Reda Kateb,
la douceur
d’un fauve

Montre Classima 10263 automatique, boîtier en acier, bracelet en cuir d’alligator Baume & Mercier

Pull en coton et cachemire marron, chemise en coton marron Ermenegildo Zegna

Montre Chiffre Rouge A03 automatique, boîtier en acier, bracelet en cuir d’alligator cousu main Dior Horlogerie

Veste en lin crème, pantalon en laine bleu marine à rayures craie Brunello Cucinelli Pull en coton bleu Eden Park Foulard en soie bleu marine (personnel)

Montre Altiplano automatique, boîtier en or blanc non serti, bracelet en cuir d’alligator Piaget

Smoking en laine bleu marine MP Massimo Piombo

Pull en cachemire bleu Drumohr

Carré en soie imprimé (personnel)

Montre 1858 Manual Small Second à remontage manuel, boîtier en acier, bracelet en cuir de veau italien pleine fleur marron Montblanc

Veste en laine noire à rayures Etro

Pantalon en laine bleu marine à rayures craie Brunello Cucinelli

Polo en coton taupe Giorgio Armani

Montre Drive de Cartier automatique, boîtier en or rose, bracelet en cuir d’alligator Cartier

Veste en mesh vert olive, pantalon en coton vert olive et polo en coton crème Berluti

Foulard en soie imprimé (personnel)

Insaisissable, l’acteur passe avec souplesse d’un rôle à l’autre. Alors qu’il incarne ce mois-ci le guitariste Django Reinhardt, rencontre hors-champ avec un homme aux horizons pluriels.

Ce qu’il y a de bien, avec Reda Kateb, c’est sa distanciation, parfaitement hors cadre. Précédé d’une royale filmographie avec Un prophète (Jacques Audiard, 2009), Hippocrate (Thomas Lilti, 2014), Lost River (Ryan Gosling, 2015), Les Beaux Jours d’Aranjuez (Wim Wenders, 2016), il décroche son premier grand rôle dans le biopic consacré à Django Reinhardt et réalisé par Étienne Comar. On l’a retrouvé à Montreuil, au bistrot La Station Services, entouré de ses voisins, de ses amis. Encore imprégné de son personnage, mais calme, très calme, il évoque avec un timbre fauve, un débit apaisé, sa vie et même les beaux habits photographiés dans ces pages…

Se glisser dans des vêtements qui ne sont pas les siens, est-ce aussi entrer dans le goût des autres ?

Par chance, ce sont des stylistes qui me comprennent. Ils ont un regard plus frais. Et puis, ce sont des choses sans enjeu, si ce n’est de paraître différent de ce que je suis. Ensuite, tel que je suis, c’est une autre histoire. Je peux m’habiller très différemment en fonction des lieux, des gens… Ici, à Montreuil, je n’ai pas besoin de passer devant une glace avant de venir. Le regard que je porte sur moi en photo est assez distant, je ne suis pas le bon spectateur de moi-même. C’est accepter ainsi de ne pas être conscient de tous les changements. 

Sur votre visage, il y a beaucoup de paysages. Celui de votre père (l’Algérie), de votre mère (l’Espagne, l’Italie, la Tchécoslovaquie), construisez-vous vous-même une autre géographie ?

Cela fait longtemps que je ne me pose plus de questions par rapport à mon identité, à mon héritage. Ce sont des conversations qui le font. Pour moi, le rapport à l’identité est façonné par les gens avec qui j’ai envie d’être au jour le jour… La géographie, ce serait des musiques qui m’accompagnent sans cesse en fonction de l’humeur. Pour la joie ? Musiques du Nigéria années 1970-1980. Pour dissoudre la mélancolie ? Je l’accueille telle quelle et j’écoute du blues, pour sa résonance.

Dans votre voix, sa tessiture, arrivez-vous à localiser les sources, les influences ?

Non, parce que je n’ai pas du tout confiance en elle. Et en même temps, comme vous l’avez compris, je cultive une vraie distance par rapport à moi-même. Si j’entends ma voix, je garde quelque chose de désagréable. Il n’y a pas longtemps, j’ai enregistré un conte africain sur des musiques de Mory Kanté. On m’a dit que j’avais de la négritude dans le timbre. Ça collait vraiment. Sans être Africain, j’ai une voix d’Afrique. Je reste dans mon univers, j’écoute beaucoup de ces musiques : elles me renvoient rarement des choses incohérentes avec qui je pense être.

Avec Django, avez-vous beaucoup appris de vous-même ?

Je ne sais pas. C’est comme rentrer d’un grand voyage. On n’en ressent pas tout de suite les effets. J’ai découvert des choses de cette communauté manouche, de la vie pendant la guerre, de Django. Je n’arrive pas encore à verbaliser là-dessus. J’ai appris la guitare… Le reste ne m’appartient plus, tout est entre les mains des spectateurs maintenant. Nous, nous avons été traversés par le film, jamais possesseurs. François Truffaut disait aussi : «Il faut tourner contre le scénario et monter contre le tournage.»

Curieusement, Django Reinhardt était un personnage pudique dans une époque obscène…

Oui, il le disait dans sa musique. C’était son élégance. Il ne cherchait pas à être en phase. Dans notre époque qui peut être obscène aussi, c’est un point de connexion sur lequel je me retrouve avec lui.

Vous dites avoir été volontariste avec la caméra, où en êtes-vous maintenant ?

Je ne suis vraiment pas un dragueur de caméra. Je ne cherche pas à la séduire. En revanche, derrière elle, il y a un regard qui sera le fil rouge de l’histoire. Avec la caméra ? Je danse. Je sais qu’elle est là, je joue avec elle. C’est tout sauf un jeu frontal. C’est une partenaire avec qui je vais montrer des choses, en cacher d’autres pour qu’elle vienne les chercher. C’est une danse alchimique. Quand ça fonctionne, quand la justesse du geste adressé est perçue, c’est là où je suis le plus heureux dans mon métier…

Il vous arrive parfois d’être hors de vous ?

J’essaie de me mettre hors de moi le moins souvent possible. Mon remède, c’est l’ironie, même s’il faut parfois régler des problèmes de façon frontale. 

C’est Alber Elbaz qui vous avait glissé cette phrase : «Fais de grandes choses, avec une petite vie»…

Oui ! Ça m’avait vraiment parlé. Je ne cherche pas une grande vie, mais surtout je ne la subis pas. Les grandes choses, c’est pour les autres. Le théâtre, le cinéma m’ont élevé. Maintenant, je donne le change.

Assistant photo Jean-Patrick Simonetti

Assistante stylisme Ariane Haas
Coiffeur Stéphane Forlay
Maquilleur Tatsu Yamanaka
Production Iconoclast Image

Remerciements
Jean-Cyrille Boutmy, Marion Dufranc & Mathilde Loviconi / Marché Paul Bert Serpette, marché d’antiquités, art et décoration au cœur des Puces de Paris Saint-Ouen.

Franck Mesnel

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