous réussissez à nous faire savourer la chair de l’opéra français ?

Physiologiquement, les sopranos demeurent difficilement intelligibles dès qu’elles sont au-dessus de la note de passage. Il est évident pour moi qu’en tant que Française, il faut absolument qu’on comprenne tout ce que je chante. Quand on doit vocaliser un r roulé sur un a naturel avec un o après, il faut tout de même qu’on entende le mot «rose». Pour y arriver, il suffit de faire simple, simple, simple et de raconter une histoire en respectant un texte – et sans se tordre la bouche comme çà : ouh-ouh-ouh ! La langue française n’est tellement pas vocale ! Non, mais vous entendez ce son «hon-hon» ! C’est une langue qui vient du nez. Comment voulez-vous émettre un beau son avec votre nez ?

Hormis une incursion dans les Dialogues des Carmélites de Poulenc, vous avez peu abordé la musique moderne. Après tant de recréations, pourquoi pas de créations ?

La musique de Poulenc est si belle et la façon dont l’a montée Olivier Py tellement naturelle ! J’avoue que je ne connaissais pas cette Mme Lidoine, cela a été un véritable choc pour moi que de chanter ce rôle de prieure créé par Régine Crespin. Le XXe siècle, j’y suis donc prête. Seul le XXIe me fait peur. Mais que quelqu’un écrive quelque chose pour moi et je l’interprèterai avec plaisir !

 

La veuve joyeuse, Franz Lehár

Jusqu’au 21.10. Opéra-Bastille, Paris.

www.operadeparis.fr

Dialogues des Carmélites, Francis Poulenc

Du 8 au 23.12. La Monnaie, Bruxelles.

www.lamonnaie.be

Du 7 au 16.02. 2018. Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

www.theatrechampselysees.fr

Faust, Charles Gounod

Le 14.06.2018. Version inédite. Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

www.theatrechampselysees.fr

Et aussi…

Visions, airs d’opéra, de cantate et d’oratorio de Bizet à Niedermeyer

par Véronique Gens et Susan Manoff. CD Alpha Classics / Palazzetto Bru Zane.

Proserpine

opéra de Saint-Saëns, avec Véronique Gens. CD Palazzetto Bru Zane.

Agenda

Dialogues des Carmélites, Francis Poulenc

Du 8 au 23.12.

La Monnaie, Bruxelles.

www.lamonnaie.be

Whitney Bromberg Hawkings

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