coree, seoul, art

Corée
“Quand les
tigres fumaient
la pipe…”

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«Les rêves d’hier, les récits de jeunesse, les mots susurrés par des grands-mères à la voix chevrotante… tous ces mots troussent l’univers fantasmatique de la Corée.»
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«Les rêves d’hier, les récits de jeunesse, les mots susurrés par des grands-mères à la voix chevrotante… tous ces mots troussent l’univers fantasmatique de la Corée.»
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«Cette nation, en dépit de sa technologie, demeure une terre de passions surréelles, de traditions, d’odeurs et de fumée.»
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«Cette nation, en dépit de sa technologie, demeure une terre de passions surréelles, de traditions, d’odeurs et de fumée.»
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«Cette nation, en dépit de sa technologie, demeure une terre de passions surréelles, de traditions, d’odeurs et de fumée.»
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«Cette nation, en dépit de sa technologie, demeure une terre de passions surréelles, de traditions, d’odeurs et de fumée.»
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«Lièvres, ours, pies, coqs, moutons, quelques grues et deux ou trois phénix… forment pour partie le panthéon des personnages que tout Coréen porte en lui en sus de son signe astral.»
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«Séoul se révèle tel un terrain de jeux où chasser les apparitions comme les adolescents pistent les Pokémon.»
coree, seoul, art
«Séoul se révèle tel un terrain de jeux où chasser les apparitions comme les adolescents pistent les Pokémon.»
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«Les contes coréens regorgent de dokkaebi infatigables, trolls dont les farces accompagnent les folles velléités animales.»
coree, seoul, art
«Les contes coréens regorgent de dokkaebi infatigables, trolls dont les farces accompagnent les folles velléités animales.»

Ainsi débutent les contes coréens anciens, peuplés d’un bestiaire fantastique. Des récits aux images surréalistes qui inspirent une aventure urbaine entre hypnose et songe.

Le sens-tu, le souffle du tigre sur ton épaule ? Vois-tu le lièvre détaler derrière le comptoir d’une baraque de chou fermenté ? Entends-tu les rires des sorciers cachés dans l’autobus, les murmures des chimpanzés changés en courtisans, le pas léger des princesses longeant le palais de Gyeongbokgung et les soupirs des haricots posés sur le comptoir qui, se rêvant nuages, finiront tofu ? Prête l’oreille, ils sont là, tes compagnons de dérive. Pour peu que le doigt du chaman se soit sur toi posé, te voilà destiné au fabuleux voyage de la double vue. Ensorcelé tu parcours désormais les quartiers de Séoul, longe les maisons aux toits de tuiles de Bukchon, les boutiques d’artisanat chic de Jongno et celles branchées d’Apgujeong. Glissant dans le métro, surgissant sur les places, dans le brûlot trépidant de Gangnam immortalisé par un chanteur hennissant tel un cheval, jamais tu n’oublieras cette Corée de légendes. Ses murs et ses rues écrasées de chaleur moite en exsudent la persistance. Pas un Coréen nourri de contes qui puisse les ignorer. Les rêves d’hier, les récits de jeunesse, les mots susurrés par des grands-mères à la voix chevrotante ou psalmodiés par des mères exaspérées de ne point endormir leur progéniture, oui tous ces mots troussent l’univers fantasmatique de la Corée. Le vent les porte et les dissémine, la pluie les catapulte sur l’asphalte, et dans les flaques désormais se lèvent des astres doubles comme il est écrit dans Hae-wa tal i tœn onui, le conte du Frère et de la Sœur devenus Lune et Soleil. Alors, tel un enfant voici qu’à ton tour tu somnoles et tu chantes. Oh certes la Corée des téléphones mobiles dispersés par millions, des voitures, des chanteurs de K-pop, cette Corée folle de chirurgie plastique, cette nation dynamique, propulsée, chronophage, où les boutiques éclosent comme des bulles de savon, éblouissantes et déjà disparues, cette Corée se dresse devant toi et te défie et t’attire, mais cette nation, en dépit de toute sa technologie, demeure une terre de passions surréelles, de traditions, d’odeurs et de fumée. Maintenant que te voilà prévenu, ouvre les yeux, regarde. Le quotidien banal reflue, des ombres t’hypnotisent, un reflet, un visage, un éclair et ton imagination bondit et soudain devant toi, un tigre apparaît et il fume.

Dans cette ville où la nicotine est maudite, où seuls sont concédés à ses adorateurs des bouts de trottoirs encombrés le plus souvent de poubelles, il fut un temps où les tigres fumaient. Des fourneaux de leurs pipes s’élevaient des volutes qui répandaient autour d’elles une onde de béatitude. L’heure était alors aux rêves comme aux audaces. Tout était possible et le plus maladroit des singes pouvait finir empereur. «Au temps où les tigres fumaient la pipe…» ainsi débutent la plupart des contes traditionnels coréens, et la formule dans sa bizarrerie s’offre comme une version asiatique de notre «Il était une fois…». Ces tigres désormais t’accompagnent. Ils feulent sur tes pas tandis que tu traverses l’étrange baleine de métal dédiée au design signée à Dongdaemun par l’architecte Zaha Hadid et ces félins ne rôdent pas seuls. Les lièvres, les ours, les pies, les coqs, les moutons, quelques grues et deux ou trois phénix les rejoignent dans cette sarabande. Ensemble, ils forment pour partie le panthéon des personnages que tout Coréen porte en lui en sus de son signe astral, cochon, serpent, cheval, dragon et parfois même double dragon, pour celles et ceux dont l’année de naissance est auréolée d’un double 8.

S'il est certain que les Coréens ont d’autres chats à fouetter que ceux des contes de fées, ils n’en demeurent pas moins habités par des récits magnifiques. Tous portent au plus profond de leur identité une part d’étrangeté qui leur vient des anciennes pratiques chamaniques et des légendes fondatrices. Le pays lui-même est né des amours d’un fils du Ciel et d’une oursonne. Sommée de jeûner cent jours avec un tigre, n’ayant pour se nourrir que vingt gousses d’ail, elle y parvint quand le tigre affamé rompit son vœu à trois reprises. En récompense, l’oursonne se mua en femme, épousa le fils du Ciel et mit au monde Tangun, le fondateur de la Corée. Avec un tel pedigree, on comprend mieux l’engouement de tous pour ces animaux tutélaires. Ces ours, ces lapins, enfants et adolescents les collectionnent et tu les comprends, toi qui pénètres dans l’un des magasins de la chaîne Line Friends, dont les produits dérivés à tête d’ours, de lapin ou de coq hystérisent les plus jeunes. Séoul se révèle à toi tel un terrain de jeux où tu peux chasser les apparitions au fil des rues comme les adolescents pistent les Pokémon. Voilà maintenant que ton œil discerne partout des oreilles de lapin. Au sommet des iPhones, sur les tee-shirts, les pendants d’oreilles, les bretelles des sacs à dos. Elles surgissent en serre-tête et s’agitent à la manière du norigae, nœud de fil de soie ornemental rehaussé de pendentifs qui voletait autrefois au bas des robes et des gilets des vêtements traditionnels. Si ces parures signifiaient hier le rang, le statut marital, le nombre d’enfants de chacun et chacune, ces oreilles de lapin comme les décalcomanies de tigre qui enluminent les carrosseries de camion, marquent l’adhésion de tous au rêve originel. Même le canyon de l’université féminine d’Ewha, bâtiment édifié dans l’antre d’une colline éventrée par l’architecte français Dominique Perrault, prend maintenant à tes yeux des allures de terrier que les étudiantes juste diplômées posant en toge et coiffe charbonneuses ont envahi telles des pies et des corbeaux. Quand tu voudrais te réveiller de ces songes, voilà que tu croises des Coréennes en hanbok et danghye, robe vase et souliers recourbés. Les hommes qui les accompagnent portent la tunique blanche et le chapeau noir. Ainsi vêtus à l’ancienne, ces visiteurs ont droit à une entrée gratuite dans les palais et les musées. Imagine-t-on que l’on soit exempt de droit d’entrée à Versailles si l’on s’y présentait en haut-de-chausses et perruque ? Ivre d’hallucinations tu voudrais faire une pause mais des cris d’enfants piquent ta quiétude. Sont-ce d’ailleurs des enfants ? Les contes coréens regorgent de dokkaebi infatigables, trolls dont les farces accompagnent les folles velléités animales. Nombreux sont les contes dans lesquels des chats disciplinés fréquentent nuitamment des écoles tapies dans la forêt. Ces félins étudient dans l’espoir de devenir humains. Certains peut-être ont réussi et tu ne peux t’empêcher de voir dans cette jeune fille souple qui déambule sur l’ancienne voie rapide transformée en promenade urbaine une renarde ; dans ce policier zélé qui règle la circulation, un héron, et dans ce groupe d’hommes qui ripaillent de poisson au marché de nuit de Noryangjin, des tigres en goguette. Sans doute as-tu raison. Les Coréens le savent. Ces animaux leur tiennent compagnie. D’ailleurs leur nation même, Nord et Sud réunifiés, a pour eux la forme d’un tigre prêt à bondir. Au siècle dernier, l’empire du Japon, en pleine expansion, préférait y voir un lapin. C’était oublier que dans moult contes, le lièvre rusé raille le tigre qui se goberge. C’était se méprendre face à une Corée sciemment dissimulée derrière un écran de fumée, distillé par de roués fauves fumeurs de pipe. Que cette Corée fasse un tabac, c’est la morale de ce conte-là.

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Corée
“Quand les
tigres fumaient
la pipe…”

Four Seasons Hotel

Ne serait-ce que pour sa situation dans Séoul, cet hôtel de facture récente est le meilleur choix. Palais, musées, marchés, montagnes et quartiers anciens sont à proxi-mité. Service irréprochable. L’établissement dispose de cinq restaurants : le Yu Yuan, spécialisé dans le canard laqué chinois et sacré d’une étoile par le Michelin, la magnifique table japonaise Kioku ou le Boccalino, dédié à la cuisine italienne et doté d’un bar superbe. Dans les entrailles du bâtiment, le Charles H, réplique d’un speakeasy des années 1920. Pour des plaisirs plus diététiques, l’hôtel offre une piscine et un club de fitness avec baies panoramiques. Les suites bénéficient de vues plongeantes, dont certaines sur le palais de Gyeongbokgung. Dans les chambres, la palme revient à la douche dont seuls deux boutons l’activent. L’ergonomie à son sommet. IPad sur la table de chevet, plateau  de commande des lumières. Des œuvres d’art, un spa, un bar à ongles… Bref idéal… en toutes saisons.

Four seasons Hotel

97 Saemunan-ro, Jongno-gu. Tél. +82 2 6388 5000.

www.fourseasons.com
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Mues & merveilles

Carnet d’adresses

Four seasons Hotel

97 Saemunan-ro, Jongno-gu. Tél. +82 2 6388 5000.

www.fourseasons.com

Shopping

Kyobo Bookstore

La plus grande librairie d’Asie. Choix spectaculaire : livres, y compris en anglais, ouvrages pour enfants, accessoires (téléphonie, musique, bien-être…) et papeterie. Les personnages des contes anciens sont à la parade. On en trouvera aussi dans la chaîne des magasins Artbox. 1 Jong-ro, Jongno-gu. Tél. +82 2 1544 1900.

À faire

Seoul Animation Center et Seoul Cartoon Museum

Paradis des enfants, haut lieu de la culture manhwa (les mangas coréens). Le lieu mérite une visite pour ses collections de personnages sous vitrines et d’affiches anciennes de films de science-fiction. Ensuite, descendre Toegye-ro, toute proche. Boutiques d’accessoires inspirés des contes et légendes et revus à la sauce contemporaine y sont à touche-touche. 126 Sopa-ro et 8-145 Yejang-dong, Jung-gu. Tél. +82 2 3455 8341.

National Folk Museum of Korea

Magnifique musée connecté au palais de Gyeongbokgung. Costume, habitat et peinture traditionnels. L’univers des contes à portée de main. 37 Samcheong-ro, Jongno-gu. Tél. +82 2 3704 3114.

www.nfm.go.kr

Mug for Rabbit Coffee Shop

Au ras de la rue Garosu-gil ultratendance, non loin du quartier branché de Gang-nam. Ce café hisse en oriflamme le lapin des contes de fées coréens. Ici les tasses, les bols, les assiettes, les serviettes et même les cactus portent des oreilles. 53 Nonhyeon-ro 153-gil, Gangnam-gu. Tél. +82 2 548 7488.

Dongdaemun Design Plaza (DDP)

Gigantesque complexe de 85 000 m2 et de 7 niveaux, édifié par l’architecte irako-britannique Zaha Hadid. Inauguré en 2014, ce vaisseau spatial aux allures de poisson-mollusque géant abrite un musée du design, un laboratoire, des halls d’exposition. Une foule de magasins de créateurs. Intense activité nocturne. 281 Eulji-ro, Jung-gu. Tél. +82 2 2153 0000.

Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

AIR FRANCE dessert Séoul par 7 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Séoul par 7 vols hebdomadaires au départ d’Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport d’Incheon-Séoul.
À 52 km de Séoul.
Tél. +82 2 1577 2600.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

Aux aéroports.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France :
Tél. 3654.

— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

LOCATION DE VOITURES

Hertz, à l’aéroport.
Tél. +82 3 2743 8000.

www.aifrance.fr/cars

À LIRE

Tigre et kaki et autres contes de CoréeTextes réunis et traduit par Maurice Coyaud et Jin-Mieung Li, Gallimard.

Croquis de Corée Élodie Dornand de Rouville et Benjamin Joinau, L’Atelier des Cahiers.

Séoul Gallimard, coll. Cartoville.

Corée du Sud Gallimard, coll. Bibliothèque du voyageur.

Séoul en quelques jours Lonely Planet.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle