Ça n’a pas de sens

Non, vous n’avez pas rêvé. Cet objet-ci n’a ni queue ni tête. Quel que soit le bout par lequel vous le prendrez, son récit semblera vous mener droit dans l’impasse. Vous reviendront alors en mémoire Sisyphe, Pénélope et les Danaïdes, et puis les constructions impossibles de Maurits Cornelis Escher, ses escaliers infinis, ses mains se dessinant l’une l’autre, sa cascade perpétuelle… Des histoires à dormir debout, dont vous seriez devenu le héros. Il faut dire qu’il y a parfois dans la mode un art consommé de l’autodérision, que Maison Margiela veille à pousser dans ses hauts retranchements intellectuels. Quatre lignes à angle droit, dont deux maintenues par des spirales, et ce cahier impossible à ouvrir vous interroge sur l’hermétisme de la page blanche, les saisons qui tournent en rond, la répétition du geste, le vase clos de son petit monde. Peut-être parle-t-il même de cet étrange sentiment face à l’incompréhensible, à l’importable, à l’inaudible, telle une poule devant un couteau, en panne de sous-titres. Il y a tout de même une façon de ne pas se prendre le mur et de sortir son épingle du jeu : en arrachant les feuilles, une à une, à commencer par la couverture. Voire en n’arrachant qu’un côté, pour tout de même réussir à tourner la page. Si si, vous devriez essayer.

cahier claustrophobe M

Ligne 13-Maison Margiela.
www.atelierdexercices.com

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