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L’Orient, ou presque

Opulent et extravagant, le Royal Pavilion s’amuse à dérouter. Un imaginaire architectural entre Inde et Chine, devenu l’emblème de Brighton.

Certains lieux refusent de choisir, préfèrent opter pour le jeu du saute-continents. On pensait être à Brighton la balnéaire, l’estudiantine du sud de l’Angleterre, voici qu’on se retrouve, à cinq minutes de la jetée, dans une page inconnue des Mille et Une Nuits. Des dômes blancs, des bulbes ouvragés, des pagodes minérales, des frondaisons sculptées… Meringue architecturale, diront certains, troquant le sucre pour le stuc. Fantaisie palatiale, diront d’autres, qui abrita les séjours d’été du futur roi George IV. Modelé entre 1815 et 1823, le Royal Pavilion est devenu un modèle du style anglo-indien, qui donna à l’Empire britannique ses gares, ses universités et ses palaces.

Un mirage d’Orient, où pourraient habiter tout aussi bien un maharaja perdu entre les époques, un magnat ayant rapporté ses porcelaines de voyage, une altesse moghole soupirant sous les plafonds en satin de soie. Ici le prince régent, échappé des rigidités londoniennes, tint réceptions, concerts et dîners grandioses (un menu du chef français Antonin Carême déroule une bacchanale de 8 soupes, 40 entrées, 32 desserts…). Ses invités s’ébaubissaient dans les cuisines suréquipées, ornées de hottes comme des temples chinois, de colonnes-palmiers d’où poussent encore des feuilles de cuivre. Sous les dais de la salle de banquet, un dragon suspend le grand lustre à ses griffes d’argent, six petits reptiles crachent un feu de fleurs de lotus. Besoin d’un peu de repères ? Face aux ormes du jardin, le salon de thé repose les pieds en Albion, le temps d’un scone et d’une volute d’Earl Grey.


The Royal Pavilion

Noburo Ofuji, animation, Dangobei

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