Benoît Astier, art


Benoît Astier de Villatte

Benoît Astier de Villatte
livre, écriture

Guide composé au plomb et doré sur tranche

Céramique, guide, plomb

Compotier en céramique réalisé en terre noire par l’un des 30 artisans tibétains de l’atelier parisien.

boutique, bouquets, fleur

La boutique au 16, rue de Tournon.

villa, Médicis
La villa Médicis

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec un artiste-artisan, doué d’une inspiration intemporelle.

Enfant dyslexique peu scolaire, Benoît Astier de Villatte a beaucoup rêvé, dessiné et dévoré les livres de poche que lui conseillait sa mère. Et s’il avait pris À la recherche du temps perdu au pied de la lettre ? Depuis 1996, il crée dans Paris et sous son nom (ou plutôt celui de sa mère) céramiques, colognes, bougies en cire naturelle et carnets. Si ses frères et sœurs ont un temps participé, Ivan Pericoli (dangers, en italien), lui, est toujours là. Dans leurs boutiques, éloquents cabinets de curiosités, les casiers grimpent à l’assaut des murs restés intacts, exposant créations maison et coups de cœur chinés. Benoît fabrique des objets rêvés, parfaits pour composer la toile qu’il aurait aimé peindre. Un souvenir des Beaux-Arts, où il fut notamment l’élève du sculpteur Georges Jeanclos. Les étudiants chassaient alors dans les rues alentour table et objets oubliés pour leurs travaux. Sensible aux causes en péril et à l’impossible, il achète une ancienne imprimerie et publie Ma Vie à Paris, le carnet de ses adresses (librairies, restaurants, acupuncteur, avocat, osthéopathe…) nourries de commentaires –  une mine ! Alors que tout l’appelait à Rome, où il fantasme une pièce haut perchée pour dessiner, son destin est à Paris, qui l’a fait Parisien. S’ils se font conseiller par un maître tibétain et une astrologue, Benoît et Ivan n’écoutent toutefois que leur intuition, pourvu qu’elle leur soit commune. Chez Astier de Villatte, le temps semble battre au pouls du rêve.

 

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est… la Villa Médicis à Rome [Son père, le peintre Pierre Carron, premier grand prix de Rome en 1960, y fut pensionnaire de 1961 à 1964, NDLR]. J’y suis né, y ai vécu quatre ans puis toutes les vacances. Aujourd’hui, après juste une nuit sur place, j’ai la sensation d’avoir rajeuni ! Il m’arrive de dormir dans la Chambre turque, créée dans une tour par Horace Vernet en 1833 et restaurée par Balthus. C’est plus un lieu de création et de travail : sous les hautes fenêtres, d’étroites banquettes. Pour apercevoir Rome, il faut grimper dessus ! Mais le lit est niché dans une pièce attenante. Côté rue, dans la muraille fortifiée, l’énorme porte est découpée d’un portillon qu’on franchit en se baissant pour arriver dans l’entrée, une “grotte” fraîche l’été (la fraîcheur de l’Antiquité ?) et chaude l’hiver, baignée d’une pénombre colorée du temps de Balthus. Un confort, source de culture. Malraux avait demandé à Balthus de remettre en état la Villa Médicis et ce dernier, bien qu’il ne la trouvât pas à son goût, s’exécuta selon ce qu’il fantasmait être une villa Renaissance. Il en rechercha les couleurs, travailla avec les pensionnaires et les restaurateurs, sérieusement et consciencieusement. Côté jardin, lors de la rénovation de la façade, Balthus montait des poubelles remplies de pigments sur les échafaudages et réalisait d’incroyables glacis. Mais son travail, naturel et frais, ne dura qu’en sa présence (1961-1977) – après son départ, tout fut modifié.»

© Astier de Villatte - Julie Ansiau - Sophie Delaporte - Benoît Astier de Villatte

Safi, DG

Article suivant

Philippe Brocart