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Première à Salzbourg de The Exterminating Angel.

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Première à Salzbourg de The Exterminating Angel.

Auteur phare de musique contemporaine, pianiste et chef d’orchestre, le Britannique Thomas Adès parcourt le monde sur un tempo presto. Nous l’avons saisi au vol lors de la création de son dernier opéra, au festival de Salzbourg 2016.

Déjà exténué par l’Exterminating Angel auquel il vient tout juste de donner son envol, Thomas Adès est assailli par la foule au sortir des coulisses. Dans la chaleur d’un mois d’août autrichien, il a troqué son costume de chef d’orchestre contre un tee-shirt I Love Buñuel, hommage à l’auteur d’Un chien andalou, mais aussi de L’Ange exterminateur, réalisé en 1962. «Le librettiste Tom Cairns et moi avons énormément travaillé pour passer du dialogue cinématique au texte opératique. En tout, il nous a fallu six versions avant que je ne compose la moindre note. Puis le livret a continué d’évoluer, jusqu’au jour même de la première.» Sourire à la Mona Lisa, Adès semble aussi mystérieux que facétieux. Une particularité qui contribue peut-être au succès de son dernier opus, dont le sujet est à la fois drolatique et inquiétant : après un opéra, une société élégante est invitée à célébrer le maestro et les chanteurs (miroir, miroir…) ; on rit, boit, se congratule, mais les heures passent et personne ne parvient plus à rentrer chez soi. Le public de Salzbourg, lui, est toujours parvenu à quitter la salle de la Haus für Mozart enchanté. Car Adès est un poète de l’intermusicalité. Depuis sa première œuvre pour piano, Darknesse Visible (1992), réinvention destructurée d’un madrigal de John Dowland souligné d’un long trille ininterrompu, il s’est imposé comme un génie des mélanges de genres, un pêcheur de perles rares qu’il assemble pour créer des joyaux mélodiques inouïs. Éclats de pop, de jazz, de tango, de valse façonnent un paysage musical singulier où l’auditeur avance confiant. Éclats de rire parfois aussi, comme lorsqu’un personnage, celui de Bianca, s’installe au piano et entonne d’un trait de soprano léger, «Je vais vous jouer du Adès !» Miroir, miroir… d’un Salzbourg que l’on croirait volontiers pelotonné dans son passé, et qui pourtant chaque année programme des créations, invite de jeunes talents, déniche des œuvres méconnues, fait la part belle aux femmes. Il faut dire qu’ici, le patron est une patronne. Helga Rabl-Stadler, présidente très impliquée dans la vie des artistes, est fermement engagée en faveur de la musique contemporaine.

«Salzbourg est un lieu mythique où il est permis de monter des projets hors du commun. Travailler à Salzbourg, c’est à la fois plus détendu qu’en Grande-Bretagne ou qu’aux États-Unis, mais bien plus exigeant aussi», confie Adès, dont l’ange protecteur lui ouvrira au printemps les portes des plus belles scènes européennes.

© Salzburger Festspiele/Monika Rittershaus

Agenda

The Exterminating Angel

Du 24.04 au 8.05
au Royal Opera House, Londres. www.roh.org.uk
Et prochainement à New York et à Copenhague.

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Thomas Dariel