Avant Essaouira, le réalisateur Cédric Klapisch voyait le monde en noir et blanc. C’était en 1978, la ville lui révélait alors ses couleurs et sa lumière intenses. Près de quarante ans plus tard, le cinéaste retrouve la cité marocaine et nous livre ses images d’un lointain… intime.

Si vous prenez un compas et que vous faites un cercle pour savoir ce qui est à trois heures d’avion autour de Paris, au sud-ouest, vous tomberez sur Marrakech et Essaouira. S’il existait un coefficient de dépaysement, sans aucun doute Essaouira serait devant Kiev ou Istanbul, qui se trouvent pourtant à la même distance.

Pour moi, Essaouira représente cette «invitation au voyage» dont parle Baudelaire. Un véritable ailleurs tourné vers la mer, mais avec lequel chacun peut vite ressentir une grande complicité.

Le seul luxe ici est la simplicité brute de la lumière du soleil. Le calme est bien réel (quand le vent ne souffle pas trop fort) et la volupté se retrouve dans les plats et dans la façon qu’ont les gens d’être toujours bienveillants.

La première fois que j’ai été à Essaouira, j’avais 18 ans, et j’ai eu là-bas une sorte de coup de foudre visuel. Je faisais déjà de la photo en amateur, mais uniquement en noir et blanc. C’est à Essaouira que j’ai abordé la couleur pour la première fois.

Peut-être avais-je déjà vu des images d’Harry Gruyaert, d’Alex Webb ou de Bruno Barbey ? Pour tous les grands photographes amoureux de la couleur, le Maroc a toujours été une destination privilégiée.

En tout cas, pour moi, la découverte a été très intuitive. Pour décrire ce que j’avais devant les yeux, j’ai vite compris que le noir et le blanc ne suffisaient pas. Ce n’est pas un endroit binaire. C’est un repaire à diversité et à nuances.

C’était en 1978. Essaouira a été comme un portail pour me faire découvrir le monde infini des couleurs.

Quelque quarante années plus tard, j’ai fait presque les mêmes photos sans le vouloir. C’est incroyable de s’apercevoir à quel point notre regard a des tics… des obsessions… La photographie d’un lieu ou d’un voyage n’est jamais que le reflet d’une intériorité personnelle.

Je m’aperçois que mon œil est toujours attiré par les mêmes choses. Les entrelacs des maisons et des terrasses, entassées dans la médina comme des motifs cubistes.

Les couleurs qui ont la particularité d’associer vivacité et douceur… La lumière, toujours magnifique, qu’elle soit tranchée (les jours où le soleil tape) ou adoucie (les jours où des bruines maritimes la diffusent). Cette lumière se faufile partout, dans les ruelles, sur les terrasses ou au souk.

J’avoue que j’ai aussi été séduit par la discrétion affichée des gens qui circulent dans Essaouira. Les femmes voilées et les hommes en djellaba.

Aujourd’hui, comme il y a quarante ans, il y a toujours ces habitants invariablement accoudés aux remparts pour contempler l’océan. Et puis les marins pêcheurs, qui rangent leurs filets ou réparent leur bateau…

Chaque objet, chaque maison, chaque ingrédient semble apporter ici sa couleur distincte. Bateaux bleus, cirés jaunes, tapis rouges, crevettes roses, murs ocre, poteries turquoise… Tout est toujours haut en couleur. Il y a ici des mélanges qu’on n’oserait jamais en France, où tout est toujours plus «retenu». Quand on marche dans les ruelles d’Essaouira, on est saisi par la juxtaposition des couleurs tranchées. Le criard y côtoie le pastel avec une sensation d’harmonie et d’apaisement.

Au souk, on vend des épices, mais aussi des pigments. La garance, le cobalt, ce fameux bleu du jardin Majorelle et toutes les nuances de l’ocre… Comme si les murs de cette ville devaient prendre du goût quand on y ajoute des couleurs. Pour cela aussi, c’est une ville baudelairienne.

Les goûts et les couleurs «correspondent». À Essaouira, il y a un rapport entre déambuler et manger. On savoure la couleur des murs comme on dévore des yeux les plats de poissons, les couscous, les tajines, les sardines grillées, les salades, dont les expressions varient selon les épices qu’on y met, comme si la cuisine aussi se faisait ici avec une palette de peintre.

La médina est dense, mais garde un côté très paisible. Comme à Venise, même si la ville est beaucoup plus petite, on a cette impression de ruelles sinueuses et c’est agréable de profiter de l’absence de voitures. Comme à Venise, dès qu’on monte au niveau des toits, on découvre un autre monde qui surnage, les ruelles encaissées circulant dans l’ombre pour trouver de la fraîcheur.

Là-haut, sur les toits, se cache un monde offert au soleil. Plusieurs hôtels ont des cafés ou restaurants en hauteur avec des vues assez magiques. Le Palais des remparts, ou le riad Mimouna, par exemple. J’avoue que je peux passer des heures dans ces endroits panoramiques. Là-haut, on a le choix, le regard peut se porter soit sur la cité, soit vers la mer.

Côté ville, c’est un entrelacs de maisons et de terrasses qui se juxtaposent en différents paliers. Ça fabrique des sortes de compositions enchevêtrées assez enivrantes pour les yeux. De l’autre côté, c’est la vue sur l’océan, autant dire sur l’infini et l’aspect hypnotique du mouvement incessant des vagues.

Cette liberté apaisée et contemplative, on la ressent aussi chez les gens, dont la gentillesse et l’amabilité permanente viennent rappeler qu’il y a ici une douceur de vivre qui appartient de façon ancestrale au tempé-rament des lieux. Ici rien ne se veut agressif, et cela donne à Essaouira l’allure d’un havre de paix, protégé par ses remparts de la violence des vagues et du vent de l’Atlantique.

Cette ville est une furieuse ouverture sur le large et un doux appel à la rêverie. C’est un vrai lieu de dépaysement, un ailleurs ou un lointain qui se donne en spectacle. Pourtant il y a ici une proximité étrange avec la France et la Bretagne. Tous les guides racontent volontiers, pour le justifier, qu’un élève de Vauban s’est inspiré des fortifications de Saint-Malo pour édifier les remparts d’Essaouira, à l’époque où elle s’appelait encore Mogador.

1978 ou aujourd’hui. Au gré des années, la ville semble ne pas vouloir vieillir. Essaouira a toujours ce même aspect patiné, ces murs craquelés et matiérés. Ici comme à Rome, ce qui est vieux, voire décrépi, n’est pas moins beau au contraire. L’usure est une richesse supplémentaire. Le passé semble à portée de main.

Oui… Décidément, Essaouira rend le lointain tout proche.

Villa Maroc

C’est extrêmement agréable de rester quelques jours à la Villa Maroc. Un endroit hors du temps, qui révèle l’épicurien sommeillant en chacun de nous. Ça a été l’un des premiers hôtels d’Essaouira qui, dans les années 1990, a joué la carte du luxe tout en préservant l’esprit de l’architecture locale. Ils ont associé plusieurs riads assez typiques de la médina, ce qui vous donne un exemple vivant de la chaleur des habitats marocains traditionnels. Un petit bémol : la cuisine est tellement bonne et variée qu’elle ne vous incitera pas trop à aller voir ailleurs.  

Villa Maroc

Villa Maroc

10, rue Abdellah-Ben-Yassine. Tél. +212 52 447 3147.

www.villa-maroc.com

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FRÉQUENCE DES VOLS

TRANSAVIA dessert Essaouira par 4 vols hebdomadaires au départ de Paris-Orly.
Casablanca par 4 vols quotidiens au départ de Paris-CDG.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport d’Essaouira-Mogador.
À 18 km d’Essaouira
Tél. +212 52 447 6704 .

Aéroport Mohammed-V
À 30 km de Casablanca.
Tél. +212 22 539 040.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport de Casablanca.

RÉSERVATIONS

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