Vers soufflés

Raymond Queneau

Valery Larbaud rêvait d’un poème uniquement composé de noms propres. Anticipait-il les travaux de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature POtentielle) de François Le Lionnais et Raymond Queneau ? Queneau, auteur d’un ouvrage en tout point singulier, puisque ces Cent mille milliards de poèmes demeurent virtuels, à charge pour le lecteur de les élaborer. Fondé sur une mécanique combinatoire, il propose 10 sonnets de 14 vers qui riment selon les règles et permettent toutes les variations. La maquette géniale de Massin découpe chacun des vers en sorte que tout possesseur de l’objet rare se fabrique son propre recueil. Cent mille milliards de poèmes reste proprement illisible. Queneau a calculé qu’il faudrait quelque 200 millions d’années pour confectionner puis lire le tout. Vain exercice, car la finalité du propos tend à l’application d’un postulat plus qu’à une volonté poétique. C’est bien d’un livre blanc qu’il s’agit, au sens littéral et figuré du mot. Le poète des Fleurs bleues a écouté la muse fantaisiste qui l’a de tout temps inspiré. Il était célèbre pour son rire, qui l’a sans doute saisi tandis qu’il écrivait : «Grignoter des bretzels distrait bien des colloques.»

Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau. Gallimard, coll. Hors-série Beaux Livres.

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