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Los Angeles Dream

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Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, au restaurant Botanique, 71, rue de la Folie-Méricourt.

Ryoko Sekiguchi, writer and translator, in the restaurant Botanique, at 71, rue de la Folie-Méricourt.

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homme veste jaune

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femme marchant

Dans la tribu du cycle, vitalité et beauté sculptent le corps d’un même éclat. Un art de vivre tout en rigueur et belle allure, du bout des doigts… jusqu’à la pointe des pieds.

Lunettes solaires Montures acétate et barre en métal, verres miroirs Elevenparis Maillot Merino en laine mérinos et polyester, collection Cycling Le Coq Sportif Collants Women’s Padded Tights en ThermoRoubaix® à séchage rapide Rapha Gants Classic Mitts Dos en Lycra et paume en cuir souple avec renforts matelassés, bordure réfléchissante Rapha

Vélodrome Jacques-Anquetil, Bois de Vincennes, Paris.

multicolore

<b>Montre Pierre Arpels Heure d’ici & Heure d’ailleurs en or blanc </b>

<b>Montblanc Heritage Spirit Orbis Terrarum LATIN UNICEF en acier </b>

<b>Van Cleef & Arpels</b>

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texte illuminé

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homme blouson jaune

Verger et jardin aromatique de l’abbaye d’Aubazine, orphelinat qui accueillit Gabrielle Chanel.

The orchard and herb garden of Aubazine abbey, the orphanage where Gabrielle Chanel grew up.

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La maison Hermès a choisi la fantaisie urbaine d’un entrepôt industriel de Downtown L.A. pour présenter son univers masculin printemps-été 2017. Au fil d’un parcours insolite, entre jeux de matières et jeux vidéo, Véronique Nichanian a offert à sa mode, malicieuse et intemporelle, un cadre sur mesure.

Oh !

C’est le mot qui vient à l’esprit en entrant dans ce rêve éveillé. Loin du Walk of Fame, la nuit tombe en jaune et bleu sur Downtown L.A. La voici, baignée de soleil, drapée du ciel, cette nuit qui, le temps d’un défilé printemps-été, ressuscite le jour et sa gaieté. Sous les projecteurs, des hommes défilent le long des murs de briques. Les matières dansent avec la lumière, le souffle fin d’une chemise vole au vent. Un blouson réversible s’avance – deux tempéraments, deux vies, comme pour toujours porter sur soi son jour et sa nuit. Des hommes loin de l’évanescence, des héros discrets. À l’exemple de ces briques qui rappellent que l’esprit n’est rien sans la matière. Véronique Nichanian, l’âme de cette collection et de l’univers homme Hermès, a bouleversé le pas du défilé. Aux mannequins, elle a mêlé un architecte, un chef de cuisine, un metteur en scène : «Je suis l’antiformatage, vive la différence !» La vie défile en majesté, sensuelle et gaie.

La fabrique du bonheur

Un dédale attend les invités, où chaque sens est convoqué. Invitation à se perdre, à rêver… Huit microcosmes transportent l’esprit sur le cheval à bascule du songe. Please Do Touch plonge dans le monde des matières Hermès. La main effleure un fragment encadré. De l’agneau naturel, aussi doux qu’une peau d’ange, si blanc qu’on pourrait, en passant, l’ignorer. Joie enfantine de caresser. Par le toucher, la main rejoint la main – celle qui a créé. Passation, spiritualité. Les plus belles peaux côtoient l’infinitésimal damier d’un prince-de-galles. En presque trente ans, Véronique Nichanian a joué avec la variété – lamelles de papier, Néoprène, scoubidou… sans jamais s’ennuyer. Le masculin ne serait pas drôle ? Elle répond, amusée : «Pourquoi tant de filles viennent-elles s’habiller chez les hommes ?» Elle parle encore de son «plaisir gourmand» à créer, de «l’excitation enfantine» à garder. En écho, les balles de ping-pong des invités s’ébrouent. Certains, au basket, tirent des paniers. Le jeu ou l’éternel gardien de la création.

Brin(s) de liberté

L’esprit de Véronique Nichanian a la joie du rebond. Car le fil de trame invisible de son travail est la liberté. Elle aime les «twists au second degré». Là, le vent de modernité d’un blouson à motifs chevaux traités façon camouflage. Ici, les constellations tie-dye qui étoilent savamment un cardigan. Un sac Bolide Shark passe, délicieusement carnassier… Plus loin, des losanges sèment le désordre sur un cachemire. Chez la créatrice, cette liberté n’est ni anarchie ni gratuité. Ses assistants le savent, à qui elle répète : «Une poche doit servir, un manteau doit se boutonner.» On peut être «rêveur et pragmatique», dit-elle avec cet art qui fait d’un vêtement son propre dépassement. «Je préfère les fautes de goût au total look. Libérez-vous !» Sur un mur-bibliothèque chargé de lettres, elle invite chacun à trouver, à son gré, les mots du bonheur.

Réserve naturelle

Rarement les vêtements auront été si proches de leur essence. Véronique Nichanian les travaille sans les dénaturer par des logos ou des «effets de manche et de podium». D’un habit, quand un ami lui dit : «Tu sais, il ferait une belle photo...», elle sourit : «Ce n’est pas suffisant !» À l’ostentation, elle préfère la discrétion, le travail sur les matières, les tissus, les finitions, les touchers variés. Mais aussi sur l’intime et le pour soi. À l’exemple des tiroirs secrets des meubles anciens, à languettes et poussoirs, qui cultivent leur mystère sans tour de force, dans l’ingéniosité. Ainsi de la doublure en agneau d’une poche ou de microdessins ajourés. C’est en con dente qu’elle parle aux matières, n’hésitant pas à les baptiser. Un tissu tramé devient la Toilorage, une toile légère, la Toilovent... Ainsi font les rêveurs, ainsi font les enfants.

Vêtement de garde

Dans ce défilé, le beau n’est jamais statuaire ni figé. Sans doute parce que leur créatrice veut «des vêtements émotionnellement sensibles», qui aiment la rue, le risque, la vie. «Des vêtements de choix aussi, de séduction, dont la sacralisation est dans l’appropriation gourmande des hommes.» Des vêtures de garde, surtout, qui, comme les grands vins, s’ennoblissent avec le temps. Parmi les huit espaces de cette nocturne Hermès, Make Time Your Own. Un lieu tamisé, tout en secrets, comme une salle du trésor où les objets ont la parole. Onze blousons en cuir et un pantalon, narrés par leurs heureux possesseurs. Une façon de s’abstraire du défilé pour renouer avec la durée. Véronique Nichanian aime la patine, les «vêtements qui ont des bleus» : «Un accroc, c’est comme une ride. Ce n’est rien !» Time Is On My Side des Rolling Stones... Un habit nourrit un dialogue, une complicité, à l’instar d’un parfum qui se lie à la peau. Il ne conte pas une anecdote mais une histoire. Chez Hermès, un vêtement devient l’amant du temps car «nul instant n’a la force de se survivre à lui-même1».

 

1 Vladimir Jankélévitch, Les Vertus et l’Amour, Flammarion.

© Édouard Caupeil - Laura Coulson.
Laura Coulson - Frederik Nilsen © Billy Farrell, Sam Deitch/BFA.com - Laura Coulson

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