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Devenir Parisien

Alice Isaaz, comédienne, sur le balcon de son appartement.
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Adrian Joffe & Rose Carrarini, place Vendôme. Adrian est président de Comme des Garçons, sa soeur Rose à fondé à paris les restaurants Rose Bakery.
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Carolyn Carlson, danseuse et chorégraphe, photographiée chez elle.
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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.
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Éric de Chassey dans la bibliothèque de l'INHA, institut qu'il dirige depuis 2016.
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India Mahdavi, architecte et designer, dans son studio de création, rue Las Cases.
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Thaddaeus Ropac dans sa galerie du Marais, au 7, rue Debelleyme.
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Bryce Dessner, guitariste du groupe The National et compositeur de musique contemporaine, au Centquatre.
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Farida Khelfa, ancien mannequin, actrice et réalisatrice, chez elle.
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Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art.

Les images de Brigitte Lacombe composent le portrait d’un Paris mosaïque, où le lointain se teinte de familier. Une rencontre entre deux mondes, entre une ville, et ses habitants, mise en mots par l’Américaine Holly Brubach.

«L’Amérique est mon pays, disait Gertrude Stein, et Paris est ma ville.» Elle est aussi la mienne. À l’instar de Stein, je suis née à Pittsburgh et j’ai fait route vers la capitale française à l’âge adulte. Contrairement à elle, j’ai dû abandonner l’existence que je m’y étais construite et me soumettre à l’appel de la raison, familiale et professionnelle. J’ai vécu les années qui ont suivi dans une sorte d’exil, comme une absence forcée de la cité dans laquelle mon âme avait trouvé un foyer.

Dès ma plus tendre enfance, Pittsburgh m’est apparu non pas inférieure ou déficiente mais, tout simplement, comme une erreur : une grave méprise du destin m’avait fait naître en Pennsylvanie plutôt qu’à Paris, où se trouvait ma place. Cette conviction s’appuyait sur des informations sommaires, tirées de photos de magazines et d’une vision hollywoodienne de la Belle Époque inspirée par Gigi, le premier film que j’ai vu. Mais pour moi, cela suffisait. Si le paysage au sein duquel nous vivons – la topographie, l’architecture, les arbres et les fleurs, la texture de la lumière, les voix – se reflète en nous, en ce sens, mon environnement m’était en quelque sorte étranger, alors que Paris me semblait juste loin. J’étais certaine qu’avec le temps, ce lointain me deviendrait familier.

Après de nombreux séjours touristiques – que je voyais comme autant de missions de reconnaissance –, je suis finalement arrivée en 1988 avec trois valises. Je les ai posées dans mon premier appartement, au 7e étage sans ascenseur, dans un majestueux édifice dont la concierge portugaise cirait et astiquait les marches jusqu’à leur conférer le lustre d’une table d’antiquaire. Pour mon premier Noël, elle m’a offert une petite tour Eiffel en plastique doré, du genre vendu dans les boutiques de souvenirs de la rue de Rivoli. Posée sur mon bureau, elle me tient compagnie, et je la regarde en ce moment-même, en écrivant ces lignes. Mes fenêtres donnaient sur la rue Guénégaud. Les soirs d’été, quand il y avait concert à la Monnaie de Paris, les accords de Mozart qui s’envolaient jusqu’à mes vantaux ouverts se mêlaient au vacarme des voitures débouchant du quai.

Un peu plus tôt, j’avais rencontré un vieux monsieur, un authentique Parisien, qui m’avait avertie : «Même si vous passez le reste de votre vie ici, vous ne serez jamais française.» Évidemment, me suis-je dit. «En revanche, vous pouvez devenir parisienne», a-t-il ajouté, en guise de lot de consolation. «Devenir parisienne…», la cause était noble. La transformation, encore incomplète au moment de mon départ, s’est en partie produite grâce à mes efforts maladroits, mais surtout, par une sorte d’osmose.

Quand on me demande comment j’ai connu David Seidner, un brillant photographe américain décédé en 1998 et qui fut un ami très proche, je réponds : «Nous étions jeunes ensemble à Paris.» Les Français parlent de «formation professionnelle». Pour David et moi, Paris fut une formation non seulement professionnelle mais aussi personnelle. Cette ville nous a façonnés.

Natif de Los Angeles, David avait fait le grand saut quelques années auparavant. Au moment de mon arrivée, en 1988, il était déjà installé, avec un atelier d’artiste dans le 14e arrondissement, un réseau d’amis, des connaissances et une décapotable Volkswagen. Elle ressemblait à une voiture de golf et devint la complice de nos virées nocturnes : nous traversions la Seine au pont du Carrousel, décrivions une boucle géante en passant par les boulevards de la rive droite, arrivions à l’arc de Triomphe, autour duquel nous tournions plus d’une fois avant de descendre les Champs-Élysées jusqu’à la place de la Concorde, dont les lampadaires faisaient penser à des candélabres. Ensuite, nous prenions à droite sur le Cours-la-Reine, puis retour à la maison par notre pont préféré, celui des Invalides. Paris ne cessait de nous éblouir.

Le fait que la rue soit un théâtre, et que l’on entre en scène en s’aventurant simplement dehors, nous devint précieux. Sur les trottoirs, dans les magasins, les restaurants, chacun était simultanément acteur et spectateur. Cela nous obligeait, comme tous les Parisiens, à surveiller notre tenue, par respect pour le public. David et moi riions de ce que, à New York, il était possible de circuler dans une cape d’invisibilité, sans éveiller la moindre attention chez les passants, un phénomène si certain qu’on pouvait aller à minuit acheter une glace à la supérette du coin en enfilant juste un imper sur son pyjama. Chose que nous n’aurions jamais songé faire à Paris, où même les ponts, les immeubles et les monuments paraissaient doués de mémoire. Ils avaient assisté à la fuite de Marie-Antoinette, au retour triomphal de De Gaulle, aux déambulations de Baudelaire, et témoignaient aujourd’hui de nos allées et venues.

Parmi nos amis se trouvaient d’autres expatriés, originaires d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas, d’Angleterre et d’Argentine. Malgré nos histoires si différentes, nous avions Paris en dénominateur commun : non seulement parce que nous y vivions, mais aussi parce que nous partagions une certaine idée de Paris. Nous avions tous été attirés par la capitale séculaire du bon goût, où être un connaisseur constituait autant une profession qu’un passe-temps.

Dire que nous étions des esthètes supposerait un degré de culture et de discernement que nous n’avions pas, mais l’acquérir nous semblait un objectif louable. Mes après-midi de flânerie chez un antiquaire de la rue Jacob m’ont initiée à la taxinomie du mobilier français et à ses pointilleuses classifications. Il y avait un mot pour tout : la forme d’un pied de chaise, un fleuron sur une lampe. C’est ici que j’ai appris à faire la distinction entre deux styles très proches, le Charles X et le Louis-Philippe.

David et moi étions amoureux de l’élégance alors qu’elle était passée de mode. Paris en semblait le dernier bastion. Ailleurs, l’excès et la vulgarité avaient entaché l’extravagance d’une mauvaise réputation. Mais, ici, l’extravagance avait été rigoureusement calibrée. Cette science pleine de grâce et de minutie était évidente où que l’on regarde : les filigranes des pâtisseries dans les vitrines, les jardins aux arbres sculpturaux et aux allées sablonneuses, et les surprenantes fioritures que l’architecture adoptait au-dessus du rez-de-chaussée, comme un geste envers les occupants des bâtiments d’en face, une récompense pour le passant qui par hasard levait les yeux.

S’agissant de mon éloignement de Paris, certains diront qu’exil est un mot trop fort, une façon malvenue de s’approprier l’angoisse des transfuges et des réfugiés. Si le manque que je ressens ne concernait qu’une période révolue de ma vie, il pourrait être congédié comme un simple accès de nostalgie. C’est une maladie qui se soigne : on peut la tenir en respect grâce à un petit verre de temps à autres et au rire d’un ami.

Mais la douleur de l’exil est chronique, et inguérissable. Les plus petits détails de ma vie à Paris me reviennent sans cesse à l’esprit, par surprise, sans raison apparente, comme un violent coup de vent qui vous bouscule au passage. Les flonflons légèrement discordants qui résonnaient dans la rue étroite quand la fanfare des Beaux-Arts faisait ses rondes du vendredi soir dans le quartier, l’odeur piquante qui cernait le fromager de la rue de Grenelle, les arbres fruitiers en espalier bordant le sentier tranquille où je me promenais dans le jardin du Luxembourg, la lueur des nuits de juin quand le soleil se couche mais que la lumière persiste. J’attribue l’indomptable vitalité de ces résurgences au fait que Paris offre une profusion d’impressions sensorielles aussi indélébiles que si elles s’inscrivaient sur la page vierge de l’enfance.

Je reviens quand je peux, pas assez souvent ni assez longtemps. Alors, je retourne sur mes pas, je suis les chemins empruntés quand je vivais dans mon ancien quartier. La papeterie est toujours là, la librairie a déménagé, le pressing a fermé. En me rappelant à quoi ressemblait mon coin de Paris, je me retrouve face à face avec la jeune femme que j’étais.

Les dictionnaires nous disent que to belong se traduit en français par «appartenir». Mais, comme souvent, ces deux verbes ne sont pas parfaitement équivalents. This book belongs to Charles, ce livre appartient à Charles. Mais : He didn’t belong here, il n’a pas trouvé sa place ici. Sur le forum de traduction wordreference.com, où des personnes de toutes langues échangent et se donnent des astuces, to belong et ses postpositions laissent naturellement les Français perplexes. Faut-il dire To belong in a place ou to a place? Réponse : les gens possèdent les choses qui leur appartiennent (belong to), mais il leur restera toujours à trouver leur place dans le monde (belong in). Toutes les règles, cependant, ont leur exception. I belong to Paris. J’appartiens à Paris.

Lieu d'écriture

Jeune auteur, je me cherchais des modèles. J’en trouvai un en la personne d’Edith Wharton, la romancière américaine qui s’était installée à Paris quatre-vingts ans avant moi. Avec son éloquente compréhension de la mode, de la décoration, des us et coutumes et d’autres sujets généralement étiquetés comme féminins, et donc «mineurs», elle me donna le courage de me prendre au sérieux. Une après-midi, j’entrepris de retrouver le banc où Newland Archer s’assoit dans la bouleversante scène finale du Temps de l’innocence. Je fis chou blanc et conclus à contrecœur que les immeubles, et peut-être même les voies publiques, avaient changé. Mais cela ne m’empêcha pas de considérer Wharton comme une voisine, et j’aimais à l’imaginer ici, vivant toujours dans la rue de Varenne, heureuse de recevoir une disciple qui sonnait à sa porte.

Alice Isaaz, née à Bordeaux

Paris me faisait peur. Je venais d’un village de 3 000 habitants et j’aurais préféré étudier dans une plus petite ville, mais je voulais être comédienne. Contre toute attente, j’ai été bien plus à l’aise que je ne l’imaginais. J’adore le dynamisme de Paris, sa diversité, c’est une ville pour tous les goûts, que l’on recherche le calme ou des quartiers vivants du matin jusqu’au soir. Je marche énormément, j’aime me perdre. J’ai une passion, c’est regarder les intérieurs des appartements, la nuit, et m’imaginer la vie des gens chez eux. Je vais sur les quais devenus piétons, je retrouve mes amis en terrasse, je découvre de nouveaux cinémas, de nouveaux restaurants. Mes amis me conseillent d’ouvrir un blog, car je vais toujours chercher le petit bar qui vient d’ouvrir. Je reste une touriste à Paris.

AGENDA

Elle joue dans Espèces menacées de Gilles Bourdos (en salles le 13 .09).

Adrian Joffe, né à Johannesburg

J’avais 20 ans, je venais d’Angleterre, et je suis tout de suite tombé amoureux de Paris. Je pensais qu’après Londres, le rêve de ma vie serait d’habiter ici. Je m’y suis installé deux ans plus tard, en travaillant pour Comme des Garçons. C’était il y a trente ans. À l’époque, c’était romantique, je connaissais les écrivains français et Paris était pour moi le temple de la création. J’aimais sa beauté, son architecture. Aujourd’hui, je suis un homme d’affaires qui travaille place Vendôme. J’ai moins de temps, je voyage beaucoup, mais je reviens toujours dans le Marais, où est ma maison. Je pense que je suis surtout un homme du monde. La ville est un état d’esprit, je peux me sentir heureux ou triste où que ce soit. Mais ce qui rend Paris si singulier à mes yeux, c’est cette beauté présente partout, sans qu’on y pense. Il suffit juste d’ouvrir les yeux, et de lever la tête.

Rose Carrarini, née à Johannesburg

La première fois, je suis venue avec une copine, à 18 ans. On a fait tous les bars, tout visité et je suis tombée amoureuse de Paris. J’ai continué mes études à Londres, mais j’ai rencontré Jean-Charles, mon mari, un Français. C’était le destin. On a créé une petite entreprise de tricot, eu des enfants et beaucoup voyagé. Mais on s’intéressait plus aux restaurants et aux marchés qu’à la mode, il valait mieux changer de métier. On a ouvert un restaurant en Angleterre, puis à Paris. À l’époque, il manquait quelque chose de sain et simple comme on aimait. On s’est installé rue des Martyrs, dans un ancien garage. Les gens se méfiaient parce qu’on était anglais, ce n’était pas très prometteur, mais ça a marché tout de suite. On était parmi les premiers à Paris à se lancer dans le bio. Notre démarche avait un sens. Ma famille est à Londres, je me sens un peu à deux endroits en même temps. Mais pour les Français, je reste très Anglaise !

Carolyn Carlson, née à Oakland

Ma première fois à Paris remonte à 1968, avec la compagnie Alwin Nikolaïs. Je suis arrivée en France en même temps que le grand chambardement de la révolution ! Mon plus grand souvenir date de cette époque : ma première soupe à l’oignon, les fraises à la crème fraîche. Après chaque représentation, nous allions au Pied de Cochon !

Plus tard, Rolf Liebermann m’a demandé un solo pour l’Opéra de Paris et j’ai choisi la musique d’Edgard Varèse, Density 21,5. Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais je suis soudain devenue un phénomène. Je dirigeais le Groupe de recherches théâtrales de l’Opéra de Paris. Au début, la moitié du public huait alors que l’autre applaudissait. Puis il s’est passé quelque chose, les gens ont commencé à se dire : «Ça, c’est totalement neuf !» Parce que je travaillais avec la poésie, les Français m’ont suivie. Je n’aime pas l’idée de cette étiquette, «être parisienne». Je peux vivre partout, je me sens artiste où que je sois, mais Paris est mon chez moi.

Agenda

Sa pièce Writings on water donne son nom à une exposition des dessins et croquis qu’elle a réalisés tout au long de sa vie. Jusqu’au 24.09. La Piscine, Roubaix.

Ryoko Sekiguchi, née à Tokyo

Lorsque j’ai découvert Paris, à 19 ans, j’allais à l’étranger pour la première fois. J’étais éblouie par cette grande liberté, autrement dit, ce grand n’importe quoi. Tout le monde faisait ce qu’il voulait. J’ai fait des allers-retours avant de m’installer ici définitivement, il y a vingt ans. Mais c’était frustrant d’être en France sans pouvoir montrer ce que je faisais. J’ai commencé par me traduire, puis je me suis mise à écrire en français. J’existe comme deux personnes.

Je travaille beaucoup sur les goûts. La curiosité, l’intérêt que portent les Parisiens aux saveurs m’ont offert d’immenses possibilités. Aujourd’hui, j’écris sur la gastronomie, je rencontre des chefs. La diversité des cultures culinaires signifie aussi que l’on rencontre des gens tout aussi différents et je me sens toujours très libre de ce que je dis, ce que je fais, ce que je porte.

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Son guide culinaire de Kyoto, publié chez Menu Fretin, est sorti fin juin.

Éric de Chassey, né à Pittsburgh

Je suis venu à Paris en vacances, enfant. D’aussi loin que je me souvienne, j’arpentais les musées et j’ai fini par en faire mon métier. Je viens en vélo à la bibliothèque. Je passe le pont devant le Louvre, un bâtiment d’une qualité architecturale remarquable, sans rien de tape-à-l’œil. Quand je reviens du bureau, je vois un autre bâtiment, l’Institut de France, de la même qualité. Être parisien, c’est avoir ce rapport extrêmement fort à un passé présent partout, tout en le métissant en permanence par des apports d’aujourd’hui. La Seine est aussi un élément exceptionnel, ainsi que cette lumière, plus ou moins grise et argentée selon les jours. Une lumière tempérée qui vous accompagne avec douceur. Paris me fait penser à plein de chansons. J’en ai une idiote qui me trotte dans la tête : «Paris est plein, plein, plein de Parisiens, pas assez de Parisiennes et trop de Parisiens.» Une chanson de Tristan dans les années 1980.

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Les 16 et 17.09.2017, l’INHA participe pour la 1re fois aux Journées européennes du patrimoine.

India Mahdavi, née à Téhéran

La toute première fois, j’avais 9 ans. Je rendais visite à ma grand-mère et découvrais toute la sophistication de la capitale. Ma grand-mère était tellement sollicitée, elle recevait tellement, que cela m’a terriblement déplu. Je suis restée deux jours au lieu d’une semaine.

Paris c’est le centre de l’Europe. On y revient ou s’en évade très facilement. C’est pour moi l’une des plus jolies villes au monde. C’est presque trop beau. J’aime le chaos, le côté brut que l’on trouve en Orient – et pas trop ici. Mais je me déplace, je vais chercher l’agitation ailleurs. Paris est une base, me rassure, comme un mari auquel je serais très infidèle. Je suis une Française étrangère tout à fait parisienne.

Ce que j’adore, c’est qu’on se reçoive. Ce n’est pas très formel, souvent à la dernière minute, il y a encore cette joie de se retrouver chez les uns, chez les autres. J’aime aussi voir des étrangers, être amie avec des gens dont ce n’est pas la ville. On a certainement plus de tendresse pour sa ville d’adoption que pour la sienne. On me demandera toujours d’où je viens. Je peux dire que je viens de Paris, mais j’ai une pluralité en moi qui me convient très bien.

Thaddaeus Ropac, né à Klagenfurt

Lorsque je ne voyage pas, Paris est l’endroit où je passe la majeure partie de mon temps. J’y suis chez moi. C’est une ville différente des autres métropoles. Avec plusieurs strates, qu’il faut prendre le temps de découvrir, de dévoiler. Lorsqu’on y arrive, la sensation est intense, surprenante, et c’est ce qui en fait le sel. J’ai ouvert ma première galerie ici il y a vingt-cinq ans. À l’époque, on me disait que cela serait compliqué pour un étranger. Ce fut long et difficile, mais j’étais le bienvenu. On s’éprend aisément d’un endroit lorsque les gens apprécient ce que vous apportez. Puis je me suis consacré à mon projet d’immense galerie aux franges de Paris, à Pantin. C’était risqué. Pourquoi s’installer au-delà du périphérique ? Mais cela a marché. Aujourd’hui, je ne peux plus concevoir ces deux galeries l’une sans l’autre. Malgré les vicissitudes, Paris a une incroyable capacité de renaissance et un pouvoir d’attraction immense sur les artistes. Je vois tant de jeunes gens talentueux qui sont là, prêts à réinventer la ville.

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Exposition Wolfgang Laib The Beginning of something else. Du 8.09 au 14.10.2017, galerie du Marais. Exposition de groupe Déjeuner sur l’herbe. Du 9.09 au 14.10.2017, galerie de Pantin.

Kamal Mouzawak, né à Beyrouth 

J’avais plus de 20 ans quand je suis venu à Paris, mais j’en connaissais déjà presque tout grâce aux livres. Paris me réconcilie avec la ville. Le respect des feux rouges, par exemple, est pour moi le symbole des droits et devoirs de chacun et du respect de l’autre, du fait que l’on peut vivre ensemble en étant différents, sans se marcher sur les pieds. Il y a une élégance qui n’existe qu’ici, pas dans le sens de l’étiquette mais du savoir-vivre. Ce qui veut dire que j’ai un très bon boucher ou boulanger à chaque coin de rue, et un marché sur chaque avenue. Pour moi, bien vivre se rattache à la nourriture. C’est un sentiment très partagé, ici. Je me sens très Parisien, je ne me pose même pas la question. Je déjeune à Beyrouth, je dîne à Paris, ce n’est pas un autre pays, c’est juste un autre quartier où j’habite.

Rabih Kayrouz, né à Jdeidet Ghazir

On était en pleine guerre, j’avais 16 ans, j’arrivais de mon village au Liban. C’était la première ville que je découvrais : Paris avant Beyrouth. Un mélange de familiarité et d’inattendu. Je venais d’une école française, j’avais vu des films, je connaissais l’histoire de France, les noms des rues et en même temps, tout était nouveau.

À 12 ans, je voulais déjà faire de la mode à Paris. C’est le savoir-faire de la couture qui m’attirait, ce made in France. La mode, ce n’est pas rester chez soi à dessiner, il faut pouvoir travailler avec les gens du métier et toutes ces mains extraordinaires.

Tout ici me rassure. Quand on marche, on se sent embrassé, ce n’est pas un lieu de solitude. Je vis à Paris, je m’inspire de Paris, mais je ne sais pas si je suis Parisien. Je ne me sens pas étranger, mais je ne suis pas né ici. Cette ville m’a accueilli mais je viens de mon village, et j’aime bien cet entre-deux.

Bryce Dessner, né à Cincinnati

J’ai épousé Pauline, une Française, et nous avons un bébé. C’est l’amour qui m’a fait m’installer à Paris, il y a un an. Je rencontre ici des musiciens incroyables. J’ai plusieurs projets avec les pianistes Katia et Marielle Labèque, d’autres avec le musicien électronique Rone, et je viens de composer pour l’Ensemble intercontemporain. Quand j’étais étudiant, tout le monde me disait : «Paris, c’est mort, il ne se passe rien.» Ça n’est plus du tout vrai. Il se passe de plus en plus de choses avec la construction des nouvelles grandes salles comme la Philharmonie de Jean Nouvel, la Fondation Louis Vuitton, et le Centquatre où je répète. Paris est en train de monter dans tous les genres de musique. Et puis… pour ma première fête des pères, marcher du Marais au Palais-Royal, puis jusqu’au musée Rodin, s’installer sur l’herbe au milieu d’une petite forêt de sculptures… C’était le paradis.

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No Tomorrow. Du 18 au 20.08.2017 Dansé par la Icelandic Dance Company au Southbank Centre de Londres.
The National est en concert le 12.08.2017 au Haven Festival de Copenhague ; du 25 au 28.09.2017 à l’Eventim Apollo de Londres.

Farida Khelfa, née à Lyon

J’avais 15 ans la première fois que j’ai découvert Paris. Quelques jours de vacances en été, et j’ai décidé que ma vie serait là. Je suis revenue d’année en année. J’arrivais de Lyon et Paris c’était la liberté, la liberté de penser, de s’habiller… Je voulais croquer la vie et faire la fête. J’ai démarré dans la mode avec Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier. J’ai rencontré Jean-Paul Goude avec Azzedine Alaïa. On découvrait alors une toute nouvelle génération, celle des premiers enfants nés de parents immigrés. D’un seul coup, on voyait des jeunes un peu différents physiquement, mais 100% Français. Aujourd’hui, la mode, les gens, se sont un peu uniformisés, mais c’est en train de changer. C’est ça, la nouvelle richesse de la France. C’est aussi son immigration, qui crée des mouvements différents. Je me sens tout à fait Parisienne, mais quand même Lyonnaise. Je vis Paris comme une touriste, toujours émerveillée par sa beauté, la nuit, le jour, au petit matin, le soir, à tous les moments de la journée.

Agenda

  • Alice Isaaz

    En salles le 13 .09 .2017

    lle joue dans Espèces menacées de Gilles Bourdos

     

  • Carolyn Carlson

    Jusqu’au 24.09.2017

    Sa pièce Writings on water donne son nom à une exposition des dessins et croquis qu’elle a réalisés tout au long de sa vie. La Piscine, Roubaix

     

  • Ryoko Sekiguchi

    Sortie fin juin

    on guide culinaire de Kyoto, publié chez Menu Fretin

     

  • Éric de chassey

    Les 16 et 17.09.2017

    l’INHA participe pour la 1re fois aux Journées européennes du patrimoine.

     

    Thaddaeus Ropac

    Du 8.09 au 14.10.2017, galerie du Marais.

    Exposition Wolfgang Laib The Beginning of something else. : Exposition de groupe Déjeuner sur l’herbe.

     

    Thaddaeus Ropac,

    Du 9.09 au 14.10.2017

    Exposition Wolfgang Laib The Beginning of something else. : galerie de Pantin

     

    Bryce dessner

    Du 18 au 20.08.2017

    Southbank Centre de Londres

     

    Bryce dessner

    12.08.2017

    au Haven Festival de Copenhague

     

    Bryce dessner

    Du 25 au 28.09.2017

    l’Eventim Apollo de Londres

     

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    À LIRE

    Holly Brubach est l’auteur de A dedicated follower of fashion (Phaidon) et de Drawing Fashion: A Century of Fashion Illustration (avec Colin McDowell, Prestel)

    Brigitte Lacombe a récemment publié The Female Lead: Women Who Shape Our World (avec Edwina Dunn, Ebury Press), Lacombe: Cinema/theater (collectif, Schirmer/Mosel ), Stern Fotografie 73 – Brigitte Lacombe(teNeues).

    Paris Gallimard, coll. Cartoville.

    Paris Gallimard, coll. GEOguide.

    Paris Gallimard, coll. Encyclopédies du voyage.

    Paris Lonely Planet.

    Paris Phaidon, coll. Wallpaper City Guide.

    Tip-Top Tips to Paris Mark Gaito, Tana éditions (in english).