Premier
de mêlée
Franck Mesnel, a dessiné à la main chacune des cartes pour les 30 ans d’Eden Park.
Panneau de tendances de la collection automne-hiver 2017.
Cartes pour les 30 ans d’Eden Park
Premier maillot de Franck Mesnel aux couleurs de XV de France

En bon rugbyman, Franck Mesnel cultive l’art d’être là où on ne l’attend pas. Portrait d’un avant-coureur, des terrains d’ovalie à la création de la marque Eden Park, qui célèbre cette année trente ans d’impertinence.

Un ancien rugbyman international, sous les verrières de son bureau parisien, pense-t-il encore aux années de stades, aux troisièmes mi-temps, au silence des arènes quand se concentre le botteur ? «Oui», souffle Franck Mesnel, 55 ans, 56 sélections avec le XV de France, presque heureux de l’avouer. «Développer Eden Park a toujours été une autre manière de chercher l’adrénaline, l’exaltation. J’ai d’ailleurs eu tellement peur de la fin de carrière que je n’ai pas fait une reconversion, mais une conversion.» Converti donc, à la mode et aux affaires, en créant cette marque – hommage au mythique stade d’Auckland – il y a trente ans, avec son ami Éric Blanc. À l’époque, il est un «gosse gâté» de Carrières-sur-Seine et joue au Racing, une équipée de Parigots qui manient l’art de la passe arrière comme du décalage. Qui entrent en jeu béret sur la tête ou, un soir de finale en 1987, nœud papillon autour du cou, rose de surcroît. «Être Parisien, ça voulait alors dire ne pas être du Sud-Ouest, ne pas appartenir à l’essence même du rugby… Il fallait donc nous imposer par l’impertinence, le jeu brillant.» De ces années où il défiait le terrain «parfumé-coiffé» et faisait rallonger ses shorts, Franck Mesnel a gardé l’élégance comme une politesse, une flambe tranquille tissée de matières fiables et de détails inattendus.

Une façon, aussi, de jouer au bord des cadres, d’aimer «frôler allègrement les moulures». Mais en respectant les règles, car en la matière le rugby n’a jamais pardonné. Ce fils de marin qui s’épuise trois fois par semaine sur un vélo, pilote des hélicoptères pour chercher le sens du vent, dessine aussi dès qu’il s’assoit dans un avion. Souvenir de six années à l’école des Beaux-Arts, d’un avenir d’architecte qu’il plaqua pour apprendre d’autres règles, celles de la publicité chez Euro RSCG, avant de se laisser rattraper par un petit nœud papillon.

Pour les 30 ans du lépidoptère en étoffe rose, le président-fondateur d’Eden Park veut «prendre un virage, faire d’une marque inspirée par le monde anglo-saxon une signature purement française», ambassadrice d’une impertinence renommée French Flair. Penser au geste d’après, donc, et laisser aux autres la nostalgie. Sa crainte à lui, ce serait plutôt de laisser filer le présent comme un ballon mal attrapé. Il est «admiratif du rugby d’aujourd’hui, toujours créatif». S’y serait-il vu une carrière ? «Oui, sourit-il. J’aurais juste eu 15 kilos de muscles en plus, je me serais adapté.»

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Renaud Capuçon