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ré-écrire la ville

Passerelle de l’emblématique Selfridges Building.

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Façade victorienne de Custard Factory, transformée en complexe créatif et digital.

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La photographe, plasticienne et essayiste Ally Standing.

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Piscine de Moseley Road, redécouverte par le projet Hidden Spaces.

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Dans l’atelier d’Ally Standing, au Jubilee Centre.

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Jack Tasker, l’un des fondateurs de Hidden Spaces.

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Quartier résidentiel du sud de Birmingham.

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L’architecture lumineuse de la bibliothèque municipale.
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Le centre commercial Grand Central, inauguré en 2015.
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La jeune peintre Emily Sparkes.

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La bibliothèque de la ville et ses coursives.
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Brindleyplace, le quartier des canaux.

Adam Regan, propriétaire du club Hare & Hounds
Adam Regan, propriétaire du club Hare & Hounds
Regan
Bureau de Adam Regan
Perrott’s
Perrott’s Folly, tour au faux air gothique ayant inspiré J. R. R. Tolkien pour le Seigneur des anneaux.

Sur les lignes en briques rouges de celle qui fut l’ancien «atelier du monde», la cité des Midlands trace aujourd’hui des volutes ultramodernes. Le renouveau d’un récit urbain.

À la sortie de New Street Station, les premiers pas sur le trottoir font tourner la tête. Ouverte depuis moins de deux ans, l’imposante ruche de commerces de Grand Central domine le paysage comme une base spatiale. Sur ses parois de verre, le soleil crée de fascinantes aquarelles. En s’y reflétant, les murs de briques rouges des alentours prennent des formes distordues qui font frissonner l’œil. Tout près, la découverte du Bull Ring, le centre historique repensé au début du millénaire, provoque le même frémissement. Avec son design audacieux inspiré, dit-on, par les robes en métal de Paco Rabanne, le magasin Selfridges aimante le regard. Sa silhouette ronde et sa peau d’aluminium nous invitent à un jeu : tenter de décrire sa forme. Vaisseau futuriste (avec la passerelle du parking pour conduire à l’embarquement), nuage métallique… canapé géant ? Les gargouilles de l’église attenante, datant du XIXe siècle, semblent interdites face à ce mystère, l’un des nombreux de l’intrigante Birmingham, à la fois 2e ville d’Angleterre, mais aussi secret le mieux caché du pays.

Mosaïque spatio-temporelle

La surprise la plus évidente que réserve la métropole des Midlands tient en son mix imprévisible d’architectures et d’époques. Constructions de l’ère victorienne et inspirations postmodernes se joignent en une passionnante symphonie urbaine pleine de contrepoints, mais jamais cacophonique. Quelques bâtiments en béton, survivants des années 1960-1970, sont marqués par l’esthétique brutaliste. Imprégné de Le Corbusier, importé par les architectes Herbert Manzoni et John Madin, ce style massif et abrupt a presque disparu du panorama après avoir été considéré comme le Graal. Dans Le Cercle fermé, son roman de 2004, Jonathan Coe avait prévenu, faisant décrire par l’un de ses personnages l’effervescence de «cette ville ressuscitée, si occupée à se reconstruire, à se réinventer». Lui qui y a grandi nous confirme – avec une pointe de mélancolie – ce renouvellement. «Bien sûr, je suis nostalgique du Birmingham des années 1970, quand New Street était juste une vieille gare minable. Mais cela serait délirant de nier que la version moderne est meilleure. Il y a vingt ans de ça, une transformation similaire a eu lieu dans le bassin du canal.»

Lire l’avenir

C’est ainsi que Birmingham plonge les nouveaux venus dans un monde parallèle, dont la géométrie serait le centre de gravité. Symbole de cet univers à part, la bibliothèque publique, ludique construction en rectangles que les éclats du soleil transforment perpétuellement. Même si Jonathan Coe qualifie la précédente (disparue) de «chef-d’œuvre brutaliste», il s’enthousiasme pour la nouvelle, «une construction incroyable, un magnifique ajout au paysage de Birmingham !» Décrit par sa conceptrice, l’architecte néerlandaise Francine Houben, comme «un palace pour les gens», l’établissement est une grande boîte à surprises. À l’intérieur, des escaliers mécaniques préparent à un voyage qui se déroule au milieu d’une large rotonde ; disposés en rayons circulaires, les ouvrages y sont mis en valeur d’une manière novatrice.

Malgré cette démarche de science-fiction et son slogan («réécrire les livres»), le bâtiment n’en oublie pas pour autant l’histoire. Au dernier étage, juste au-dessus d’accueillantes terrasses, un mémorial est consacré à Shakespeare, né à quelques dizaines de kilomètres. «L’extérieur de la bibliothèque est, lui, une représentation du passé industriel de Birmingham, indique Ian Ward, à la tête du conseil municipal. Il y a aussi une référence au quartier – toujours en activité – des bijoutiers.»

Une carte aux trésors

Il y a trois ans, autour du cabinet Associated Architects, des copains se sont mis, pour le fun, à chercher derrière les façades, afin de retrouver l’histoire oubliée de certains bâtiments. «C’est amusant de voir ceux-ci coexister avec des constructions très modernes, affirme Jack Tasker de Hidden Spaces. Ce mélange donne de la personnalité à la ville… Birmingham n’a pas peur d’être différente !» L’un des premiers lieux sur lequel Hidden Spaces a mis un coup de projecteur se situe dans le quartier d’Edgbaston : la tour d’allure gothique de Perrott’s Folly, construite par John Perrott au XVIIIe siècle sans autre but que son divertissement personnel.

Avec son homologue située dans la même rue de Waterworks, Perrott’s Folly aurait frappé l’esprit du futur écrivain J.R.R. Tolkien – qui vécut enfant dans le sud de la ville. Ces deux monuments lui auraient inspiré les tours d’Isengard et du Mordor, tandis que la réserve naturelle de Moseley Bog aurait servi de modèle à la Vieille Forêt. Des décors-clés du Seigneur des anneaux et pourtant, aucune signalisation n’entoure ces lieux cultes. Non, Birmingham ne s’offre pas à la légère. «Pour la connaître, il faut l’éplucher et découvrir une à une ses différentes couches», résume en une image James Hall d’Associated Architects. Jonathan Coe confirme : «La ville possède des trésors, mais ne le crie pas sur les toits, elle préfère que les gens viennent et les découvrent.»

Création tous horizons

Cet équilibre entre héritage et horizon prospectif, un quartier de Birmingham l’illustre à lui tout seul, Digbeth, à l’est du Bull Ring. «Autrefois, c’était le foyer industriel de la ville, explique l’artiste Ally Standing, tout juste installée dans la pépinière de talents du Jubilee Centre. Les espaces des anciennes manufactures conviennent désormais parfaitement aux besoins des créatifs.» Construite par le fils d’Alfred Bird, l’inventeur de la crème anglaise sans œuf, Custard Factory abrite ainsi studios, start-up, boutiques… Chaque premier vendredi du mois, Digbeth s’anime, les galeries alternatives comme Eastside Projects ouvrent jusque tard, le Digbeth Dining Club régale dans la rue. Image de la transversalité qui règne ici, Centrala, adossée au canal, est à la fois une galerie, un café, une librairie, un lieu de concert… À Digbeth, la jeunesse de Birmingham ne manque pas d’idées. Emily Sparkes, qui, à 23 ans, a vu l’un de ses tableaux (un autoportrait) acquis par le musée de Birmingham, justifie ainsi la créativité locale. «On s’excuse toujours de n’être que la 2e ville d’Angleterre. En fait, ça nous ôte de la pression, ça signifie que l’on peut prendre plus de risques.» Une opinion partagée par le chanteur Mikey qui vient de sortir un épatant bouquet de chansons brit-pop, Valkyrie (EP). «Nous sommes un peu piégés au milieu de Manchester, Londres et Liverpool. Ça nous pousse à nous démener.»

À l’équateur de l’Angleterre

Peut-être qu’un jour, Mikey jouera au Hare & Hounds, dans le quartier de Kings Heath, à la fois pub et salle historique de la cité. Au cours de récents travaux, Adam Regan, le propriétaire, a ainsi retrouvé le lambris et le papier peint d’origine (datant de 1907) ! Mais l’endroit, chaleureux et à la super acoustique, est surtout célébré pour avoir abrité le premier concert du groupe de reggae UB40 en 1979. Des gloires telles que Kevin Rowland des Dexys Midnight Runners (le tube «Come on Eileen») ou Mike Skinner de The Streets y ont toujours leurs habitudes. «Notre programmation est éclectique, s’amuse Adam. Il arrive qu’à un concert tout le monde ait plus de 60 ans et qu’à un autre, personne n’en ait plus de 20 !» Jonathan Coe de conclure : «À mi-chemin du sud sûr de lui et du nord fier et arrogant, Birmingham est prise de haut. C’est ce qui donne à ses habitants ce sens particulier de l’autodérision que j’adore.»

© Library of Birmingham by Mecanoo architecten, Francine Houben

© Benoy/www.benoy.com

© Library of Birmingham by Mecanoo architecten, Francine Houben - Concept architect: AZPML

© Evie Williams

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Décrocher la lune

Carnet d’adresses

À faire

Ikon Gallery

Un rendez-vous obligé pour les amateurs d’art contemporain. Pointue mais accessible, la galerie expose dans de beaux espaces des artistes locaux tels que Roger Hiorns. Grâce à une installation très surprenante de Martin Creed, la visite débute dès que s’élève l’ascenseur !

1 Oozells Square, Brindleyplace. Tél. +44 (0)121 248 0708.

Bars & restaurants

Purecraft

Bar & Kitchen À deux pas de Victoria Square, en plein milieu du quartier des affaires, un excellent pub, à la fois distingué et chaleureux – la cuisine est ouverte, la décoration arty mais pas trop envahissante. On y découvrira de la très bonne bière en attendant que le chef prépare un fish & chips sauce tartare ou son magistral risotto. Parfait pour un déjeuner gourmand…

30 Waterloo St.Tél. +44 (0)121 237 5666.

www.purecraftbars.com

Pushkar

Dans une rue très animée le week-end, ce restaurant indien, qui se double d’un bar à cocktails, représente une oasis de tranquillité et d’élégance. Disposé dans une boîte blanche, le menu est déjà en soi une invitation à l’évasion. Après les obligatoires papadums (attention, certains sont fortement épicés), le régal peut débuter. Une cuisine indienne à la fois fine, pleine de saveur et copieuse.

245 Broad St.Tél. +44 (0)121 643 7978.

www.pushkardining.com

Pitcher & Piano

Un endroit parfait si l’on veut se désaltérer ou se sustenter en regardant le canal. La carte ne donne pas dans l’excentricité et réserve une grande place aux classiques (Caesar salad, burger, etc.). Mais les plats y sont bons, le service sympathique et l’addition légère, quoi demander de plus ?

The Water’s Edge, Brindleyplace.Tél. +44 (0)121 643 0214.

www.pitcherandpiano.com

Shopping

Great Western Arcade

Déjà, cette magnifique arcade victorienne datant de la fin du XIXe siècle vaut le détour. Surtout, dans ce bel espace marchand, on trouvera de quoi rapporter de solides souvenirs british, plutôt chics, de la confiserie gourmande et traditionnelle au whisky pour connaisseurs, en passant par le streetwear avec la boutique Projekt21.

Colmore Row / Temple Row.

www.greatwesternarcade.co.uk
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Air France dessert Birmingham par 3 vols quotidiens au départ de Paris-CDG.

KLM dessert Birmingham par 4 vols quotidiens au départ d’Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport de Birmingham.
À 10 km.
Tél. +44 (0)871 222 0072.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : Tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

Location de voitures

HERTZ à l'aéroport
Tél. +44 (0)871 309 3005.
www.airfrance.com/cars

À LIRE

Angleterre Pays de Galles Michelin,
coll. Guides verts.

Angleterre Pays de Galles hachette,
coll. le guide du routard.

Angleterre Pays de Galles Le Petit Futé

Le goût de la Grand-Bretagne Mercure de France,
coll. le petit mercure.

 

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