Sapporo
Avant que fonde la neige

Sapporo, avant que fonde la neige

Yui Adachi, coutelière et responsable du bar à vins Barcom.

Le parc national de Shikotsu-Toya, à deux pas de Sapporo.

Le Shinkansen en gare de Shin-Hakodate-Hokuto, terminus temporaire de la ligne Tokyo-Sapporo.

Les blocs du Festival de la neige de Sapporo, prêts à être sculptés.

Un couteau Ezabor, au manche taillé dans une corne de cerf d'Hokkaido

Une statue à l’effigie du moine Kobo-Taishi, au cœur du parc Maruyama.

La ferme Takeda sur l’île d’Hokkaido, bastion de la production laitière.

Dans son nord éloigné et immaculé, Sapporo aurait pu bouder de son isolement. C'est ce qui rend pourtant si attractif, non seulement pour son Festival de la neige, en hiver, mais aussi pour sa convivialité, et la force de ses paysages.

Rien de tel que de prendre un voyage à revers. Entendons-nous : il ne s’agit pas de marcher à l’envers, d’enfouir sa tête sous son pull. Non, il s’agit de le déjouer. Le laisser croire que l’on va à Tokyo. Puis bifurquer soudainement, façon filature du cabinet Duluc, prendre une autre destination finale (Sapporo, mais chut). Y aller en train. Logiquement, au terme de ce calcul louable, vous aurez semé tout le monde. 

Pourquoi le train ? Parce qu’il convient à une approche douce, à remonter lentement les parallèles. Laisser le paysage s’ourler, se couvrir. S’essayer à l’ébauche, celle-là même qui enflamme l’imaginaire. Le trajet faisait bien seize heures avec le train de nuit, le Cassiopeia. Il était merveilleux avec ses courbes années 1960, son bleu canard, ses 97 cabines et ses 7 suites panoramiques. Hélas, celui-ci s’est arrêté l’an passé pour laisser place au tracé cursif des crayons de couleur du Shinkansen. L’affaire se boucle maintenant en huit heures. Le temps de sommeiller, de se réveiller au rythme des gares, s’enfouir sous le tunnel de Seikan (53,8 km) pour laisser enfin percer l’île d’Hokkaido.

Dernier arrêt avant le Nord

Lorsque vous descendez du train, à la gare JR Sapporo, le ciel vous fait un superbe cadeau. Il se passe alors une chose magnifique, digne d’un conte. Il neige. La neige du Japon est réputée pour être l’une des plus belles au monde. La proximité de l’océan, les vents glacés de la Chine et de la Russie, les chutes abondantes, le froid vif lui confèrent une prodigieuse douceur, entraînant dans son sillage près de 605 stations de ski (record du monde, le saviez-vous ?). Joyeuse, abondante et câline, elle joue avec l’apesanteur. Comme dans une boule à neige. Les Japonais ont une vénération pour la neige. Ils adorent la regarder (yuki-mi) comme ils le font des pétales des cerisiers au printemps (hanami). On peut même boire du saké en l’observant (yuki-mi zake). La neige est certes le symbole de la pureté, mais elle déclenche, outre l’émerveillement enfantin, une sorte de porte entrouverte sur un autre univers, celui de l’au-delà. Serions-nous prêts à franchir le pas ? On pourrait y croiser, dans le reflet de la vitre, les femmes des neiges (yuki onna), ces épouses secrètes et parfaites qui disparaissent si seulement on évoque leur histoire. Une allégorie du sentiment qui fond aux rayons de l’amour.

Impressions saisies

Il ne faudrait donc pas raconter la neige. Car du reste, on ne le fait pas très bien. Il faudrait arrêter les mots, comme le train qui derrière nous va glisser vers ses hangars. Se poser là dans cette féerie pâtissière, ourlée de chantilly, de sucre glace. Nos pas font des bruits de meringue émiettée (cela fait saku-saku en japonais). Nous sommes là comme des bougies pensives.

À force de jouer avec ce voyage, vous risquez à votre tour d’être possédé par ce pays. Car il opère avec une infinie mansuétude. Inutile de hâter le pas, au risque de se prendre un somptueux gadin, de perdre un peu de votre dignité, ce qui est toujours fâcheux. La neige a l’effet infiniment apaisant des vagues sur un rivage, une sorte de caresse profonde, calme et silencieuse. La neige est douce. Elle ne tombe presque pas (chira-chira, c’est alors son bruit). Elle laisse éclore des sentiments du même velours. Des mots de quiétude, des mets de réconfort, des chambres emmitouflées. La neige de Sapporo est comme un langage. Elle joue les transversales : le disque de mousse serrée sur les verres de bière, le lait si lourd et sain, le silence comme un drap, la burrata de la Fattoria Bio Hokkaido, le visage des femmes dont on dit qu’elles sont les plus belles du Japon (trois régions se disputent ce titre : Akita, Kyoto, Hakata…). Le blanc est constant. Comme un rappel. Une incantation comme le White Forfait à 250 000 yens pour un mariage clés en main à l’hôtel Royton ; ou dans le riz façonné à la tiédeur de la paume pour les meilleurs sushis du Japon. Pourquoi ? Parce que Hokkaido est une île ouverte sur trois littoraux, la froideur des eaux donne aux poissons tout leur gras (et par là, leur expression). Au restaurant Molière, Hiroshi Nakamichi, un chef passionné, livre un plat miraculeux : des racines de lys avec du lait. Ce n’est donc pas un hasard si Haruki Murakami déclenche ici l’un de ses plus beaux textes Danse, danse, danse (1988). Il trouve à Sapporo l’étincelle dans le fictif Dolphin Hotel. Le mystère naît de la distorsion.

Les heures blanches

Les jours ici se déroulent au gré du temps. On skie bien entendu, on randonne, on marche. On peut laisser passer les heures. S’enfermer dans le musée d’Art moderne ; l’hiver y est doux, il n’y a pas grand monde. Attendre le soir. Il débute tôt dans les izakayas, ces petits restaurants délivrant des nourritures d’appoint, prétextes à boire (avec modération) saké et bière. Celle-ci est d’une belle fraîcheur, délurée. Elle a aussi cette petite amertume qui rend les choses plus fortes et denses… La nuit même est blanche, on s’y attarde. Au café Mingus, perché au 7e étage d’un immeuble anodin, l’Irish coffee est suprême. Il trouve son écho dans les chansons jazzy de Jaimee Paul. Dehors, la neige a repris, on la prend dans la bouche pour la goûter. La nuit s’est arrondie. La ville est un tendre paysage. On peut même le lui murmurer en 17 syllabes et 3 vers, le haïku.

Sur l’écume des neiges

Le voyage possède souvent un entrain, son propre allant. Celui de continuer à bouger sans cesse. Il suffit alors de pousser les curseurs, histoire de savoir si le pays a de la profondeur. Pousser les aigus, les basses, prendre venelles, obliques et traverses. Il suffit d’une gare, d’un autocar pour rejoindre, vers Otaru, le rivage et la mer hypnotique. La route, la voie ferrée longent cette dernière. Voici la mer du Japon et ses bleus de Prusse mais surtout tout son imaginaire, son combat millénaire, son va-et-vient, entre l’univers flottant, sa bonté (les bains, ses poissons), mais aussi l’antinomie de la vie, ses liquidations, son incessant affrontement. Ce serait presque la vague d’Hokusai (1831), même si celle-ci se dresse sur la côte de Kanagawa. Longtemps vous vous souviendrez de ses élans graphiques, de son rivage immaculé où jouent l’écume et la neige. Vous touchez là un bout du monde. Regardez bien, la terre va bientôt renoncer, la mer commencer ses soliloques. Vous tenez alors le nerf du voyage dans son incroyable bonté. Il n’y a personne ce matin sur le rivage de Shakotan. Le bureau de poste est dans la tendre vapeur de la bouilloire. Il fait un froid de canard. Les pores de la peau se resserrent, le cœur bat la chamade. L’autocar passera dans sept minutes. Parfois, cela dure quelques secondes, on a presque envie de poser ses valises. La vie semble limpide, le voyage est passé par là, minéral, et nous y sommes pour une fois, essentiels. Souvenez-vous : vous vouliez vous perdre, vous voilà retrouvé. Saisi dans le vif. Au petit matin, au ryokan Kuramure, dans le grand bain chaud, ouvert sur la forêt, la neige s’est remise à tomber…

Cross Hotel

Construit en 2007, cet hôtel judicieusement placé en plein cœur de la ville offre près de 200 chambres ventilant, selon les étages et les humeurs de sa clientèle, trois caractères de climat. Il est ainsi possible d’opter pour un séjour fonctionnel avec la catégorie Urban Style, tout en efficacité, sobriété et minimalisme chic, ou encore pour la version Hip, surprenante et tonique, étudiée pour fêtes et mariages. Notre préférence portant sur les chambres au style dit Naturel avec bois, matériaux doux et à l’atmosphère cosy très réussie. Du coup, l’hôtel apparaît mieux encore avec ses atouts, notamment le grand bain situé au 18e étage et offrant une vue royale sur la ville et les montagnes environnantes. Pour le reste, l’adresse se veut à vocation artistique, reçoit jazzmen et cinéastes ; restaurant et bar complétant le tout. Accueil amical et professionnel.

Cross Hotel

23 Kita 2-jo Nishi 2, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 272 0010.

www.crosshotel.com/sapporo

Royton Sapporo

Au centre de Sapporo, tout proche des musées, du parc Odori et du sanctuaire de la ville, immense établissement 5 étoiles (292 chambres et suites) aux ressources inépuisables (banquets, mariages, 2 restaurants, 2 bars, shopping, bains, piscine, institut de beauté…) donnant sur les montagnes et la ville. La montée en ascenseur est impressionnante.

Royton Sapporo

11-1 Kita 1-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 271 2711.

www.daiwaresort.jp/en/royton

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
© Parko Polo / Central Illustration Agency.
Carte illustrative, non contractuelle.

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En belle compagnie

Carnet d’adresses

Cross Hotel

23 Kita 2-jo Nishi 2, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 272 0010.

www.crosshotel.com/sapporo

Royton Sapporo

11-1 Kita 1-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 271 2711.

www.daiwaresort.jp/en/royton

Restaurants

Konakara

Il vous faudra être patient et persévérant pour dénicher cet izakaya spécialisé dans les poissons. Il est au 1 er  niveau, dans le déboîté d’un immeuble passe-partout. Ensuite, laissez-vous faire. Pas d’esbroufe, juste des clients bienheureux. Abordable.
2 Kita 3-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 281 1250.

Mieda

Dans le quartier noctambule de Susukino, au 4 e niveau, un restaurant et ses 9 fauteuils faisant face au chef pour un dîner haut en couleurs et saveurs, alternant effeuillé de crabe et feuilles de wasabi, miso cuit à la truffe, bouillon de légumes et porc Agû. Raffiné, réussi.
3 Minami 5-jo Nishi 3, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 532 2828.

www.premium-hokkaido.co.jp

Sai Mokkiriya

Minuscule estaminet pour artistes et étudiants attirés par la patine du temps, l’accumulation des objets et les nourritures à prix miniatures. Pas de réservations.

5-30-1 Minami 2-jo Nishi, Chuo-Ku. Tél +81 (0)11 219 0515.

Cafés & bar

Café Ranban

Spécialiste du café oeuvrant studieusement dans un décor apaisé sur des sonates de Mozart.
5-20 Minami 3-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 221 5028.

www.ranban.net

Café Mingus

AU 7 niveau, un bar vintage énamouré de cafés et de musique jazzy déroulée sur une somptueuse sono d’époque avec baffles JBL.
Osawa Bldg. 7F, 1 Minami 1-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 271 0500.

www.daiwaresort.jp/en/royton

Moon and Sun Craft Beer Brewery and Bar

L’une des bières artisanales fabriquées sur place dans une ambiance pub juvénile avec nourritures efficaces et décor rustique en bois clair.
Alpha Soseigawa Koen Bldg. 1F, 1-3 Minami 3-jo Higashi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 218 5311.

Shopping

Daimaru Fujii Central

Formidable déluge de papeterie, stylos, crayons personnalisés, encres (notamment Iro Shizuku) sur 7 niveaux. Tout y est. Au niveau 4, on peut goûter des ramens au miso, plat inventé ici-même.
3 Minami 1-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 231 1131.

www.daimarufujii.co.jp/central

Barcom Yui

Adachi est non seulement l’une des responsables de ce bar à vins tourné vers les produits bio locaux, mais elle réalise elle-même les couteaux Ezabor avec des bois et des cornes de cerfs d’Hokkaido. 2-15 Kita 2-jo Nishi, Chuo-ku. Tél. +81 (0)11 211 1954.

www.barcom.jp

Fattoria Bio Hokkaido

Authentique fabrique de Mozzarela, burrata, picotta travaillant le lait d'Hokkaido.
Boutique sur place. North 5-20, Heiwa-Dori 12-Chome, Shiroishi area. Tél. +81 (0)11 376 5260.

www.fattoriabio.jp
Carnet d'adresses
Vidéo

240

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Air France dessert Sapporo via Tokyo par 17 vols hebdomadaires au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Tokyo par 1 vol quotidien au départ d’Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Tokyo-Narita.
À 66 km de Tokyo.
Tél. +81 (0)476 34 8000.

Aéroport de Tokyo-Haneda.
À 30 km de Tokyo.
Tél. +81 (0)3 5757 8111.

Aéroport de Tokyo-Chitose.
À 5 km de Sapporo.
Tél. +81 (0)123 23 0111.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : Tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voiture

Hertz, aux aéroports de :
Tokyo-Narita. Tél. +81 (0)476 32 1088.
Tokyo-Haneda. Tél. +81 (0)33 744 0100.
Shin-Chitose. Tél. +81 (0)123 23 0100.

www.airfrance.com/cars

Office national du tourisme japonais

4, rue de Ventadour, Paris. Tél. +33 (0)1 42 96 20 29.

www.tourisme-japon.fr

À LIRE

Japon
Gallimard, coll. Bibliothèque du voyageur

Japon
Lonely Planet

Le goût du Japon
Mercure de France, coll. Le petit mercure.