Edito

S’évader des périmètres, chahuter les curseurs, enjamber les clôtures, détricoter les contours. Vivre, un pas toujours de côté. Et puis regarder l’heure d’ailleurs, en oubliant ses tours de garde, et se dire qu’il n’y a pas plus beau, que cette liberté.

Aude Revier

La carte postale
de Nicolas Lefebvre

Sous ses doigts de graphiste voyageur, encres et crayons de couleur révèlent de «petites machines illustrées», des dessins atmosphériques – artiste, il manie aussi photo et vidéo. Ce mois-ci, clin d’œil d’une capitale de la mode, Milan (et son Duomo), par cet amoureux de l’Italie.

Hors cadre

Texte François Armanet

Et si l’essentiel s’accomplissait hors cadre ? Dans ce qu’on n’a pas photographié, fixé, figé dans nos souvenirs, mais dans les impressions fugitives et le mouvement de la vie, le maelström infini des marges… Élargissons le cadre, prenons du champ. L’époque est à la «jivarisation» conformiste ? La réalité s’appauvrit à force d’être réduite à nos écrans ? Éteignez tout. Comme l’exigent quelques rockers quand, l’obscurité venue, s’allume dans la salle une constellation de portables. Préservez la communion, l’écoute, le chant ! Le monde est dans la quête du hors-champ. Quand Nadar, ardent aéronaute et génial photographe, ose le flou, c’est pour chercher la lumière de l’âme. Quand les impressionnistes réinventent le flou, c’est pour rendre le rayonnement du mouvement. Degas, qui collectionnait les photographies, bouscule la vision et le rapport voyant/vu. Plongée, contre-plongée, changements d’angle, il recadre, décadre et saisit l’imperceptible. Mais c’est au cinéma qu’éclate la magie du hors cadre. Pour baliser la valeur dramatique du hors-champ, Méliès tend des ficelles qui délimitent le champ à filmer et impose à ses acteurs, littéralement, de ne pas dépasser les bornes. Le hors-champ sonore (off), dont Hitchcock fut le maître, alerte le spectateur et (ou) l’acteur d’un danger qu’il ne peut pas voir. Lieu de l’imaginaire, clef des songes (et des frayeurs), signe de la prescience du spectateur qui sait quelque chose que le protagoniste à l’écran ignore, le hors-champ est à la fois le domaine de la frustration, du désir aiguisé et de la jouissance anticipatrice. Il adjoint de l’espace à l’espace et du mystère à l’invisible. Pour vraiment voir, affranchissons-nous du cadre noir, franchissons ses frontières pour «Atteindre le point nul en soi-même vibrant (…) Tout immobile au fond du cœur de l’astre absolu / Le point vide support de la vie et des formes / Qui deviennent selon le cercle des tourments / Le secret des métamorphoses aveugles» que chante Roger Gilbert-Lecomte, poète et fondateur du Grand Jeu.