Nouvelle-Calédonie
Conversation
des antipodes

Fleur de gingembre rouge.

Baie de Wadra, sur l’île de Lifou

Baie de Wadra, sur l’île de Lifou

Pins colonnaires, île de Lifou.

Le lagon, séparé de l’océan par la barrière de corail

Lifou, la plus grande des îles Loyauté.

Lifou, la plus grande des îles Loyauté.

La baie des Amoureux, sur la côte ouest de Grande Terre.

Crosse de fougère, reflet de la biodiversité unique des lieux

Route fendant la forêt humide qui recouvre le cœur de l’île de Lifou.

Rivière et temple de la tribu de Tchamba, Grande Terre.

Rivière et temple de la tribu de Tchamba, Grande Terre.

Passe de Poé, profond canyon traversant le lagon.

Sheraton New Caledonia Deva Resort & Spa

Chez Waka Gaze

Le lointain a son vocabulaire. Celui d’un archipel naviguant dans l’infini de l’océan Pacifique. Il suffit alors de tendre l’oreille vers les murmures du lagon, les bruissements d’une terre tropicale, les échos d’un peuple mosaïque…

Les solitudes du Caillou

Les noms portent celui qui voyage. Ils l’occupent, en attendant l’arrivée, comme une promesse faite à un enfant impatient de voir derrière le rideau. À 17 000 km de l’Europe et des heures aériennes à égrener, le voyageur aura eu tout le loisir de tourner plusieurs fois ses imaginations autour d’un nom : Nouvelle-Calédonie. Donné par le navigateur anglais James Cook, qui baptisa ainsi les reliefs aperçus depuis son vaisseau en 1774, en hommage à la version latine de l’Écosse, Caledonia. Alors en abordant Nouméa, en respirant la première moiteur de l’été austral, en écoutant l’océan soupirer sur la barrière de corail, il y a un peu d’étonnement : quel rapport entre les landes écossaises et cet archipel qui, certes, connaît les pluies battantes, mais déploie au fil de ses rivages un climat de grand air, d’alizés cléments et de soirs tièdes comme des midis ?

Il faudra quelques détours sur les routes aventureuses, à chercher les panneaux capricieux et à longer des plages blanches comme une ligne de sel pour comprendre que cette Calédonie du Pacifique partage avec l’Écosse autre chose que des monts verdissants et des heures humides : une certaine aspiration à la solitude, à provoquer les déserts. Car Nouméa, la dame urbaine aux promenades nocturnes, se retire vite dans ses baies. Les chiffres le disent – la densité moyenne est de 14 habitants par km2 – mais les paysages sont plus éloquents. Sur Grande Terre comme sur les îles qui l’escortent, l’homme s’efface, on dépasse des villes comme on traverserait des rues endormies, on croise des villages comme on explorerait des jardins à l’herbe épaisse, plantés de cases rondes, d’hibiscus et de cocotiers. Les mots se mettent aussi au dépouillement : la «brousse» dès que les espaces s’ensauvagent, la «Chaîne» pour la dorsale montagneuse qui vrille Grande Terre, les «îles», tout simplement dès qu’on prend le large. Et les lieux-dits habillent le silence : la Forêt noyée, la Côte oubliée, le col du Crève-Cœur, l’atoll de la Surprise…

On pense à cet autre nom que ses habitants donnent à la Nouvelle-Calédonie : «le Caillou». Surnom modeste pour un territoire de 18 000 km2 cerclé par le plus grand lagon du monde, inscrit depuis 2008 au patrimoine mondial de l’Unesco et bordé par les immensités du Pacifique. Surnom presque paradoxal, tant le Caillou a des générosités fertiles, une fierté végétale et un taux d’endémisme frôlant les 80%. Comme les pins colonnaires qui font une couronne aux fronts rocheux, les fougères arborescentes qui brodent dans la forêt primaire ou les niaoulis, cousins de l’eucalyptus et parfumeurs de savane. Mais on comprend vite que ce nom de scène minéral et humble est la nature profonde de l’archipel, un socle singulier qui lie ses populations plurielles : descendants des bagnards et des explorateurs européens, peuples kanaks et polynésiens, arrivants vietnamiens, indonésiens, japonais… Sur ce Caillou poussent aussi les langages : le français, orné, imagé, réapproprié et les 28 langues vernaculaires kanaks (drehu, nengone, paicî…) qui le côtoient au quotidien.

Le balancement du temps

Aérodrome de l’île de Lifou, la plus grande des trois îles Loyauté, une petite heure avant le vol pour Grande Terre. Le calme règne, guichets fermés. Salle d’attente au choix : sur les sièges de plastique ou à l’ombre d’un grand faré coiffé de paille, qui laisse jouer la brise juste ce qu’il faut. Même les enfants se disputant une balle de tennis tamisent leurs cris et interrogent du regard les passagers en avance. À trente minutes du départ, les premières voitures déposent glacières, cartons et passagers, le petit hall carrelé s’anime comme une gare endormie à l’arrivée d’un train journalier. L’avion à hélices atterrit dans un vrombissement d’insecte, avant de repartir pour «35-40 minutes de vol, 50-55 si le vent est contre». Ce balancement des heures peut se résumer par une expression locale, prononcée en milieu de phrase comme une devise régionale : «Casse pas la tête». Une façon de dire que tout finira par se résoudre, que chaque avion finira par décoller et qu’il n’est nul besoin d’arriver trop tôt.

Puisqu’on a le temps – et l’espace –, chaque détail se mettra à compter : c’est, sur la plage de Peng, un vieil homme, gestes mesurés sous un chapeau de paille, qui fait glisser sa barque de métal sur des rondins et s’échappe sur le lagon, filets jetés. C’est la tache sombre d’une tortue venue respirer à la surface et que l’on suit, depuis la rive de Wé, dans sa nage horizontale. C’est, en s’éloignant sur un bateau moteur, les feux d’au revoir allumés par Bossie Ijezie, «petit chef» de la tribu de Hunëtë, devenus phares mouvants au fond d’une baie. C’est, en province Nord, un marcheur surgi sur les routes rougeoyantes du massif minier. Main levée, car la politesse en terre kanak est de saluer le familier comme l’inconnu.

L’être bleu

Retour de pêche au marché aux poissons de Nouméa. Picot rayé, loche-grisette, vivaneau rose, rouget de nuit écrivent leur poésie du large sur des petites ardoises. Les allées s’emplissent, femmes en amples robes mission, fermiers broussards descendus des plaines, étudiants venus des îles. Là où un citadin rompu à la foule commenterait par un : «C’est noir de monde», on lui substitue ici une version marine : «C’est bleu de monde». Si cette expression exprimant le foisonnement (on dira de la même manière : «C’est bleu de poissons»), préfère le bleu au noir, ce n’est sûrement pas un hasard. Car le bleu domine la palette néo-calédonienne. Sauf peut-être, quand les routes s’entortillent au cœur de la Chaîne ou percent le vert tropique. Mais encore, il n’est jamais loin, capte à nouveau l’œil au creux d’un relief.

Chaque jour sur les rivages, ce bleu accomplit un rituel orchestré par la lumière australe. Comme ce matin où le lagon de Poé, côte occidentale de Grande Terre, se réveille presque gris, les ourlets épaissis par la marée. Quelques crabes translucides glissent sur le sable, poussières animées par la brise. Puis le soleil monte et c’est comme s’il aimantait avec lui un minerai turquoise enfoui. Il colore la surface jusqu’à éclater. Ce bleu, balançant entre aigue-marine et turquoise, moucheté par les ombres du corail, on croit l’avoir vu sur papier des milliers de fois, éblouissant et enjôleur d’hiver. Mais à le toucher des yeux, il devient une soierie mouvante. Et quand midi écrase la cime des cocotiers, il prend aussi un parfum, fleuri, à peine iodé, parfois réchauffé de vanille.

Le plus surprenant se produira le soir, quand le bleu restera têtu face à l’obscurité. Voir une couleur la nuit, on croyait cela impossible. À quel moment le lagon prend-il le sombre du matin, boucle-t-il la boucle ? Il faudrait veiller, yeux de chat écarquillés, pour chercher l’éteignoir. Peut-être y a-t-il une seconde où tout se voile, une faille chromatique où le lagon succombe à l’océan, avant de recommencer son nuancier. Jusqu’à donner envie de jouer la redondance et de dire : «C’est bleu de bleu…»

Tata !

Il est toujours bon d’adoucir les départs. Surtout lorsqu’on voudrait ne pas les honorer, oublier qu’il y aura, à l’autre bout du tarmac de La Tontouta, des antipodes à rebrousser, des fuseaux horaires à remonter. Alors on donne ici à l’au revoir un petit nom affectueux : «Tata !» Parfois prononcé très pressé, parfois délayé en «ta-ta», pour faire traîner la revoyure. Une expression rivée à l’archipel, lancée à la fin d’une partie de pétanque, à l’ombre d’une station-service, au bout d’un chemin de brousse. Le dessinateur Bernard Berger, croqueur du parler et des accents calédoniens, auteur de la très populaire bande-dessinée La Brousse en folie, n’a jamais pu s’en défaire : «Même pendant mes années d’études en métropole, ce tata ne m’a jamais quitté. Il sortait spontanément et “révélait”, à la fin de chaque rencontre, que je venais de l’autre hémisphère.» Tata, deux syllabes pour un adieu, une manière de faire rebondir le départ, en espérant qu’il ricochera un jour en un retour.

Sheraton New Caledonia Deva Resort & Spa

Ouverte aux alizés et ajourée de bois de kohu, la vaste réception de ce jeune 5 étoiles donne le ton : au Sheraton Deva, inauguré en 2014 sur Grande Terre, le luxe est plus doux s’il se mêle au paysage. Les bungalows sont répartis comme un village à l’ombre de banians centenaires, veillés par des poules sultanes qui, du bout de leurs plumes bleutées, montrent le chemin vers un séjour léger, insouciant et contemplatif. Si l’on ajoute un golf en lisière de brousse, une piscine de 900 m2, un spa Deep Nature et des couchers de soleil à embraser tout le lagon de Poé, comment pourrait-il en être autrement ?

Sheraton

New Caledonia Deva Resort & Spa Domaine de Deva, route de Poé, Bourail. Tél. +687 26 50 00.

www.sheratonnewcaledoniadeva.com

Chez Waka Gaze

Trois pas, deux sur l’herbe, un sur le sable. Soit la distance qui sépare les quatre cases de Waka Gaze de la courbe turquoise de la baie de Wadra, au sud de Lifou. Sur la plus grande des îles Loyauté, comme chez ses deux sœurs, Ouvéa et Maré, on trouve peu d’hôtels, plus couramment une formule d’«accueil en tribu», comme ces chambres à l’épure océane : une porte de bois, une pièce ronde, un grand lit carré. On s’éveille sous le froissement du toit de paille, on glisse encore ensommeillé dans les premières vagues : parfois, il n’y a rien à ajouter.

Chez Waka Gaze

Tribu de Mu, Lifou. Tél. +687 45 15 14.

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Carnet d’adresses

Sheraton

New Caledonia Deva Resort & Spa Domaine de Deva, route de Poé, Bourail. Tél. +687 26 50 00.

www.sheratonnewcaledoniadeva.com

Chez Waka Gaze

Tribu de Mu, Lifou. Tél. +687 45 15 14.

Restaurants

Tamanou Beach

Au sud de l’île de Lifou, quelques tables en plein air, une cuisine ouverte où Éric sublime la pêche du jour en famille, enfant endormi sur l’épaule : rouget, langouste ou crabe de cocotier, riz sauce vanille (celle du coin) et salade de papaye. Revers de la fraîcheur, il vaut mieux réserver, en téléphonant ou en laissant un mot sur le comptoir. Baie de Wadra, tribu de Mu, Lifou. Tél. +687 45 09 24.

Le Taom

Au premier étage du vaste hôtel Château Royal, une adresse gastronomique un peu en retrait de l’agitation cosmopolite des soirs nouméens, qui revisite avec finesse les saveurs locales. 140, promenade Roger-Laroque, Nouméa. Tél. +687 29 64 00.

www.complexechateauroyal.nc

Drehu Village

Salade de patates douces, sashimi de thon jaune, poisson mariné au lait de coco, tarte compotée de goyave… la carte du restaurant du seul hôtel de Wé, sereine capitale de Lifou, est à elle seule une promenade tropicale.  Baie de Châteaubriand, Wé, Lifou. Tél. +687 45 02 71.

ww.hoteldrehuvillage.nc

La Sorbetière Ferry

Un glacier artisanal posé près du flanc des paquebots, idéalement placé pour observer le vent jouer avec les casquettes des croisiéristes en escale à Nouméa. Et donner aux rêves de longues traversées le goût d’un sorbet mangue-litchi. Quai Jules-Ferry, Nouméa. Tél. +687 27 20 58.

Prendre l’air

Lifou Nature

Sur les terres coutumières de Hunëtë, la famille Ijezie propose des randonnées botaniques et palmées entre forêt et falaises. Pour prolonger la découverte des plantes médicinales et des légendes kanaks, opter pour le circuit de deux jours, avec bivouac au bord d’une plage insoupçonnée, sortie en mer et halte à la table de Marianna. Un flambeau du tourisme partageur porté par Bossie et admirablement repris par son fils, Lino. Tribu de Hunëtë, Lifou. Tél. +687 45 05 56.

Toutazimut

Axelle Battie est arrivée il y a quatorze ans de métropole et, depuis, n’a pas décroché de la nature calédonienne. Au départ de Nouméa, elle promène son 4x4 sur toutes les pistes de Grande Terre, et organise des excursions à la carte dans le parc provincial de la Rivière bleue. Tél. +687 91 51 65. Nouméa.

www.toutazimut.nc

Cap Ulm Poé

Un petit aérodrome tenu par des passionnés de vol sur la côte ouest, d’où s’élancer pour contempler d’en haut le lagon de Poé. Après, les pieds dans l’eau, on le regarde différemment. À l’entrée de la plage de Poé, Bourail. Tél. +687 44 22 00.

www.ulm.nc

Centre culturel Tjibaou

Sur la presqu’île de Tina, un immanquable de début de séjour, tant pour sa silhouette effilée de bois conçue par Renzo Piano que pour sa programmation dédiée à la culture kanak. Rue des Accords-de-Matignon, Nouméa.

www.adck.nc

Organiser son séjour

Nouvelle-Calédonie Tourisme

Itinéraires, calendrier, carnet d’adresses, moteur de recherche selon l’expérience souhaitée (lagons, culture, saveurs…) : le nouveau site internet de Nouvelle-Calédonie Tourisme est une précieuse source d’inspiration pour qui prépare son voyage dans l’archipel. Informations, catalogues et brochures thématiques sont également disponibles à la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris. 4bis, rue de Ventadour, Paris. Tél. +33 (0)1 47 03 14 74.

www.nouvellecaledonie.travel
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Air France dessert Nouméa via Tokyo-Narita jusqu’à 7 vols par semaine au départ de Paris-CDG, en partage de codes avec Aircalin.

KLM dessert Nouméa jusqu’à 2 vols quotidiens au départ d’Amsterdam, en partage de codes avec Aircalin.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Nouméa-La Tontouta.
À 52 km de Nouméa.
Tél. +687 35 11 18.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : Tél. 3654.
— Depuis la Nouvelle-Calédonie :
Tél. +687 41 48 48.

Location de voiture

Hertz, à l'aéroport

Tél. +687 35 12 77.

www.airfrance.com/cars

À LIRE

Le Petit Marcel Illustré
Bernard Berger, éditions La Brousse en folie.

Le Calédonien de poche
Christine Pauleau, éditions Assimil.

Nouvelles calédoniennes
ouvrage collectif, éditions Vents d’ailleurs.

Nouvelle-Calédonie
Le Petit Futé.

Nouvelle-Calédonie
Lonely Planet.

Remerciements

Bernard Berger, Simanë, Sammy Ihage, Hélène Nimbaye et Lino Ijezie.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle.