Petrópolis
De Rio à Petrópolis
Impressions
d'Europe

au Nouveau
Monde

Cathédrale São Pedro de Alcântara, Petrópolis.

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Parque Nacional Serra dos Órgãos, entre Petrópolis et Teresópolis.

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Patio du Plage Café au Parque Lage de Rio.

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Casa de Cláudio de Souza, un ami de Stefan Zweig, à Petrópolis.

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Scènes de Petrópolis, entre parcs paysagers et palais néoclassiques.

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Scènes de Petrópolis, entre parcs paysagers et palais néoclassiques.

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Scènes de Petrópolis, entre parcs paysagers et palais néoclassiques.

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Universidade Católica de Petrópolis.

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Pêcheurs dans la baie de Rio de Janeiro.

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Casa da Ipiranga, bâtie à Petrópolis en 1884.

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Manuel d’Orléans-Bragance, descendant de l’empereur Pedro II.

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Palácio de Cristal à Petrópolis, une architecture en fer et verre emblématique du XIXe siècle.

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Palácio de Cristal à Petrópolis, une architecture en fer et verre emblématique du XIXe siècle.

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Le jeu d’échecs de Stefan Zweig, sur la terrasse de sa maison de Petrópolis.

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Mama Ruisa

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Palácio Amarelo, Petrópolis.

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Solar do Império

Dans la plénitude d’une terre luxuriante, entre les pages d’histoire d’un pays neuf, Stefan Zweig décèle à l’aube des années 1940 les résonances d’un monde d’avant-guerre. L’auteur du Joueur d’échecs vit au Brésil un exil tropical, où la nostalgie se teinte d’émerveillement. Après le somptueux Rio de Janeiro, Petrópolis, petite cité impériale bâtie par Pedro II, dernier empereur brésilien, offre à l’écrivain austro-hongrois un refuge poétique et fertile. Un paradis aux antipodes ?

Deux fois, en 1936 et en 1940, Stefan Zweig est entré en bateau le matin dans la baie de Rio. Son ravissement est resté intact d’un voyage à l’autre. Il a vu des îles sortir de l’eau comme «Vénus Anadyomène1». Il a vu des «jardins nageants2». Puis il a aperçu, «une image après l’autre3», une ville immense offrant des angles variés et d’inépuisables surprises. Dépliée «comme les doigts d’une main4». Ou comme «un éventail5». Commençant toujours, baie après baie, entre l’ondulation des collines. Le paysage est humanisé, féminisé, divinisé. L’enthousiasme de Stefan Zweig enchante le lieu, introduit du merveilleux dans sa beauté et sa grandeur naturelles. Un espace s’ouvre qui semble l’accueillir, plein de promesses et doté du même charme qu’une femme. L’écrivain ne se contente pas de regarder et de décrire ce qu’il a sous les yeux. Il éprouve le pays qu’il découvre, le respire, aime son odeur puissante de terre, de fleurs, mêlée à celle de la mer, l’habite au premier contact.

À la lumière d’un nouveau jour

Le projet de traduire ces impressions en mots dans un livre sur le Brésil, qui en célébrerait la vastitude et la «multiplicité divine6» – en regard de quoi «tout semble vide, fade, dégrisé7» – se forme dès 1936, lors d’un séjour de douze jours. Il lui faut donc revenir, et le plus tôt possible, chercher une maison où écrire, à l’écart, qu’il ne trouvera qu’après la parution de Brésil, terre d’avenir. Car ce n’est qu’en août 1941, après une tournée de conférences en Amérique latine, que Stefan Zweig s’arrête enfin à Petrópolis, une petite ville au nord de Rio, où l’avait auparavant conduit une brève excursion. Cet auteur de renommée internationale a trouvé dans l’immensité du monde un coin de terre qui lui rappelle son Semmering autrichien. À propos du paysage de cette ancienne ville impériale située à 800 mètres d’altitude et fondée au XIXe siècle par l’empereur Pedro II, de la lignée des Habsbourg, il parle d’Alpes brésiliennes. C’est dans un modeste bungalow assez loin du centre, au 34 de la rue Gonçalves Dias, avec une petite terrasse et un escalier à l’arrière de la maison – aujourd’hui détruit – qu’il entend recommencer à vivre et à écrire. De ce pays nouveau il attend la même «impulsion pour l’esprit8» qu’on éprouve certains matins, au commencement du jour. Une jeune femme l’accompagne, Lotte, sa seconde épouse, rencontrée en Angleterre quelques années plus tôt. Ensemble, chaque jour ou presque, assis dans un fauteuil sur un terre-plein au-dessus de la maison, ils lèvent la tête vers une montagne qu’on ne voit pas de la terrasse. Sans doute pour éprouver dans leur petit refuge, comme à Rio, le plaisir singulier de voir changer la vue «à chaque pas, de chaque nouvelle perspective, qu’on soit dehors ou dedans (…) de maison en maison, et dans la même maison, d’étage en étage, de chambre à chambre9».

De perceptions en recompositions

Lorsque, quittant Rio, on emprunte la route escarpée qui conduit à Petrópolis, le paysage traversé apparaît comme un composé singulier d’ici et d’ailleurs. Il présente ce caractère hybride qui donnait à Zweig des visions d’Europe au Nouveau Monde. Les voiles de brume flottant sur les feuilles des bananiers, larges et d’un vert vif ; les pentes escarpées des gorges, où coule une cascade, adoucies et rendues caressantes par l’épaisseur de la végétation tropicale qui les couvre ; les ciels, avec de brusques apparitions de déchirures bleues entre les nuages accrochés aux crêtes ; une nature grandiose, à la fois sensuelle et dramatique, donne d’emblée l’impression d’être au seuil d’un univers étrange qu’il ne suffit pas d’appréhender par le regard, mais par lequel il faut se laisser envahir et transporter, sans chercher à esquiver le trouble lié à l’arrivée soudaine d’un lieu dans un autre, à la lutte, et à la conjugaison de deux ordres de sensations appartenant à des espaces et des temps différents. La perception présente réveille une mémoire endormie et on éprouve un sentiment de complétude. Comme si l’ensemble des êtres et des choses créés se trouvait réuni et harmonieusement ordonné dans ce «nouveau monde» qui contient, englobe tous les autres. L’architecture de la ville impériale contribue à produire le même effet. Le style néoclassique des principaux édifices, le Palácio Imperial, le Palácio Rio Negro, le Palácio Amarelo, la Casa do Barão de Mauá et la Casa da Princesa Isabel, avec son jardin planté de cocotiers ventrus, de camélias et de palmiers ; l’arachnéenne rotonde de fer et de verre du Palácio de Cristal, évoquant une mode stylistique née en Europe à la fin du XIXe siècle pour les premières expositions universelles ; la présence, aujourd’hui encore, de quelques très anciennes familles, en tout premier lieu, celle d’Orléans-Bragance, descendant du roi Louis-Philippe, figurent des enclaves d’Europe au Nouveau Monde. Ici le temps semble s’être suspendu. Comme dans un pays imaginaire, au paradis, ou dans une île d’Utopie. Paradis, le mot était apparu sous la plume d’un des premiers explorateurs à avoir découvert le Brésil.

La veine des explorateurs

En même temps que Le Brésil, terre d’avenir, Zweig écrit et publie Amerigo en 1941 : une brève biographie du Florentin Amerigo Vespucci. Accusé à tort d’avoir usurpé le privilège de donner son nom à l’Amérique par le biais d’un voyage imaginaire, oublié au profit de Christophe Colomb, il est pourtant le découvreur de ce «nouveau monde» ; le premier à avoir compris que le Brésil était un nouveau continent au sud de l’équateur, et non pas le prolongement de l’Asie. L’enquête biographique, conduite avec minutie afin de réparer une injustice, d’un style plus sec, moins lyrique que celui de Brésil, terre d’avenir, n’en laisse pas moins transparaître ce que Zweig a éprouvé et souhaité éprouver à Petrópolis : la farouche espérance d’avoir trouvé, hors du temps, le paradis sur terre, un jardin merveilleux et clos, varié et odorant, plein de surprises renouvelées. Et de fait, qui marche aujourd’hui dans l’immense Parque Nacional au pied de la Serra dos Órgãos, jouxtant la petite ville de Teresópolis – où l’écrivain a séjourné en 1940 – ou dans les parcs de Rio, l’une des rares villes à être traversées par une montagne et une forêt tropicale, peut se figurer l’émotion d’Amerigo Vespucci devenue bientôt celle de Zweig lui-même. Soutenu dans sa navigation par la croyance que Dieu, après la chute, n’aurait pas détruit le paradis mais l’aurait placé de l’autre côté de la mer, aux antipodes, dans une zone que l’on supposait impénétrable aux mortels, l’explorateur pensa y être arrivé en débarquant au Brésil, et peut-être aussi, beaucoup plus tard, son biographe. Stefan Zweig au Brésil s’identifie pour une part à son modèle, mais ajoute aux impressions de la nature celles d’«une culture ancienne préservée avec un bonheur tout spécial par la distance10», préservée des atteintes de l’Histoire.

Une flânerie dans Rio jusqu’à l’ancien quartier portugais de Largo do Boticário permet de connaître à son tour cette sensation d’un monde protégé auquel on peut vouloir accoler le mot de paradis. Quelques antiques façades ornées d’azulejos, ouvrant à l’arrière sur une jungle touffue, forment au fond de la place pavée et petite une sorte d’îlot d’où se dégage une qualité particulière de silence. L’union en un même lieu à l’écart d’une architecture ancienne et d’une végétation en perpétuel essor surprend et charme autant qu’une image vue en rêve. On hésite à trop s’approcher. On suspend son pas au bord de la place. On laisse s’installer l’illusion de la permanence au nouveau monde d’un passé européen que les secousses de l’Histoire récente auraient laissé intact, intouché.

1.Dans ses Journaux 1912-1940, à la date des 14, 15 et 16 août 1940 Zweig écrit ses impressions de l’arrivée ; ces pages seront reprises et développées dans Le Brésil, terre d’avenir. 2. Le Brésil, terre d’avenir p. 199, éd. Le livre de poche. 3. Id. p. 200. 4. Journaux 1912-1940, 14, 15 et 16 août 1940. 5. Le Brésil, terre d’avenir p. 200. 6-7. Id. p. 198. 8. d. p. 20. 9. Id. pp. 197-198. 10. d. p. 20.

Lieu d’écriture

Une maison qui lui rappelait, par sa position en surplomb et les montagnes environnantes, celle du Kapuzinerberg à Salzbourg : telle est la demeure d’écriture que Zweig a trouvée à Petrópolis. Son relatif isolement favorise la réflexion. Sa situation élevée symbolise la hauteur de vue que cet intellectuel humaniste, féru de Montaigne et d’Érasme, entend prendre sur l’Histoire présente. Habitué aux vastes demeures, à Salzbourg et encore en Angleterre, il choisit un refuge de dimensions modestes, un observatoire avec une étroite terrasse à l’avant ; quelques mètres au-dessus du Café Elegante, aujourd’hui disparu, où se réunissaient des joueurs d’échecs. Dans la maison a été conservé un échiquier, car c’est à Petrópolis que Zweig écrit sa célèbre nouvelle Le Joueur d’échecs. Tout ici indique la volonté de compenser par la liberté de l’esprit les limites imposées au corps. Des déplacements peu fréquents à Rio, un par mois seulement ; une vie solitaire où l’on ne dépend plus de personne. Sauf des livres nécessaires au travail, empruntés à la bibliothèque municipale de Petrópolis ou achetés chez un vieux bouquiniste, comme une édition des Essais de Montaigne pour cette biographie, dont il écrira la préface à Petrópolis.

Mama Ruisa

Jean Michel Ruis a voulu que cet hôtel de style Art nouveau, le premier à ouvrir en 2005 dans le quartier aristocratique de Santa Teresa, offre une image du Brésil, et de Rio en particulier, tournée vers la culture et la création. Il l’a meublé avec de très belles pièces de designers brésiliens des années 1960. À ses hôtes, il propose un petit livret où figurent quinze lieux à découvrir dans Santa Teresa et à proximité, galeries, boutiques et parcs, les principales manifestations et les adresses des musées. On y parle français et des acteurs et artistes de l’Hexagone viennent s’y reposer.

Mama Ruis

a Santa Cristina, 132, Santa Teresa, Rio de Janeiro. Tél. +55 21 2210 0631.

www.mamaruisa.com

Solar do Império

L’hôtel réunit autour d’un jardin planté de cocotiers ventrus et de camélias centenaires deux belles demeures du XIXe siècle. La plus grande, de style néoclassique, précédée par un patio où goûter la fraîcheur du matin ou du soir, fut construite en 1875 par un marchand de café portugais, Joaquim dos Passos. Parce qu’elle trouvait que c’était la plus belle maison de l’avenue Koeler, la princesse Isabel décida d’anoblir son propriétaire et le fit commandeur, baron du café. Élégant et confortable, l’établissement entretient la mémoire de la cité : chaque chambre porte le nom d’un membre de la famille impériale. Elles sont desservies par un long couloir sur lequel ouvrent de petits salons où l’on peut agréablement lire ou se détendre.

Solar do Império

Avenida Koeler, 376, Petrópolis. Tél. +55 24 2103 3000.

www.solardoimperio.com.br
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a Santa Cristina, 132, Santa Teresa, Rio de Janeiro. Tél. +55 21 2210 0631.

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À LIRE

Les ouvrages de Stefan Zweig
sont publiés dans la collection La Pléiade, Gallimard.

Stefan Zweig, Le monde d’hier
Laurent Seksik, Flammarion.

Rio de Janeiro
– Brésil Gallimard, coll. Encyclopédies du voyage.

Rio de Janeiro
– Brésil Gallimard, coll. Bibliothèque du voyageur.

Brésil
– Lonely Planet.

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