Défricheur
de regards

Sur le bureau de Sam Stourdzé, l’affiche des prochaines Rencontres et un portrait pop-up offert par une festivalière, entre autres choses…

Sur le bureau de Sam Stourdzé, l’affiche des prochaines Rencontres et un portrait pop-up offert par une festivalière, entre autres choses…

Sur le bureau de Sam Stourdzé, l’affiche des prochaines Rencontres et un portrait pop-up offert par une festivalière, entre autres choses…

Les quais du Rhône à Arles, dans le quartier de la Roquette.

Les quais du Rhône à Arles, dans le quartier de la Roquette.

Près de Noordhoek, sur la côte ouest de la péninsule du Cap.

Near Noordhoek, on the west coast of the Cape Peninsula.

Rétif aux trajectoires établies, Sam Stourdzé a formé son œil sur les routes de traverse avant de prendre la direction des Rencontres d’Arles en 2014. Il y défend chaque année une photographie débordante, alerte et exigeante.

Les Rencontres d’Arles ont beau constituer le festival photographique le plus important du monde, elles n’en restent pas moins un événement à dimension festive et buissonnière grâce à ses expositions dispersées dans les cloîtres, les églises ou les friches industrielles de la ville. Ce festival pousse toutes les portes et ne s’enferme dans aucune chapelle, couvrant tous les champs de la photographie actuelle, de l’image vernaculaire à l’installation plasticienne. Sam Stourdzé est l’homme-orchestre de ce rendez-vous qui fête cette année sa 48e édition.

Arles ne s’appelle pas festival mais «rencontres». Cette nuance lexicale est-elle, selon vous, déterminante ?

Oui, nous sommes très attachés à cette notion de rencontres, dans toutes ses dimensions : rencontres avec la photographie, avec les photographes, avec la ville aussi car ce festival est tout autant une programmation qu’un rapport à l’espace et au patrimoine urbain, puisqu’il offre aux visiteurs la possibilité de découvrir des lieux d’exposition qui ne leur sont pas accessibles le reste de l’année.

Arles est un festival généraliste qui expose toutes les formes de photographies. Est-il appelé à le rester ?

Sans aucun doute. Nous attirons un public très vaste qui vient voir parfois ses seules expositions photo de l’année. Du coup, nous sommes soucieux d’affirmer l’éclectisme de notre programmation en proposant une quarantaine d’expositions, qui couvrent aussi bien la photo d’avant-garde japonaise avec les images iconiques de Masahisa Fukase, la street photography américaine avec les vintages de Joel Meyerowitz, la photo d’auteur avec les clichés de paysage intimistes de Kate Barry, l’autoportrait avec les mises en scènes décalées de l’actrice Audrey Tautou ou encore de larges panoramas dédiés aux scènes photographiques iraniennes ou latino-américaines…

Nous vivons dans un monde saturé d’images. Le festival participe de cette offre pléthorique. Mais sa vocation est-elle aussi d’aider à décrypter ?

Notre rôle est de créer des hiérarchies en permanence. Nous sommes là pour tenter un arrêt sur image et offrir au visiteur un observatoire de la photo à un instant T. Aujourd’hui, le temps moyen de séjour des visiteurs est de trois ou quatre jours, ce qui leur permet de voir une bonne partie des propositions qui leur sont faites. Il y a un côté «sportif» qui enchaîne les épreuves, comme un stage intensif, mais aussi une forme d’apprentissage et d’exercice critique du regard.

Y a-t-il une tonalité particulière qui se dégage de l’édition de cette année ?

On note depuis quelque temps le désir des artistes de montrer leurs images sous forme d’installations. Michael Wolf, dans l’église des Frères-Prêcheurs, a décidé de suspendre ses photos de gratte-ciel dans toute la nef. Une partie de son travail traite de la fabrication de jouets en Chine à travers des portraits d’ouvrières. Il a choisi d’insérer ces portraits dans un mur sur lequel se déploient 20 000 jouets fixés par de petits aimants. De même, l’exposition sur la photographie colombienne vernaculaire a pour cadre une tienda, une sorte de boutique où les photos sont affichées du sol au plafond.

Une séquence de votre programme couvre des projets portés par des enjeux sociaux, économiques ou politiques. La photo dit-elle quelque chose de l’état du monde ?

Oui, bien sûr. Il s’agit, par l’image, de comprendre les enjeux qui traversent la société contemporaine. La photographie nous intéresse lorsqu’elle déborde du cadre, lorsqu’elle se veut un point de vue sur le monde. Pour autant, nous ne sommes pas le festival du photojournalisme. Ce que nous mettons en avant, ce sont des visions et des pratiques artistiques.

La plupart des gens prennent leurs photos avec un Smartphone et Instagram, Twitter… ont engendré une révolution de la diffusion. Tenez-vous suffisamment compte de ce nouveau rapport d’immédiateté ?

C’est une question que l’on se pose. On nous propose régulièrement d’installer des dispositifs, tels que des murs d’images qui enverraient en direct les flux provenant des réseaux. Mais nous résistons à cette tentation, car nous considérons que notre rôle est de faire des choix et de rester fidèles à notre exigence d’éditorialisation.

Vous avez longtemps eu le désir de contourner l’institution, mais finalement, en ayant repris le festival d’Arles, ne vous êtes-vous pas laissé rattraper ?

Il est vrai que les années passent et que l’on finit par «s’institutionnaliser». En même temps, j’ai la faiblesse de penser que les Rencontres sont un trublion dans le monde des grandes institutions dédiées à la photographie et que l’esprit impertinent, décalé des fondateurs, souffle encore dans les rues d’Arles.

Agenda

  • Arles 2017 – Les rencontres de la photographie

    Du 3.07.2017 au 24.09.2017

    Parc des Expositions Forello Expo. Tél. +261 20 22 212 40.

    www.rencontres-arles.com

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