Faire peau neuve

Nichée au 205, rue Saint-Honoré, à Paris, la marque australienne Aesop invite le visiteur à l’évasion, le temps d’un soin sur mesure.

De l’univers des soins en institut, vous connaissiez les vapeurs, le versant humide, les ablutions, les peaux que l’on baigne, l’éponge à boucles épaisses. Comme un souvenir de roche, le geste s’enveloppait d’une minéralité marbrée, de brillances carrelées, d’ombres bleutées, d’éclairages cliniques. Parfois, une cascade en fond sonore, une musique d’eau, des mouettes. «Évadez-vous !» intimait-on. Il y avait alors – presque toujours – une piscine au bout du couloir, un sauna dans le vestiaire, un hammam près de la douche, un écho structurel au mouillé.

Mais tout cela, c’était avant. Car il a suffi que l’Australien Aesop – qui ne fait décidément rien comme tout le monde – se penche sur la question des soins esthétiques pour que l’exercice devienne un manifeste. Leur cabine parisienne est ainsi éphémère (sa clôture a été repoussée à mi-juillet), consacrée au visage et nichée dans un micro-appartement pour lequel il vous faudra labyrinther dans la cage d’escalier. La porte s’ouvre. Il n’y a que vous, et votre esthéticienne. On ne parle pas fort. Il faut enlever ses souliers et les laisser à l’entrée. Une moquette moelleuse épouse les orteils. Il est temps de lever le nez. Grâce à l’agence Paulin, Paulin, Paulin®, l’esprit du designer Pierre Paulin s’est emparé du moindre recoin. Du canapé aux appliques, en passant par les étagères et les pourtours de porte. Comme un mirage années 1970, des tons tabac, ébène, bronze, laiton, des matières étouffées, des lumières tamisées. Dans l’antichambre, une colline de fruits secs attend dans un plateau rond, telle une escale berbère. Est-on parti sans le savoir ? La suite se veut du même transport, déroulant un vocabulaire inédit pour le sujet. Le rêche sec du sarong de coton pour se dévêtir, le fumé du carafon d’eau, la pénombre étudiée, l’immensité du lit, à une hauteur telle que l’on y grimpe par un marchepied, comme un roi en couronnement, et puis les draps de lin, et le plaid en mohair pour vous border. Préciser que l’on vous prodigue des soins sur mesure, déployant parfois des produits n’existant qu’ici, relève presque de la déduction.

© Aesop

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