Marrakech

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muse
consacrée

La villa du jardin Majorelle, refuge marocain d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.

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Au sommet du mont Ishizuchi, toit de l’île de Shikoku.

On top of Mount Ishizuchi, the roof of the island of Shikoku.

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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Pierre Bergé, photographié par Jérôme Schlomoff.

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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Mustapha Blaoui, propriétaire d’une boutique de décoration prisée du Tout-Marrakech.

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Place Rahba-Lakdima, surnommée la «place des épices».

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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Björn Dahlström (à droite) et Fayçal Tiaïba, chef de projet du studio KO.

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Almaha Marrakech

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À Marrakech, même les marchands ambulants s’intéressent à Yves Saint Laurent. La cité entière paraît suspendue au rêve de briques souhaité par Pierre Bergé. Tous attendent que l’ambitieux musée dédié au couturier se dévoile, pour rendre à l’enfant chéri de la ville ocre l’hommage qui lui est dû.

Pour l’heure, des palissades siglées opposent une résistance opaque aux curiosités des passants et les supputations vont bon train quant au projet architectural. Face à cette fiévreuse attente, un homme discret mène le bal. Lorsque Pierre Bergé n’est pas là, Björn Dahlström devient la personnalité la plus scrutée de Marrakech, chacun espérant lui soutirer une bribe d’information sur la programmation, les festivités à venir, voire une visite de chantier pour les plus gourmands, en attendant le lever de rideau, prévu le 19 octobre prochain. À chacun, Björn, grand brun à l’élégance classique, oppose un sourire désarmant. Diplomate dans l’âme, il sait esquiver les questions tout en usant de la rigueur qu’exige le contrôle d’un projet aussi lourd. Il est vrai que son parcours semble l’avoir prédestiné à cette mission. Le Maroc, il l’a appris au berceau. «Je me suis imprégné dès l’enfance des parfums du Maroc, de ses variations chromatiques et de ses sons. Ils font partie de mon univers». Son père dirigeait alors l’entreprise en bâtiment familiale. À l’adolescence il prend son envol vers d’autres cieux – Madagascar, Paris, Luxembourg, Japon –, se forgeant un tempérament de nomade polyculturel.

Marrakech à l’heure bleue

Diplômé de l’École du Louvre, en muséologie et histoire de l’art, Björn Dahlström est rapidement devenu curateur en charge de la programmation du Musée d’art moderne de Luxembourg (Mudam), avant de partir à New York puis Tokyo en tant que consultant pour l’art contemporain chez Puma.

Une rencontre avec Pierre Bergé décidera du retour vers sa terre natale. «Après le Japon, retrouver les lumières de Marrakech, ses odeurs et ce rapport au temps si particulier, fut un choc», se souvient-il. Il a aussi dû réaccorder la mélodie de son enfance. «J’avais le souvenir d’une ville de vacances où nous venions une dizaine de jours chaque année. C’est désormais un centre pour la culture et les affaires. Marrakech est aussi devenu un mythe international, qui n’est plus réservé à des initiés tels que Yves Saint Laurent, Churchill, Mick Jagger ou Andy Warhol», explique-t-il, à l’ombre des daturas en fleurs du jardin Majorelle.

Derrière les bambous luxuriants on devine le parc de la Villa Oasis, la demeure privée de monsieur Saint Laurent et de son compagnon Pierre Bergé. Un hectare en plein centre, regorgeant d’agrumes et de cactus rares. «C’est le soir, après le départ du public, que le jardin Majorelle est le plus agréable», glissera un habitué. «Ce jardin réunit le mythe de Saint Laurent et celui de la douceur orientale. Il figure parmi les refuges des années heureuses. Une époque d’amitiés et d’insouciance», commente Björn. Un rêve bleu passe…

L’idée de créer ce nouveau musée serait venue à Pierre Bergé après l’énorme succès remporté par l’exposition Yves Saint Laurent et le Maroc en 2011. Estimant alors avoir «une dette de vie et une dette artistique» envers ce pays, l’homme d’affaires a choisi d’investir 15 millions d’euros dans ce projet. Une démarche rare puisque jusqu’alors seuls Cristóbal Balenciaga et Giorgio Armani disposaient d’un musée qui leur soit pleinement dévolu…

Hommage haute couture

Depuis le jardin, quelques pas dans la rue Yves-Saint-Laurent, fraîchement rénovée, suffisent pour rejoindre le spectaculaire pavé de briques de terre cuite marocaine, tissées en sobres damassés. La trame de ces calepinages saillants varie selon les bâtiments – salles d’exposition, auditorium, bibliothèque, espaces de conservation – imbriqués sur 3 niveaux et 4 000 m2. «La partie conservation est extrêmement complexe, notamment en raison des variations de températures très élevées ici», précise Björn Dahlström.

Le studio KO, en charge du projet, s’est inspiré d’un dessin d’emmanchure du créateur pour tracer des angles arrondis. «C’est la première fois que nous adoptons des courbes et que nous utilisons ainsi les briques brutes. Nous souhaitions allier les traditions marocaines et l’univers de Saint Laurent», explique Karl Fournier, l’un des deux créatifs du duo d’architectes français. Un soubassement en granito rose de plus de 2 mètres, recourbé telle une traîne sur le sol, donne la sensation que le bâtiment puise sa force dans la terre.

Le jardin Majorelle réunit le mythe de Saint Laurent et celui de la douceur orientale. Il figure une époque d’amitiés et d’insouciance.

À l’intérieur, les clairs-obscurs mènent la danse. Passé un sombre corridor, un flash lumineux accueille le visiteur. Un patio circulaire, serti de vitraux aux couleurs de Saint Laurent, s’ouvre sur le bleu du ciel en référence au volcan de James Turrell.

La première exposition d’octobre sera consacrée au Maroc du peintre Jacques Majorelle, dont les tableaux figurent déjà au Musée berbère voisin. Avec cet ultime hommage, Pierre Bergé aura bouclé la boucle, entre le musée, le jardin et la Villa Oasis où Jacques Majorelle les précéda.

Yves Saint Laurent & cie

Mais l’empreinte de monsieur Saint Laurent infuse au-delà de cette géographie verdoyante. Parmi les incontournables figure La Trattoria, décorée en partie par le beau designer Bill Willis, un ami de la bande. «Je les ai connus en 1988. Saint Laurent venait souvent ici avec Bill. Loin des paparazzis, leur vie semblait gaie et légère», se souvient Mohamed Anaflouss, le propriétaire du restaurant. Un peu plus loin, le Grand Café de la Poste, restauré par KO, semble encore bruire des fêtes passées.

Pierre Bergé et Yves Saint Laurent ne craignaient pas alors de venir affronter les chaleurs de l’été. «Ils vivaient à la marocaine, sans climatisation, attendant simplement le soir pour sortir. Saint Laurent était fasciné par la place Jemaa-el-Fna», raconte Björn Dahlström. «C’était une vie très simple. On allait chercher le bois en calèche. Nous n’étions qu’une demi-douzaine et nous nous recevions tout le temps», se souvient Ludovic Petit, le fondateur du showroom Lup31.

Pour effleurer la magie de la Perle du Sud, il faut aussi s’engouffrer dans le royaume de Mustapha Blaoui, caché derrière une discrète porte en métal. Ce Marocain affable sait tout de la jet-set locale et de la décoration de ses palais. La dernière arrivée, Naomi Campbell, vient régulièrement farfouiller dans ce dédale de pièces regorgeant de tapis, meubles, objets et vaisselles. Mustapha offre le thé. «Tout le monde aimait beaucoup Yves Saint Laurent. Il était très gentil et généreux. Ils se baladaient dans des véhicules de fortune ou en moto. Je les avais suivis le jour où ils ont photographié le logo sur le sable. Le sable volait partout mais ce fut une magnifique image». Il se souvient aussi du jardin Majorelle, avant leur arrivée. «C’était alors le rendez-vous des amoureux. J’étais assez assidu», sourit-il.

Björn Dahlström, pour sa part, était alors trop jeune pour frayer avec cette bande. Il n’a croisé le maestro qu’une fois, dans le bruit d’une soirée. L’historien vit aujourd’hui avec ce mythe qui ne cesse de prendre de l’ampleur, en savourant l’atmosphère unique de la cité almoravide, ce port sans mer qui sait si bien cueillir les visiteurs de passage. En surveillant jalousement ce projet, qui tissera le lien avec ce passé majeur… 

Dans le jardin Majorelle, les derniers visiteurs s’éclipsent. Et nul ne sait si ce soir, à la nuit tombée, la magie ne reprendra pas ses droits.

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Ce somptueux riad, situé sur l’emplacement des ex-écuries royales de la Kasbah, sait surprendre ses visiteurs. Sa lourde porte en métal franchie, il faut montrer patte blanche pour que la bibliothèque de la réception bascule comme par magie vers un patio pavé de zelliges émeraude. La suite est une succession d’enchantements poétiques. Un origami de livres dessine un poème dans la salle à manger… plus loin, l’architecte Charles Kaisin a imaginé un salon mosaïque tapissé de losanges de soie multicolores, dessinant une place Jemaa-el-Fna stylisée. Tout a été réalisé sur mesure pour offrir la quintessence du raffinement marocain dans les 12 chambres spacieuses, aux murs en plâtre sculpté, avec terrasse privée sur le toit fleuri. De la piscine au restaurant, en passant par le somptueux spa, le service est toujours attentionné : Ichem Bouzenad, le propriétaire, souhaitait que ses visiteurs se sentent comme dans une maison. Pari réussi.

Almaha marrakech

55, derb ben-Zina, Kasbah. Tél. +212 (0)524 386 782.

www.almahamarrakech.com

© Jérôme Schlomoff pour Studio KO Paris / 2014

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Carnet d’adresses

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55, derb ben-Zina, Kasbah. Tél. +212 (0)524 386 782.

www.almahamarrakech.com

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Chez Soufiane

Dans un showroom immense et design, Soufiane présente de somptueux tapis tirant un trait d’union entre tradition et modernité. Son prochain bistro bio en terrasse sera sans aucun doute très couru. 13, souk des tapis, médina.

www.instagram.com/soufiane.zarib

Ben Rahal

La Rolls du tapis ancien. C’est ici que sont réunies les plus belles pièces patrimoniales de la ville.28, rue de la Liberté, Guéliz. Tél. +212 (0)524 433 273.

www.benrahalart.com

Anitan

À deux pas du jardin Majorelle, une sélection de vaisselle et tapis design.Rue Yves-Saint-Laurent, Guéliz. Tél. +212 (0)524 332 342.

www.anitanrugs.com

Mustapha Blaoui

Dans ce palais des mille et une nuits de plusieurs étages, Mustapha Blaoui propose une fabuleuse collection d’objets, meubles et tapis à des prix raisonnables.144, Arset Aouzal, Bab Doukkala.

Chabi Chic

Située sous le restaurant Nomad, cette petite boutique propose de la jolie vaisselle et des cosmétiques exclusifs.1, derb Aarjan, médina. Tél. +212 (0)524 381 546.

www.chabi-chic.com

Topolina

De ravissantes petites robes cintrées dans des étoffes soyeuses, imprimées de motifs bien choisis, dessinées par une Française.134, Dar-el-Bacha, médina. Tél. 212 (0)679 726 026.

Norya Ayron

Installée au-dessus du restaurant Jardin, cette jeune marque décline des cafetans et abayas en coton et viscose aux motifs chamarrés. 32, souk el-Jeld-Sidi-Abdelaziz, médina. Tél. +212 (0)661 295 990.

www.norya-ayron.com

Lalla

Laetitia Trouillet, une ancienne du Portobello Market, a inventé un style d’accessoires léger et chic. Ses sacs précieux feraient craquer les plus blasées. 35, bd el-Mansour-Eddahbi, Guéliz. Tél. +212 (0)524 447 223.

www.lalla.fr

Atelier Nihal

Accessoires, étoffes et tapis irisés sont tissés avec des fils de cuir et de coton selon le procédé exclusif de Marion Verdier, que l’on retrouve au 33, rue Majorelle, à côté du musée.

www.33ruemajorelle.com

Voice Gallery

La galerie de Rocco accueille une intéressante sélection de peintres et photographies dont le travail est souvent lié au Maroc.366, zone industrielle de Sidi-Ghanem. Tél. +212 (0)524 336 770.

www.voicegallery.net

Restaurants & cafés

Nomad

Ambiance dolce vita sur cette terrasse branchée, qui offre une jolie vue sur Rahba-Lakdima, la «place des épices». À l’intérieur, sur 2 étages, le décor mixe des carreaux de ciment graphiques et des coussins cosy. 1, derb Aarjan, médina. Tél. +212 (0)524 381 609.

www.nomadmarrakech.com

Café des Épices

La terrasse de ce restaurant joliment décoré reste une institution. 75, Rahba-Lakdima, médina. Tél. +212 (0)524 391 770.

www.cafedesepices.net

La Trattoria

Un incontournable qui a vu passer les plus belles soirées de Guéliz autour de sa piscine. Bien que très agrandi, ce restaurant italien a conservé toute son âme. 179, rue Mohamed-Beqal, Guéliz. Tél. +212 (0)524 432 641.

www.latrattoriamarrakech.com

Bars

Bar Churchill

Unique rescapé de la rénovation de la Mamounia, on y croise les fantômes de Churchill, Saint Laurent et de tous les jazzmen dont les portraits demeurent accrochés aux murs capitonnés. «The loveliest spot on earth», estimait Winston.La Mamounia. Avenue Bab-Jdid. Tél. +212 (0)524 388 600.

www.mamounia.com
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S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Air France dessert Marrakech jusqu’à 6 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Marrakech-Ménara.
À 6 km.
Tél. +212 (0)524 447 910.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
tél. +33 (0)892 70 26 54.

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À LIRE

Marrakech
Gallimard, coll. Cartoville.

Marrakech et le Sud marocain
Gallimard, coll. GEOguide.

Marrakech en quelques jours
Lonely Planet.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle.