Prisca & Olivier
Courtin-Clarins
mots à mots

Entre le père et la fille, le dialogue est sensible et l’accord absolu. À la tête de la maison Clarins, les deux générations se sondent pour mieux se rejoindre, dans la continuité.

Salon du château de La Colle Noire, demeure de Christian Dior dans les années 1950, restaurée aujourd’hui à l’identique.

Drawing room in La Colle Noire château, Christian Dior’s home in the 1950s, restored to its original condition by the luxury house.

Ce qui réunit parfois Prisca Courtin-Clarins et son père Olivier, c’est la diction. Certes, ils partagent le même côté enveloppé de la parole, le charme de son toucher sonore, mais c’est surtout dans la façon de prononcer certains mots, parfois plus fort que d’autres que l’on ressent cette filiation, cette proximité. Précisément, ce matin-là, c’est en évoquant son père que Prisca le rejoignit dans le timbre. Olivier Courtin-Clarins évoquait le sien avec la même clarté sonore : «Mon père était un énorme travailleur, un perfectionniste. Il aimait le choix des mots. Toutes les phrases avaient un sens.» C’est sans doute ce qu’il lui enviait, comme du reste sa mère et sa cuisine. S’il avait une réserve, c’est sans doute leur côté casanier. Pourtant cet homme plein de réussite et d’assurance (à la tête d’un groupe de 10 000 personnes) marche sur des œufs quand il s’agit de transmission. Lui ne fut jamais prisonnier de son héritage, puisqu’après avoir fait des études de médecine et de chirurgie, il choisit délibérément de rejoindre l’entreprise familiale. Gérer cette dernière n’est pas une mince affaire : «On se coupe de beaucoup de choses, de sa famille, de ses amis, il faut payer de sa personne.»

Tribut que ne semble pas subir Prisca Courtin-Clarins, directrice des spas. Ce «fardeau» est encore porté par son père et son oncle. Elle a sans doute la légèreté de sa génération, la fluidité liée au digital, au virtuel, à l’anticipation. Elle a juste puisé dans la boîte à outils maison pour avancer droit devant avec les devises familiales : «Respect, engagement, collaboration, audace et passion.» Avec cela, c’est comme un couteau suisse. Il y a réponse à tout, l’univers est balayé et démonté. Même les poutrelles de l’immeuble du siège pourraient répondre : elles sont aux normes HQE, respectant aux boulons près la planète dans son développement durable. Parfois, père et fille font penser à ces galaxies qui, dans leur parabole, se rapprochent. Puis s’écartent métronomiquement. Les rencontres se font pendant les vacances, dans le Sud, sous le soleil et autour du sport. Sinon, c’est boulot-boulot, déjeuner avec dossiers et mémos pendulaires.

L’un et l’autre se regardent et s’écoutent, scrutent leurs valeurs réciproques. Ils ont parfois les mêmes essuie-glaces, trient dans la modernité ce qui ne leur convient pas : les tablettes, les gens arrogants, les avions privés, l’impatience générale pour Olivier. Les machines-outils anti-rides, celles pour mincir chez Prisca : «Rien ne vaut le toucher, dit-elle, c’est la transmission, l’écoute de la cliente.» Dans ce croisement des cultures, ce va-et-vient, Olivier leur envie leur légèreté, leur fluidité. «C’est une génération où ils sont moins égoïstes», accorde-t-il comme s’il se voyait dans ses longues courses solitaires. «Je fais du vélo, de la natation. Je cours et marche longtemps et ce, sans musique. C’est alors que je pars très loin dans mes idées et mes songes.» Parfois lorsqu’il parle, Olivier marque une pause et s’indigne : «Les arrogants m’insupportent.» Vraiment. «Autre chose, je n’aime pas du tout la politique du produit très cher. C’est une culture trompeuse jouant sur la crédulité des clients et cela me choque beaucoup.» Dans ce monde du paraître, tous deux arrivent néanmoins à distinguer le simulacre de la séduction : «Dans toute personne, je ne cherche que le bon côté.» Ce à quoi Prisca répond autrement : «La séduction m’aide par des arguments à convaincre un directeur commercial à ouvrir plus de boutiques dans son pays.»

Père et fille semblent assez d’accord sur tout. «Il a l’expérience et régulièrement me fait changer d’avis. Et en me consacrant au développement des spas de Clarins, je suis libérée du poids de la maison. Je peux regarder au loin : les boutiques (il y en 60, objectif proche : les tripler), les 100 spas, le Spa & Lunch de Lille…»

Cela dit, lorsque le père demanda à ses filles (Jenna, la jumelle de Prisca, est directrice générale de la holding familiale), s’il devait choisir pour la ville entre une Aston Martin DB9 et une Smart, toutes deux désignèrent la belle anglaise. Celle-ci, depuis, sommeille souvent dans un garage, peinant à faire ses 200 km par an.

Olivier et Prisca trouvent même encore le temps de nourrir des paradoxes (les cravates pour lui ; sa future vie de mère de famille pour elle). Ils sont loin d’être control freaks (Haribo pour la fille, entrecôte pour le père) et dans ce ressac générationnel grandit une curiosité pour les détails, les perspectives, dont l’assiette (avec les Spa & Lunch qu’elle conçoit, le livre de cuisine qu’il vient de publier), et s’épanouit cet axiome transversal : drainer / lisser la vie.

 

 

BELLE DANS MON ASSIETTE
Dr Olivier Courtin-Clarins, éditions du Cherche-Midi.

OPEN SPA CLARINS
128, rue de la Pompe, Paris. Ouverture le 19 mai.
www.clarins.fr

SPA BY CLARINS
à l’hôtel La Badira, Hammamet (Tunisie). Ouverture le 18 mai.
www.labadira.com

 

© Roberto Pinetta, «Per non dimenticare»

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Camilla Frances